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Jules Lavie : L’essentiel est que l’on se batte pour ce que l’on croit

Jules Lavie
Cofondateur et Directeur de la rédaction de Vraiment

Jules LavieL’actu « chaude », c’est quelque chose que Jules Lavie connaît bien : journaliste à France Info il a couvert tous les soubresauts de l’actualité pendant 15 ans. Aujourd’hui, aux côtés de Julien Mendez et de Julie Morel il fonde un nouvel hebdo, Vraiment, dont le premier numéro a été diffusé le 21 mars dernier. Objectif : proposer de l’analyse de fond et des sujets variés dans un paysage où la course au clic et les vidéos buzz ont fini par nuire à la qualité de l’information. Jules Lavie répond à nos questions et nous dévoile ce qui se cache « vraiment » derrière ce nouveau magazine.

Comment est née l’aventure Vraiment ?
J’ai rencontré Julien Mendez en allant chercher ma fille à l’école. Nous avons sympathisés et en discutant nous nous sommes rendus compte que nous n’avions plus de journal de cœur. On s’est alors lancé le pari de lancer notre propre hebdomadaire. Nous avons commencé à travailler dessus en février 2017 : je m’occupais de recruter les journalistes et Julien, docteur en économie qui a fait ses armes à l’Agence de Participation de l’Etat, s’occupait de trouver les financements. J’ai pris contact avec de nombreux journalistes de presse écrite : Sandrine Chesnel de l’Express, Thibault Raisse du Parisien etc. De son côté Julien a rencontré l’imprimeur Léonce Deprez (qui édite déjà le magazine Society). C’est ainsi qu’une petite équipe s’est créée ! Julie Morel nous a rejoint en juin et nous avons ensuite pris nos premiers locaux de coworking en août.

Notre fonctionnement obéit à une double logique entrepreneuriale et rédactionnelle. Nous avons également un fonctionnement différent des autres magazines : 5 jours de décalage entre l’impression et l’expédition, quand les autres hebdos n’en ont 3. Ce qui fait que nous imprimons et nous diffusons à un prix moins élevé. Ce temps long nous pousse de plus à être fidèles à notre ligne éditoriale qui est de ne pas faire d’actu « chaude » mais de proposer des contenus de fond.

Pourquoi avoir choisi le format papier ?
Avec les magazines papiers le modèle économique est simple : les recettes proviennent de la vente du journal, qui permettent ensuite de rémunérer les journalistes et de payer les frais. Sur internet c’est plus difficile : certes l’investissement de départ est moindre, mais il est beaucoup plus difficile de pousser les gens à s’abonner. Aujourd’hui la seule exception, en plus des versions Web des grands journaux nationaux Le Monde et Le Figaro, c’est Mediapart. De leur côté, Slate et le Huffington Post par exemple sont en très mauvaise santé financière. Avec le papier on est sur un modèle économique avec une structure précise, on sait que l’on ne va pas vendre des centaines de milliers d’exemplaires, mais au moins le modèle économique est clair. Et ces dernières années certains titres de presse écrite ont rencontré un tel succès qu’ils ont aujourd’hui bien installés comme Le 1 ou Society.

Quels types de contenus proposez-vous dans Vraiment ?
Nous proposons une dizaine de sujets longs par semaine dans la partie « informations » qui est structurée selon des rubriques classiques : France, économie, Monde. Ensuite dans la rubrique « Au Calme » nous mettons en avant des sujets « mieux vivre » et « culture ». Notre méthode : mêler le terrain, le reportage et l’analyse, l’expertise. Nous sommes un journal qui est là pour nourrir la réflexion. Si un nouveau concept émerge dans la société nous allons nous interroger sur ses origines, questionner des spécialistes etc. On a un petit côté intello mais on est aussi conscients qu’on ne peut pas être spécialisés sur tous les sujets. Surtout d’un autre côté, chaque lecteur est spécialiste d’au moins une thématique ! Il faut donc que l’on essaye toujours d’être les plus sérieux et concis possible. Lorsqu’un lecteur découvre un nouveau magazine il va d’abord lire un article sur un sujet qu’il maîtrise pour évaluer le sérieux du journal. Voilà notre recette : pas d’actu « chaude » et des sujets traités avec rigueur.

Pour trouver cette ligne éditoriale nous nous sommes aidés de nos lecteurs. En effet « Vraiment » est le fruit d’une co-construction. C’est Julie Morel  qui a eu cette idée : s’appuyer sur une communauté de lecteur pour affiner notre projet. Un exemple : nous avions au départ l’idée de faire chaque semaine une couverture mono-sujet. Or nous proposons à chaque fois 8 dossiers sur des thématiques différentes. Le risque avec des couvertures à sujet unique c’est que l’on sous-vende notre titre, sans rendre compte de toutes les thématiques abordées. C’est grâce à notre communauté que nous avons pu aboutir à ce résultat.

Quel regard portez-vous sur le renouvellement du paysage médiatique français (Le Nouveau Magazine Littéraire, Le Média, AOC etc.) ?
Je trouve que c’est génial que de nouveaux médias se créent, même si je suis conscient que tous n’y arriveront pas. Depuis 350 ans des journaux se créent, d’autres disparaissent c’est comme ça, mais c’est toujours stimulant de sentir un vent frais souffler sur la presse française. Surtout si ces médias militent pour de l’information sérieuse et contre le buzz et les titres à clic. L’essentiel c’est que l’on se batte pour ce que l’on croit ! Je suis journaliste à FranceInfo depuis 15 ans et je ne peux pas me résoudre au fait que l’information se résume à des brèves ou à des vidéos buzz.  Ça me fait de la peine de voir des news magazines qui ne sont plus lus. Il y a un vrai désir de renouveau chez les lecteurs. Vraiment.

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Nicolas Vidal : La culture doit faire débat et doit poser des questions, de celles qui alimentent la démocratie

Nicolas Vidal
Fondateur et Directeur de la Publication de Putsch

Nicolas Vidal, fondateur et Directeur de la Publication de PutschEn 2007, alors qu’il n’a que 27 ans, Nicolas Vidal fonde BSC NEWS, premier web magazine culturel français. Alors que le pure-player ne comptait qu’une trentaine de lecteurs lors de son lancement, en 2017 le site est visité par près de 800.000 internautes. L’occasion de faire évoluer le titre : fini BSC NEWS, place à Putsch ! Un nouveau site qui compte bien bousculer la façon dont les médias couvrent l’actualité culturelle. Cinéastes, romanciers, musiciens, dramaturges, chaque mois PUTSCH donne la parole à des personnalités d’horizons différents. Un seul mot d’ordre : faire vivre le débat !  A l’occasion de ce lancement, Nicolas Vidal, Directeur de la Publication, nous livre les orientations de son projet et sa vision du journalisme culturel.

BSC News, un des premiers pure-players culturels, devient Putsch. Pourquoi cette évolution ?
Le choix de la nouvelle marque s’est posée en juin 2017. Nous devions faire évoluer la marque média du BSC NEWS et tout naturellement la décision a été prise de changer de nom, d’arrêter le format web, maintenir l’offre papier  et de développer un nouveau site d’actualités plus adaptés aux nouveaux usages. Simultanément, j’avais également décidé de quitter Montpellier où j’ai fondé le BSC NEWS dix ans auparavant. L’environnement économique et la vitalité culturelle de cette ville ne permettaient plus de grandir sereinement sans compter la frilosité de certaines institutions concernant la question de l’innovation dans la façon de traiter des sujets culturels ou de couvrir des événements.

L’évolution du projet PUTSCH a naturellement posé  la question de la monétisation. Nous nous sommes appuyés sur l’expertise d’Hélène Froment (Mediapart, Le Monde..). Pendant dix ans nous avons vécu sur un modèle quasiment gratuit, jonglant entre des budgets publicitaires et un nombre d’abonnés qui progressait mais pas suffisamment pour se séparer de la publicité et pérenniser le média sur le long terme. Aujourd’hui, nous proposons deux offres claires : 3,99 euros par mois pour l’abonnement au site ou 7,99 euros pour l’abonnement au site et au journal papier mensuel.

Quels types de contenus proposez-vous dans ce nouveau média ?
Putsch sera le média qui bouscule l’ordre culturel établi avec une série d’entretiens de personnalités parfois piquantes et corrosives. Car la culture doit faire débat et doit poser des questions, de celles qui alimentent la démocratie. Ce spectre est très large allant par exemple d’Augustin Trapenard à Laurent Obertone, Michel-Edouard Leclerc, Enki Bilal, PPDA, Raoul Peck, Malika Sorel Sutter ou encore Jeannette Bougrab.

Ainsi nous offrons la possibilité aux lecteurs de se faire leur propre opinion. Aiguiser le libre-arbitre de tout un chacun est l’objectif principal de PUTSCH.

Parce que la culture doit faire débat, parce qu’il y a une nécessité aujourd’hui de bousculer l’ordre culturel établi, Putsch veut être cet espace privilégié de lectures et de réflexions. Un forum indispensable et inhérent à toute démocratie ne peut exister que si toutes les voix, même discordantes et subversives, ont un espace, un lieu pour s’exprimer. Parce que Putsch ne veut rien s’interdire lorsqu’il s’agit de faire vivre la démocratie et la culture.

Putsch propose aux lecteurs passionnés de culture et de débats de découvrir une nouvelle façon de faire du journalisme culturel. Nous proposons aux lecteurs un travail de  journalistes basé sur le triptyque : culture, idées et débats.

Pourquoi avoir fait le choix de faire un magazine multi-média ?
Nous avons décidé dans un premier temps de lancer une série de supports videos diffusés sur notre WebTv dès le printemps 2018. Deux programmes sont déjà en cours de préparation. Cette corde manquait à notre arc. Et nous nous devions de proposer du contenu vidéo de qualité. Le maintien du support a été mûrement réfléchi.

Concernant la version Print, nous travaillons de concert pour cela avec la Start-Up PayPerNews qui excelle dans ce domaine. Le modèle économique du journal papier, dont la nouvelle formule se nommera aussi PUTSCH, est sécurisé car sans risque de remettre en cause l’existence du média. Elle viendra renforcer nos offres d’abonnement.

Par cette présence multi-supports, nous essaierons ainsi de toucher via notre positionnement sur le web des lecteurs qui pourraient être tentés de porter crédit aux Fake News. Chez Putsch, nous nous en tiendrons aux idées et notre expérience d’une décennie dans les médias avec BSC NEWS a renforcé cette conviction.

Que vous inspire le traitement de la culture dans les médias aujourd’hui ?
Nous sommes partis du constat qu’il y a une uniformisation des contenus, des invités et très souvent des idées dans une sorte de bulle idéologique qui ne correspond pas à notre idée de la démocratie. Pour une société très portée sur l’exigence de la diversité, PUTSCH met à l’honneur la diversité d’idée et d’analyses sans préjugés, ni parti pris de la part de la rédaction. Nous tenterons donc de réconcilier une partie du lectorat déçue des médias qui ne se reconnaissent plus dans la façon dont est traitée l’actualité.  Nous espérons fédérer le maximum d’abonnés autour de PUTSCH afin de pérenniser le média et prévoir de nouveaux développements pour 2019.

Nous espérons également que notre ligne éditoriale séduira les lecteurs déçus par les médias traditionnels. Chez PUTSCH, nous nous en tenons aux idées, aux débats et à l’ouverture d’esprit.

Putsch ne sera d’aucune tendance, d’aucune chapelle et ne sera pas militant. Néanmoins, nous militons ardemment pour le débat d’idées.  En somme, il faut aller dans les marges du journalisme, c’est là que se trouve le sillon fécond de la démocratie.

Quelles futures personnalités comptez-vous interroger ?
Nous ouvrons sur PUTSCH un espace de tribunes où plusieurs personnalités prendront la parole sur des sujets culturels divers. Et c’est une nouveauté pour nous. Dès le mois d’avril, nous publierons une série de tribunes pour nourrir cette volonté de pluralisme. Nous sommes prêts à accueillir toutes les voix qui sont sensibles à la culture et aux débats d’idées. Et nous discutons avec tout le monde sans corporatisme, sans a priori. Car, chez Putsch, il n’y pas de gens blacklistés.

A noter que nous publions déjà les dessins succulents du grand dessinateur de presse, André Bouchard qui collabore avec nous depuis plusieurs années.

Enfin, nous avons le plaisir d’accueillir notamment chez Putsch l’humoriste David Azencot (Europe 1 & Canal+) qui publiera chaque mois une chronique video sur la WebTv de PUTSCH. Et je cite souvent Pierre Desproges qui disait  « qu’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ». Chez PUTSCH, nous tenterons de rallier le plus grand nombre de lecteurs autour de la culture et du débat.

Le site de PUTSCH : www.putsch.media

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Xavier de Moulins : Ce qui m’intéresse c’est de raconter le monde en mouvement

Xavier de Moulins
Journaliste et romancier

Xavier de Moulins – Journaliste et romancierDepuis 2010 Il incarne l’information sur M6. Présentateur du JT du soir, le 19 45, ainsi que du magazine d’information du week-end, 66 Minutes, Xavier de Moulins est un accro à l’info. Après avoir fait ses classes sur Canal + dans l’émission culte « Nulle Part Ailleurs », ainsi qu’à la présentation du programme phare des noctambules parisiens « Paris Dernière », il propose chaque soir de la semaine un journal télévisé qu’il veut « proche des téléspectateurs ». A l’antenne du lundi au dimanche, Xavier de Moulins n’en délaisse pas  pour autant son autre passion : l’écriture. Auteur de 5 romans, dont l’un a été librement adapté au cinéma en 2016, son dernier ouvrage, Les Hautes Lumières, a été publié en octobre 2017 aux éditions Jean-Claude Lattès. Rencontre avec un journaliste/écrivain pour qui le monde se raconte tous les jours.

De Canal+, en passant par Paris Première, à M6 aujourd’hui, vous officiez à la télévision depuis bientôt 20 ans. Pourquoi ce média en particulier ?
J’ai toujours voulu être journaliste, peu importe le média. J’ai d’abord travaillé pour la presse écrite, puis je suis passé par la radio, la télévision, le digital. Un jour la télévision m’a ouvert ses portes et j’y suis resté car c’est un média qui permet d’être au contact des autres. A travers les magazines, les reportages, les documentaires, ce qui m’intéresse c’est de raconter le monde en mouvement. J’aime créer un lien avec les gens qui nous regardent, leur donner un maximum d’éléments pour qu’ils se fassent un avis, mettre cartes sur table dans un monde ou l’information est parfois tordue, renversée.

Vous êtes à la tête du JT de M6 depuis 8 ans, et les audiences ne cessent de battre des records. Comment expliquez-vous un tel succès ?
Je pense que ce succès réside dans la manière dont nous fabriquons l’information. Nous essayons constamment de l’amener de façon rythmée, pédagogique, variée, surtout en ce qui concerne les sujets plus magazines. De plus, à force d’être présent chaque soir dans le foyer de millions de français on finit par être un marqueur de leur temps, de leur journée. On rentre dans leur intimité, il y ‘a tout de suite un lien qui se crée avec eux. Moi ce n’est pas la caméra qui m’intéresse, mais les gens qui sont derrière le poste de leur télévision.

Vous avez publié en octobre 2017 votre 5ème roman Les hautes lumières. En tant que journaliste/romancier, comment l’actualité nourrit-elle votre écriture ?  
On est confronté tous les jours à l’actualité, elle est nécessairement là, sous notre nez. Même si l’on ne peut pas tout prendre, à travers la fiction on essaye d’échapper au réel en en créant un autre. L’objectif du roman est de poser des questions sur le monde d’aujourd’hui. Je n’écris pas de romans historiques car je veux que le lecteur s’interroge sur ce qui l’entoure. Il faut toutefois tracer une ligne claire entre fiction et réalité : lorsque je suis journaliste je ne cherche pas à romancer l’actualité ou à la maquiller. Il s’agit de deux mondes étanches mais qui peuvent amener au même point : s’interroger sur le monde qui nous entoure.

Vous avez animé le 20 janvier dernier une « Nuit de la Lecture. Racontez-nous.
La « Nuit de la Lecture » a été pour moi l’occasion de mettre la littérature et le goût de la lecture au centre d’une émission, l’espace d’un instant. Cette émission était retransmise en direct sur Facebook. J’ai convié 25 écrivains autour de moi pour qu’ils racontent leur rapport à la lecture, et qu’ils en profitent pour lire des extraits de leurs ouvrages ou d’œuvres qui ont marqué leur vie. Cela a été un vrai challenge que l’on a réussi haut la main, et un véritable moment d’exception. Les nouvelles technologies permettent de prendre le temps, d’avoir une certaine souplesse et de toujours imaginer de nouveaux formats. Une expérience à renouveler !

Vous apportez votre soutien à Handicap International. Est-il important que des vedettes comme vous s’engagent auprès d’associations sociales et/ou humanitaires ?
Nous sommes dans un milieu privilégié et je pense qu’il est important de donner de notre temps à ceux qui le sont moins. Je me suis senti proche du combat d’Handicap International en tant que valide mais surtout en tant que père. C’est une chance de donner un coup de projecteur sur ces organisations.

Un mot sur vos futurs projets ?
La fiction en général est un registre qui me passionne. Le théâtre, comme d’autres formes d’expression, sont des genres qui m’attirent mais je préfère me laisser le temps de savoir dans quels territoires je vais m’aventurer. Nous verrons bien !

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Sylvain Bourmeau : Il est devenu impérieux de pouvoir formuler autrement les questions que pose l’actualité

Sylvain Bourmeau
Journaliste et fondateur d’AOC

Sylvain BourmeauSylvain Bourmeau en a connu des médias : passé par la presse écrite (Libération puis Les Inrocks), et numérique (Mediapart), il produit aujourd’hui l’émission “La Suite dans les Idées” sur France Culture. Un journaliste mais pas que ! Egalement professeur à l’Ecole des Hautes Etudes en Science Sociale (EHESS), Sylvain Bourmeau entend bien réconcilier les sciences humaines et sociales et le journalisme. Pour ce faire, il lance ce mois-ci son propre média numérique Analyse, Opinion Critique, ou AOC, dont l’objectif est de donner la parole à des chercheurs, scientifiques ou intellectuels ayant une connaissance fine des sujets traités. En ce début d’année 2018, il précise son projet, qui s’intègre dans le renouvellement du paysage médiatique français.

Vous lancez en janvier 2018 Analyse Opinion Critique, ou AOC, un quotidien numérique. Comment vous est venue l’idée de lancer ce média ? Pourquoi avoir choisi le format numérique ?
C’est un vieux rêve rendu possible par la mutation numérique. Depuis très longtemps j’avais envie de mettre au jour un journal intellectuel, un média qui permettrait de se saisir de l’actualité au prisme des travaux des sciences humaines et sociales notamment. Ce projet est devenu plus nécessaire à mesure que le journalisme s’est standardisé, il est devenu impérieux de pouvoir formuler autrement les questions que pose l’actualité, et non seulement d’y apporter des réponses différentes. Le fact checking ne saurait suffire dès lors que c’est la manière de problématiser qui se trouve en question. La mutation numérique ne permet pas seulement d’élargir les audiences de médias existants, elle permet aussi de construire de nouveaux médias qui, à l’inverse, entendent devenir rentable avec des publics raisonnables. A rebours des journaux qui se servent d’internet pour démultiplier leur audience, AOC entend bâtir un média durable sur un public limité mais solide.

Vous avez la particularité d’être journaliste et universitaire. Selon vous, quelle place occupent les intellectuels au sein du paysage médiatique français ? Comment percevez-vous la relation entre journalisme et sciences sociales ?
Les intellectuels reconnus par les médias sont hélas rarement ceux qui comptent véritablement au plan scientifique. L’inertie est considérable, on a l’impression qu’il y a parfois des décennies d’écart entre la réalité du débat scientifique et le reflet qu’en donnent les médias, à l’exception de certains médias bien sûr, au premier rang desquels France Culture. Le journalisme et les sciences humaines sociales entretiennent des relations de méfiance réciproque, liée à la situation de concurrence dans laquelle ils se trouvent. Le journalisme gagnerait pourtant à se nourrir des sciences humaines et sociales, et les chercheurs en sciences humaines devraient de leur côté apprendre à mieux se soucier de l’actualité, et à prendre leur part du journalisme, qui est une fonction sociale et ne saurait devenir le monopole des journalistes professionnels détenteurs d’une carte bleu blanc rouge.

Le succès de Figarovox, lancé il y a trois ans, traduit-il selon vous, un goût particulier des lecteurs pour les idées ? Pensez-vous qu’aujourd’hui il manque, en France, un espace d’expression qui « structure le débat » ?
Figarovox est un courrier des lecteurs à l’heure numérique, je ne suis pas certain qu’il participe véritablement de la structuration du débat sauf à indiquer en permanence le pôle le plus réactionnaire.

En entrant  au capital de Challenges, Renault rejoint Vivendi, Lagardère ou encore LVMH dans la liste des grands groupes industriels propriétaires de médias. Quel regard portez-vous sur cette tendance ?
En France, la concentration dans le domaine des médias atteint des niveaux inimaginables si l’on compare aux Etats-Unis, où des lois empêchent ce type de situation. C’est inquiétant. Mais à se focaliser uniquement sur les questions d’actionnariat, on en oublie ce qui est encore bien plus important à mes yeux : les modèles économiques des médias et leurs conséquences pour le fonctionnement de l’espace public. Voilà le vrai danger.

Le Média, Ebdo, Le Nouveau Magazine Littéraire et bien-sûr AOC… 2018 voit naître des médias qui ambitionnent de donner un nouveau souffle à l’information. Un commentaire ?
C’est un signe très positif. C’est indéniablement le moment de tenter des choses avant que tout ne se referme !

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Frédéric Taddeï : J’ai toujours été transgressif

Frédéric Taddeï
Journaliste

Frédéric Taddeï interviewOn l’adore. Il est LE journaliste de ces 25 dernières années. Animé d’une curiosité intense qui le fait passer de Paris Dernière de 1997 à 2006 à Ce Soir ou Jamais (de 2006 à 2016 sur France 3 et France 2). .

Aujourd’hui sur Europe 1 en direct du lundi au jeudi aux manettes de « Europe Social Club », Frédéric Taddeï, l’homme des médias également patron de Lui et créateur de d’Art d’Art depuis 2002, nous livre quelques secrets de sa personnalité et de ses choix.

Et… tout roule !

Aujourd’hui vous êtes essentiellement à la radio. Ce média accorde-t-il un espace de liberté plus grand que la télévision ?
« Il est encore permis d’être intelligent à la radio, à Europe 1. A la télévision, c’est de plus en plus mal vu. On a l’impression que ça va faire fuir le téléspectateur. La télé et la radio subissent toutes les deux une baisse tendancielle de leur audience, à cause d’internet, mais elles réagissent de façon différente. La télévision a tendance à baisser le niveau, elle cherche le PPCM, le plus petit commun multiple, et finit par prendre les téléspectateurs pour des idiots. C’est une catastrophe. La radio fait le contraire. Elle cherche le PGCD, le plus grand commun dénominateur. C’est plus ambitieux et plus malin. Le public n’aime pas qu’on le sous-estime. C’est pour ça qu’il fait plus confiance à la radio qu’à la télé. »

Comment choisissez-vous vos invités sur votre émission quotidienne @Europe 1 ?
« Europe 1 Social Club est une émission de décryptage du monde d’aujourd’hui, avec une heure de débat et une heure de talk-show. Tout y est abordé, des grands problèmes de société à l’art, à la culture, au sport et au divertissement. Les invités savent tous très bien de quoi ils parlent. Ce ne sont pas des chroniqueurs ni des éditorialistes. Les invités du débat sont des spécialistes reconnus et ils ne sont pas d’accord entre eux. Si vous voulez comprendre un problème, il faut comprendre pourquoi les gens ne sont pas d’accord entre eux. C’est la meilleure clef. Dans la deuxième heure, la partie culturelle, où défilent tous ceux qui écrivent des livres, font des films, des disques, des spectacles, de la cuisine ou du sport, je m’intéresse de préférence à celles et ceux qui reflètent le mieux notre époque. La promesse, c’est que si vous écoutez régulièrement cette émission, vous comprendrez dans quelle époque vous vivez, vous comprendrez ce qui est en train de se passer. »

Vous êtes depuis peu Directeur de la rédaction de Lui. Une manière de joindre l’utile à l’agréable ? #transgression ?
« Lui a toujours été un magazine ancré dans son époque. Le premier directeur de la rédaction, c’était un écrivain voyageur, le regretté Jacques Lanzmannn, qui était aussi le parolier des plus belles chansons de Jacques Dutronc, et mon prédécesseur, c’était Frédéric Beigbeder, qui ne se défend pas mal non plus. Mais c’est vrai que ça reste transgressif… Eh bien, je le reconnais, j’ai toujours été transgressif. J’ai toujours aimé sauté d’un sujet à l’autre. Dans mes émissions, on passe de la politique à l’art, de l’économie à la philo, de la culture au sexe et, vous le remarquerez, tout se répond, tout communique. Si l’on veut comprendre son époque, il ne faut rien laisser de côté. L’honnête homme du XXIe siècle est quelqu’un qui doit se sentir partout chez lui, avec l’establishment comme avec les contestataires, avec les intellectuels comme avec les artistes, avec les politiques comme avec les pirates informatiques, dans les aéroports comme dans les boîtes de nuit. »

Éclairez-nous sur vos projets, écriture d’un livre ?
« Je ne fais jamais de projets. »

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Nous ne sommes pas victimes, mais actrices de l’Histoire !

Laure Adler
Journaliste

Laure Adler

Elle se bat pour la cause féministe depuis près de 40 ans. Nous sommes aujourd’hui fiers de lui donner la parole. « Dictionnaire intime des femmes », c’est le nom de son dernier ouvrage paru aux éditions Stock. Laure Adler, journaliste et essayiste est également tous les soirs de la semaine à 20h sur France Inter avec L’heure bleue. Elle réagit évidemment à l’actualité et son point de vue touche. Rencontre.

Votre ouvrage également met en avant des hommes. Ils sont de plus en plus nombreux à être ou s’affirmer féministes. Vous vous en réjouissez ?
« Oui beaucoup. La défense des droits des femmes passe aussi par un compagnonnage avec des hommes. Dans l’histoire du féminisme beaucoup d’hommes nous ont permis d’avancer. »

L’affaire Weinstein ou Tariq Ramadan… l’actualité fait état d’un déferlement d’accusations. Prise de conscience ?
« Je pense qu’il se passe une véritable révolution, une révolution de civilisation, quelque chose de très important. Les femmes souffrent en silence depuis des siècles et des siècles et la parole des violences qu’elles subissent n’a jamais été entendue. Ça commence à l’être un peu. Mais il ne faut pas qu’un événement en chasse un autre. Il ne faut pas que cette révolution d’une grande portée politique s’évanouisse avec le flux de l’actualité. Il faut aller au-delà et surfer sur cette très grande révolution. Le gouvernement français actuel doit en saisir véritablement l’ampleur et permettre par un arsenal juridique de faire en sorte que notre justice française ne soit pas aussi économe, inégalitaire mais aussi inaudible dans son fonctionnement par rapport à la violence que subissent les femmes. »

Est-ce que les réseaux sociaux peuvent être un outil au service de la cause féministe ? Qu’en pensez-vous ? Utilisez-vous les réseaux sociaux ?
« Oui les réseaux sociaux sont un outil qui permet à des femmes individuellement de dire des choses qu’elles ont enfermées dans le secret de leur cœur et de leur corps depuis quelque fois très longtemps. Des choses qui les ont oppressées et empêchées de vivre. Ça, c’est vraiment grâce aux réseaux sociaux.

Maintenant je pense que les réseaux sociaux ne sont pas tout, ils ne peuvent en aucun cas se substituer à la justice. Ils sont une étape. Nous sommes dans un état de droit, les femmes sont les égales des hommes. Elles disposent de droits qui sont violés en permanence. A la justice et à l’état de droit dans lequel nous sommes, de prendre en compte ce qu’il se passe. Les révolutions ont toujours commencé par des élans de solidarité et par du collectif, particulièrement les révolutions de femmes dans l’histoire du féminisme. Il faudrait que le gouvernement le réalise vraiment, et qu’il agisse au plus vite.»

Etes-vous confiante ?
« Non, pas pour le moment. C’est un problème éminemment politique. Politique au sens le plus haut du terme : La vie de la Cité. C’est vraiment au Ministère de la Justice de commencer à élaborer des propositions en relation avec ce que l’on aimerait avoir c’est-à-dire un Ministère plein et entier du droit des femmes. Françoise Giroux l’avait inauguré. Macron dit de lui-même qu’il n’est ni de Droite ni de Gauche. J’observe quand même que Giscard d’Estaing était un homme qui s’assumait de Droite et qu’il a créé le premier Secrétariat d’Etat qui ensuite est devenu un Ministère. Tous les Gouvernements de Gauche ont continué sauf Hollande hélas, qui en a fait de nouveau un Secrétariat d’Etat. On sait très bien ce que ça veut dire Secrétariat d’état. Ça veut dire la main mise d’un Ministère, moins de budget, moins de moyens, ne pas être à la table du Conseil des Ministres.

Est-ce qu’on a vu que ce sujet était au Conseil des Ministres ? Il se passe une révolution mais on parle d’autre chose et ce n’est pas à l’agenda du Conseil des Ministres ? Sommes-nous tombés sur la tête ? »

Que peut-on faire ?
« Alerter le gouvernement, faire pression, demander que des actes concrets soit envisagés dans un agenda précis, avec des moyens particuliers. Parce qu’on sait bien que la justice est complètement engorgée, on sait bien que dans les commissariats des formations doivent être mises en place extrêmement vite. Pour cela il faut de l’argent il faut des éducatrices et des éducateurs. Il faut accompagner cette révolution très importante, par une révolution non moins importante de l’éducation. Pas seulement dans les commissariats de police mais également dans les Cours de Justice.

La vision de la petite fille puis ensuite de la jeune fille puis ensuite de la femme doit être modifiée en amont y compris dans les manuels scolaires de la rentrée prochaine.

Pourquoi y a-t ’il des pays où ces choses-là sont répréhensibles et où les hommes ne s’autorisent pas ce genre de déviations parce qu’ils savent qu’ils vont être punis ? C’est le cas dans beaucoup de pays d’Europe du Nord et des Etats Unis. Je peux vous dire qu’on n’a pas intérêt à faire le quart du dixième aux Etats-Unis de ce qu’il se passe actuellement en France.

On est passé du « moi je », « je vais essayer de me défendre », « je vais essayer d’oublier », « je vais essayer de ne pas être offensée », « je vais essayer de ne pas être détruite parce que s’il m’est arrivé ça ça veut dire que j’y suis peut-être pour quelque chose » (parce que c’est toujours de notre faute) à « nous les femmes », au collectif qui doit maintenant exiger des actes concrets.

Vous êtes révoltée ?
« Je suis très impressionnée par ce qu’il se passe, très admirative. Je me bats depuis 40 ans pour que l’histoire des femmes soit reconnue et pour que justement on puisse connaître toutes ces femmes remarquables qui nous ont précédées dans notre histoire, connaître leur destin leur courage leur détermination y compris dans les manuels d’Histoire. Pour qu’elles nous donnent de la force, de l’énergie et de la croyance en nous-mêmes. Je pense que ce qu’il se passe en ce moment participe de ce même mouvement de la revendication du courage et de la puissance des femmes. Maintenant il faut nous faire entendre ! Nous ne sommes pas victimes, mais actrices de l’Histoire ! »

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Voir aussi le verre à moitié plein, c’est une forme de lucidité utile

Laurent Guez
Directeur de la Rédaction du Parisien Magazine

Laurent GuezLe Parisien Magazine, chaque vendredi donne de la couleur au week end des Français. On a voulu en savoir plus sur cette ligne éditoriale « grand public », qui affiche une singularité colorée et un positionnement de proximité. Laurent Guez, nommé Directeur de la Rédaction du Parisien Magazine fin 2016 nous explique ce choix. Demain le Parisien Magazine deviendra le Parisien Week-End, c’est tout nouveau tout frais, la nouvelle formule sera imprimée le 13 octobre. Laurent Guez nous dit tout.

Le Parisien Magazine, que la plupart des Français lisent avec plaisir chaque week-end, ne suit pas le modèle de ses homologues (Le Figaro Magazine, M le Monde, Les Echos Week-End…). La formule est légère, positive et colorée. Pourquoi ce choix ?
« Vous sous-entendez que nos confrères seraient négatifs et ternes, ce qui paraît très injuste ! Mais là où vous avez raison, c’est que Le Parisien Magazine assume son identité joyeuse et proche de ses lecteurs. Notre rédaction, qui est jeune, imaginative et très en phase avec la société, peut traiter tous les sujets… mais pas n’importe comment. Nous adorons raconter les initiatives utiles, partager nos curiosités et notre enthousiasme, mais aussi rédiger des portraits très fouillés de personnalités aimées des Français, tout cela avec une place importante accordée à l’image. En fait, toutes ces valeurs, nous allons les pousser encore plus fort dans une nouvelle formule qui sortira en kiosque le 13 octobre. »

Quel sera le nouveau positionnement, et comment allez-vous assurer sa complémentarité avec Le Parisien ?
« Nous changeons de nom, et devenons « Le Parisien Week-End » (« Aujourd’hui en France Week-End » en dehors de l’Ile-de-France). Ce nouveau nom laisse deviner le nouveau positionnement du magazine, davantage focalisé sur ce temps privilégié que constitue la fin de semaine. Du lundi au vendredi, nous le savons, nos lecteurs doivent gérer d’innombrables contraintes, au travail comme à la maison. Mais dès le vendredi matin, lorsque paraît Le Parisien Week-End, ils peuvent commencer à se projeter dans une parenthèse de vraie liberté et de plaisir. Ce sera notre obsession, qui nous permettra d’être plus que jamais complémentaire du quotidien. La maquette va évoluer, vers une forme d’élégance accessible, tout comme le chemin de fer. Au cœur du magazine, vous trouverez les enquêtes, reportages et interviews d’actualité, suivies d’un copieux « Guide week-end » qui proposera des idées de loisirs, d’activités à faire soi-même, et des coups de cœur décernés par la rédaction à des livres, des films, des séries télé ou des albums de musique. En fin de magazine, nous ferons rêver nos lecteurs et les guiderons dans leurs achats plaisir. Enfin, la partie la plus innovante sera sans doute la toute première : une séquence « feelgood » d’une dizaine de pages, constituée exclusivement d’informations qui font du bien »

Un magazine peut-il vraiment se contenter des bonnes nouvelles ?
« Sans doute pas, mais aujourd’hui, de nombreux médias sont plutôt dans l’extrême inverse ! Tout se passe comme si, dans le monde, il n’y avait que des catastrophes et du malheur – ce qui est objectivement faux. Voir aussi le verre à moitié plein, ce n’est pas faire du mauvais journalisme, c’est une forme de lucidité utile. Partout dans le monde, des gens connus ou anonymes lancent de formidables initiatives, artistiques, sportives, solidaires, entrepreneuriales, etc. Chaque semaine, nous les mettrons à l’honneur. Nous publierons aussi des statistiques encourageantes ou des verbatims optimistes, et nous interrogerons une personnalité de premier plan sur « la liste de ses envies » : que rêveriez-vous d’avoir réalisé dans les dix ans qui viennent ? Entre nous, je me suis moi-même posé la question, et ma liste est longue. Le fait d’y penser m’a d’ailleurs fait un bien fou ! »

Biographie :

Journaliste depuis plus de 25 ans, Laurent Guez, 53 ans, a rejoint Le Parisien en janvier 2017 pour relancer le « Le Parisien Magazine », le supplément vendu chaque vendredi avec « Le Parisien ». Avec l’ensemble de la rédaction, il a conçu la nouvelle formule du magazine, rebaptisé « Le Parisien Week-End » à compter du 13 octobre 2017.

Parallèlement, il continue de superviser le supplément du lundi des « Echos », dédié au management et à la gestion opérationnelle de l’entreprise, supplément qu’il a créé en mars 2014 et qui a pris en septembre 2017 le nom « Les Echos Executives ».

De 2012 à 2015, il a dirigé la rédaction du mensuel « Enjeux Les Echos », qu’avec Henri Gibier, il a alors transformé en hebdomadaire. Il est alors devenu directeur délégué de la rédaction de ce nouveau titre, « Les Echos Week-End ». Sur la même période, il assurait un éditorial économique, chaque matin, sur la chaîne d’info LCI.

De 2008 à 2012, Laurent Guez était le directeur des rédactions du pôle Industrie du groupe Infopro Digital, où il était en charge de « L’Usine Nouvelle » et d’« Industrie et Technologies », ainsi que des sites et services numériques associés.  Auparavant, il a notamment dirigé la rédaction de la chaîne parlementaire Public Sénat (2006-2008), alors présidée par Jean-Pierre Elkabbach, et celle du « Figaro Entreprises » (supplément économique du lundi du « Figaro »), qu’il a conçu et lancé en 2001, et dont il fut nommé directeur général en 2004. Auparavant, il animait le service économie-social-Bourse de « France-Soir », dont il fut rédacteur en chef de 1999 à 2001. Entre 1993 et 1998, il était rédacteur en chef adjoint, puis rédacteur en chef de l’hebdomadaire économique et financier « Le Revenu ».

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L’Agence France Presse est numéro 1 mondial en photo sport

L’Agence France Presse est numéro 1 mondial en photo sport

Didier Lauras
Directeur du Département sports de l’AFP

UN ENJEU TRÈS SPORTIF À L’AFP

Parmi les trois agences de presse mondiales, L’AFP a érigé le sport en axe majeur de son développement. Le patron de son Département des sports explique cette stratégie et les enjeux associés.

Depuis deux ans, Didier Lauras a pris en main le Département sports de l’agence, qui compte au total près de 150 journalistes officiant en six langues dans le monde entier. Il a démarré sa carrière à Ho Chi Minh-Ville (ex-Saïgon) comme pigiste avant de rejoindre l’AFP en 1996. Il y a exercé diverses fonctions dans différents services à Paris (desks, rubrique justice aux informations générales, rédacteur en chef France) et à l’étranger (Directeur des bureaux de Hanoi et de Bangkok).Il partage avec nous sa vision et les nouveaux enjeux des sports qui sont aujourd’hui au cœur du développement de l’agence de presse.

Pourquoi l’AFP place-t-elle le sport au cœur de sa stratégie ?
« Le marché des agences de presse dans le monde se partage entre trois acteurs : AP (Associated Press), Reuters et l’AFP (Agence France-Presse). Bien que nous fassions tous sensiblement le même travail, les deux autres disposaient depuis longtemps d’une spécificité pour se distinguer sur ce marché. Pour Reuters, c’est la finance et pour AP, c’est le marché américain. L’AFP a souhaité elle aussi se doter d’une signature, un point fort sur lequel s’appuyer. Nous avons choisi le sport. D’abord parce que c’est un des rares domaines d’activité dans le monde qui affichent une telle croissance économique. Ensuite parce que nous avons identifié deux tendances : un besoin très fort des médias de couvrir le sport, et un marché hors-médias tout aussi demandeur, qu’il s’agisse des sponsors, des fédérations ou des organisateurs. Tous veulent communiquer. On s’est naturellement positionné comme fournisseur privilégié de contenus dans ce domaine.»

Usain Bolt AFP
Un éclair déchire le ciel au-dessus du stade Lushniki à Moscou au moment même où Usain Bolt, surnommé « la foudre », vient de remporter le 100 mètres des Championnats du monde. La photo d’Olivier Morin, photographe spécialiste du sport à l’AFP fait le tour du monde, D’aucuns la qualifie de « photo de sport du siècle ».

Comment est-ce que cela se concrétise ?
« D’abord par une volonté de cohérence. On délivre évidemment du contenu texte car c’est notre cœur de métier, mais on est également devenu numéro 1 mondial en photo sport. C’est vraiment quelque chose que nous faisons très bien, depuis longtemps, avec de grands spécialistes. Sur la natation, par exemple, nous sommes les premiers à avoir atteint ce niveau d’excellence pour réaliser des photos au ras de l’eau ou dans l’eau. La vidéo sport est un domaine sur lequel nous investissons également pour couvrir les à-côtés des compétitions mais aussi pour distribuer à nos clients les « highlights », c’est-à-dire les résumés en images des compétitions.

Cela se concrétise par exemple par 180 accrédités aux Jeux olympiques de Rio l’année dernière, 175 pour l’Euro de foot en France. Nous aurons un nombre équivalent d’envoyés spéciaux sur la Coupe du Monde de foot en Russie en 2018 : des journalistes texte en six langues (Français, Anglais, Espagnol, Portugais Allemand et Arabe), des photographes et des équipes vidéo. Et nous aurons bien sûr une équipe aux JO d’Hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, début 2018. C’est à chaque fois un immense investissement humain, financier et technique qui nous permet d’être à la hauteur de ces événements mondiaux. »

Quelle est aujourd’hui la place du sport dans les médias ? Pourquoi la médiatisation du sport a évolué selon vous ?
« Le sport prend clairement beaucoup plus de place aujourd’hui notamment parce qu’il y a plus d’argent. Un club de sport s’apparente à une société de spectacle qui a besoin de faire de l’audience, de remplir ses salles, de vendre des maillots et des produits dérivés, d’attirer des partenaires. Pour y parvenir, il va notamment acheter des stars et ces stars seront suivies sur le terrain mais aussi à l’extérieur.

Par ailleurs le sport n’est plus seulement la compétition. C’est également l’économie du sport, la corruption, le dopage, l’utilisation du sport à des fins politiques par des nations comme la Chine ou la Russie. C’est aussi le scandale de la FIFA qui, à un certain moment, a écrasé complètement l’actualité du foot, ou encore les affaires judiciaires ou de vie privée de tel ou tel sportif. Tout ceci fait que le sport est sorti des seules pages sportives. Et l’AFP ambitionne d’être présente sur tous les fronts, tous les terrains. Nous sommes présents bien au-delà de la compétition. Avant, pendant, après et autour, rien ne doit être négligé. »

Quels types de contenus attendent les médias sur le sport ?
« Des highlights, c’est-à-dire les résumés de la compétition elle-même. Les plus beaux buts, les plus beaux essais, les plus beaux échanges du match de tennis, les meilleurs moments de la course ou du combat de boxe. C’est ce que les gens veulent en premier lieu. Mais cela coûte très cher d’acheter les droits sur ces compétitions. C’est un marché qui brasse de plus en plus d’argent. Les télévisions anglaises ont ainsi investi des milliards d’euros pour diffuser la Premier League, qui est le championnat de football le plus cher au monde car le plus prestigieux. Les audiences sont très importantes et les revenus publicitaires des diffuseurs aussi. 

Alors si nous commençons à nous positionner sur ce marché en acquérant des droits, dans la limite de nos capacités financières, nous proposons également la couverture des conférences de presse avant/après, des interviews, des papiers d’angle, des portraits, des reportages un peu décalés. Tout ce qui peut se faire autour d’une compétition.

Quels sont les sports « tendance » ?
«Il y a une montée indéniable du sport féminin. Je constate également une progression importante de tout ce qui est aventure, sports extrêmes. Parfois, nous sommes dans la véritable aventure sportive, parfois nous sommes dans le spectacle sponsorisé. Et puis d’autres sports font leur apparition : les sports urbains, le skate, le BMX, les nouveaux sports de glisse qui marchent très fort chez les 15-25 ans, et le surf évidemment. On observe que certains de ces sports se développent hors des médias mainstream. On ne les verra pas forcément beaucoup à la télévision, mais ils génèrent des millions de clics sur internet. Ces nouveaux venus ont leur propre économie, leurs sponsors et leurs stars. C’est un sujet sur lequel l’AFP se positionne de plus en plus. J’ajouterai peut-être le e-sport, qui est en train de monter. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ça intéresse beaucoup les gens même pour regarder. »

Comment s’organise le fil sport de l’AFP ?
Quelle est votre priorité ?
« La priorité au sein de la priorité, c’est forcément le foot qui représente 30 à 40% de la production éditoriale du service. Le transfert de Neymar au PSG, à titre d’exemple, a monopolisé toute la presse mondiale. Ça a été la dominante mondiale pendant plusieurs jours. »

Un mot sur les JO 2024, est-ce que l’AFP « aime » ?
« Oui bien sûr ! Les JO 2024 nous intéressent ! C’est un sujet que l’on a suivi de manière très rigoureuse et équilibrée depuis le départ de la compétition entre les différents pays qui étaient candidats à l’organisation. Paris a, sauf énorme surprise, gagné 2024 et c’est formidable pour nous, notamment parce que c’est la confirmation que le marché est dynamique et que nous avons bien fait de nous engager dans cette stratégie-là. Il s’agira donc pour nous d’un rendez-vous majeur. Couvrir les Jeux à Paris nous imposera un devoir d’excellence et c’est un défi que nous sommes prêts à relever. C’est un très gros dossier éditorial mais aussi commercial et corporate. La France devrait parler beaucoup de sports entre aujourd’hui et 2024. Et nous serons un des acteurs majeurs de cette actualité. »

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L’humour occupe désormais une place centrale  dans les médias

L’humour occupe désormais une place centrale dans les médias

Jocelyn Lemoisne
Humoriste

Joce do it. C’est le titre du spectacle de Jocelyn Lemoisne, qui répond à notre interview avec fraîcheur. Humoriste stand uper, Jocelyn Lemoisne fait ses armes aux côtés de Anne Roumanoff quotidiennement sur Europe 1 dans l’émission « ça pique mais c’est bon ». Des chroniques qui offrent son regard sur la vie quotidienne. On peut encore rire de tout. Et ça fait du bien.

Vous faites partie de la bande des chroniqueurs d’Europe 1 et animez la chronique humour de la radio à l’heure du déjeuner. « Je suis allé à la piscine », « le stress des exams » ou encore « la réouverture de l’hôtel Crillon à Paris », tout y passe. Quels sont vos critères de sélection des actualités ?
J’aime observer le quotidien et m’adresser à un large public… Mes critères de sélection se font essentiellement sur des thèmes qui nous rassemblent. J’essaye, comme l’émission est quotidienne, de surfer au maximum sur l’actualité.

Il est important d’être attentif et réactif. Désormais avec les réseaux sociaux, nous sommes informés en temps réel, il faut donc trouver l’axe rapidement. Une vanne a une date de péremption très courte. Dans le cadre de mes chroniques, j’aime que l’auditeur se dise, « moi aussi j’ai déjà vécu ça. » De plus comme l’émission passe au moment du repas, il faut que notre humour puisse se « consommer » et s’écouter pendant cet instant. 

L’humour est un vecteur puissant de communication, et désormais une composante décisive de l’information. Mais vous êtes aussi tour à tour commentateur politique, intellectuel ou moraliste. Comment gérez-vous ces différentes fonctions ? Avez-vous une « stratégie du rire » ?
En effet l’humour occupe désormais une place centrale dans les médias. Chaque émission qu’elle soit à la tv ou à la radio « possède » désormais son (ou ses) humoriste(s). 

Il occupe une place centrale, il n’est plus seulement le « rigolo de service », il est largement écouté. Ses chroniques ou autres sketches sont partagés en masse sur les réseaux sociaux. Et on demande de plus en plus aux chroniqueurs humoristes de prendre position sur des sujets graves… On l’a vu notamment après les événements de Charlie hebdo. Le métier est différent depuis. Pour ma part, dans ce contexte actuel (terrorisme, chômage…) j’essaye d’apporter ma légèreté et ma fraîcheur. Je fais un humour accessible pour tous. Je n’ai pas de stratégie particulière, tout peut être drôle… mais je me refuse toutes blagues racistes, sexistes, et j’évite la méchanceté gratuite. A la rigueur, celui donc je me moque le plus… C’est moi. La politique a une place importante dans l’humour, dans le cadre de l’émission « Ça pique mais c’est bon », c’est un domaine que je laisse volontiers à mon collègue Didier Porte ainsi qu’à Anne Roumanoff qui excellent tous deux dans l’exercice.

Où est ce que l’on peut vous voir et vous entendre ?
On peut me voir au Spotlight de Lille, ou j’ai joué plusieurs fois mon spectacle Joce do it. A Paris, je suis régulièrement à la Debjam du Jamel Comedy Club ainsi qu’à l’humour thérapie. Enfin, on peut m’écouter sur les ondes d’Europe 1 dans l’émission d’Anne Roumanoff « ça pique mais c’est bon », et mes sketches passent sur Rire et Chansons.

- - Nous ne suivons pas la caravane

Nous ne suivons pas la caravane

Marc Beaugé
Rédacteur en chef de Society

Lors de sa première parution il a été qualifié de « plutôt mec », « cool et un peu fouilli ». Aujourd’hui  un peu plus de 2 ans après le numéro un, il a fait sa place et on ne s’en passe plus. Vous avez deviné ? Il s’agit du magazine Society, le quinzomadaire qui ne laisse pas indifférent. Marc Beaugé,  rédacteur en chef de Society, nous fait le plaisir de cette interview et nous explique ce qui fait la force de cette revue, qui manie à la perfection l’art de raconter la petite histoire à travers la grande.

En feuilletant Society, on a l’impression de sortir du cadre de la presse écrite. Rien n’est figé dans la forme comme dans le fond. Deux ans après le premier numéro, est-ce que le quinzomadaire a trouvé son équilibre et son lectorat ?
« Je pense que nous pouvons toujours faire mieux, sur le fond, mais aussi sur les chiffres. Il n’y a pas de magazine parfait. Après, nous avons clairement trouvé à la fois un lectorat et une ligne éditoriale. Nos papiers ne sont pas les mêmes que ceux des autres magazines. Nous ne suivons pas la caravane. Nous nous intéressons à des sujets qui passent souvent sous les radars, nous leur accordons beaucoup de place. Society n’est pas un magazine sensationnaliste ou putassier. Nous essayons d’avoir un propos nuancé, non partisan. Ce n’est pas forcément dans l’air du temps… Mais nous n’avons pas envie de faire autre chose. »

Vous laissez beaucoup de place aux faits divers dans le magazine, cela répond à quelle stratégie éditoriale ?
« Aucune, juste à une curiosité pour les faits divers. Nous n’avons pas d’attrait particulier pour le morbide, mais un bon fait divers, glauque ou pas, peut raconter une région, un milieu, une classe sociale… Cela peut être assez signifiant. Il faut bien les choisir, et puis bien les raconter, avec respect, rigueur. Encore une fois, sans sensationnalisme. »

Fanzine mook ou newsmagazine, quel est l’esprit de Society ?
« Un peu des deux, sans doute. Comme les newsmagazines, les sujets que nous abordons sont mainstream. Nous essayons de parler des vrais sujets qui font l’actu : les élections, la politique et le reste… Nous ne faisons pas les petits malins, nous ne contournons pas les difficultés. Mais nous essayons de choisir des angles et des formats différents autour de ces sujets mainstream. Et nous avons aussi une liberté de ton et une indépendance qui nous rapprochent d’un fanzine. Nous aimons bien, aussi, mettre des petites vannes nulles en légende de nos photos… C’est le côté fanzine, sans doute. »

Quelle place accordez-vous au numérique ?
« Nous avons une culture très presse papier. Nous venons de ça. Sofa, So Foot, Sofilm, Society ont tous été pensés, d’abord, comme des magazines papier. Nous aimons l’objet, la prise en main du magazine. Après, nous sommes au XXIe siècle….  Évidemment, nous passons nos journées sur Internet, Twitter, Instagram. Nous avons donc aussi des envies numériques. Pour Society, nous voulons faire un site très ambitieux, qui ressemblerait à notre magazine. Nous ne voulons pas relayer des vidéos de chats ou de clashs entre chroniqueurs de TPMP, juste pour faire du clic. Il nous faut donc de gros moyens pour faire un site d’actu qui nous ressemble. Nous sommes en train de les rassembler. Le projet est finalisé, cela devrait se concrétiser rapidement. Je crois que cela va être très bien. »