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La force d’une histoire ? Incarner des valeurs pour embarquer le lecteur

Marc Lévy
Romancier

Marc LevyLorsque paraît son premier ouvrage en 2000, Et si c’était vrai, Marc Lévy n’imagine pas que ce roman, écrit à l’origine pour son fils Louis, se vendra à plus de 200 000 exemplaires. Un succès mondial qui sera adapté au cinéma en 2005, et qui fera rapidement de lui l’écrivain français contemporain le plus lu au monde. S’en suivront 17 romans qui deviendront à chaque fois des best-sellers et s’écouleront à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. A l’occasion de la sortie de son 19ème roman, Une fille comme elle, Marc Lévy nous livre quelques secrets d’écriture et ce qui fait de lui aujourd’hui l’un des plus grands storytellers du monde.

Une fille comme elleQuelle est l’origine de votre dernier roman, « Une fille comme elle », sorti en juin dernier ?
Une histoire a souvent plusieurs points de départ. Celle-ci a commencé à germer il y a quelques années lorsque, en rendant visite à des amis à New York, je suis monté dans l’un des derniers ascenseurs mécaniques de la ville, manœuvré par un liftier. C’est alors que je me suis dit « Cet homme qui est dans la pénombre, dont on ne connaît rien, sait tout de nous ». Un personnage hautement romanesque ! L’idée d’en faire le protagoniste d’une histoire m’a tout de suite semblé évidente. Ensuite, l’évolution de la vie politique et sociale aux Etats-Unis, pays où je vis, m’a donné envie d’écrire un livre sur la différence et sur une valeur que je trouve aujourd’hui très stigmatisée : la bienveillance.

Comment faites-vous pour embarquer le lecteur dès les premières lignes de vos romans ?
Pour paraphraser Socrate je dirais que « Je sais que je n’en sais rien ». La seule chose dont je suis sûr, c’est qu’un roman c’est avant tout une rencontre entre un lecteur et une histoire qu’il s’approprie. Pourquoi James Bond est universel ? C’est un personnage hautement improbable, mais son humanité et les valeurs qu’il incarne nous font tous rêver. Il est capable de transcender vos croyances, votre éducation, et de parler à tout le monde. Voilà la force d’une histoire : incarner des valeurs fortes pour embarquer le lecteur avec soi.

« La vie a cent fois plus d’idées que tous les auteurs du monde réunis »

D’où vous vient votre inspiration ?
Être écrivain demande d’aimer observer et écouter la vie. C’est une source d’inspiration permanente, pratiquement inaltérable. Lorsque l’on parle de l’angoisse de la page blanche, je dis qu’il n’y a pas de meilleur remède que d’aller se promener dans la rue. La vie a cent fois plus d’idées que tous les auteurs du monde réunis.

Quelle est l’origine de cette passion pour le story-telling ?
Je pense que cela vient des interdits de l’enfance. J’ai grandi à une époque où lorsque l’on voulait tenter quelque chose de nouveau on s’entendait dire que c’était impossible. A cette époque, pour convaincre, il fallait savoir raconter une histoire. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais la révolution numérique a fait voler en éclat nos certitudes sur l’avenir et nos mentalités ont évolué.

J’ai également été très inspiré par les auteurs feuilletonistes français du XVIIIe et XIXe siècle ainsi que par les auteurs anglo-saxons du XXème comme Kerouac, Salinger, ou Stephen King. Toute la magie d’un roman, ou d’une fiction plus généralement, réside dans le fait de se retrouver dans la peau d’un personnage qu’on ne connait pas, qui ne nous ressemble pas, mais duquel on se sent proche. Pourquoi Taxi Driver est un film culte ? Parce que personne ne ressemble à De Niro, mais tout le monde parvient quand même à être entrainé dans sa folie.

Quel(s) conseil(s) pourriez-vous donner aux jeunes écrivains qui, eux aussi, veulent se lancer dans l’écriture ?
Surtout de n’en écouter aucun ! Mais l’idée la plus sincère que je pourrais partager avec eux est la suivante : consacrez-vous à 100% à l’écriture et pas à la publication. Beaucoup de jeunes auteurs pensent qu’ils veulent écrire, alors qu’ils veulent avant tout être publiés. N’écrivez pas pour être publiés. Ecrivez pour être lus, pour raconter des histoires, dans une confidence absolue. C’est ainsi que vous saurez trouver votre public.

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Les Fake News peuvent altérer ou détruire une relation client qui a été tissée de longue haleine

David Jacquot
Rédacteur en chef et présentateur d’AFTERBUSINESS

David Jacquot, Rédacteur en chef et présentateur d’AFTERBUSINESSDepuis ses débuts sur Bloomberg TV en 2000, David Jacquot cultive un goût particulier pour l’information économique et celle des entreprises. Passé par M6 et Radio Classique, il occupe depuis septembre 2017 le poste de Rédacteur en chef et présentateur de la tranche d’info AFTERBUSINESS sur BFM Business. On le retrouve également tous les jours à 12h aux manettes d’Ecorama sur boursorama.com.

Un mot sur cette saison 2018 qui se termine en beauté pour After Business ?
Nous avons lancé cette nouvelle tranche d’informations en septembre 2018, en partant d’une page blanche, et en faisant le pari d’une session d’information qualitative, à haute valeur ajoutée informative, rythmée et  récréative. Une émission séquencée et « marketée », dans laquelle – autour d’une colonne vertébrale composée du Journal d’After Business – s’enchaînent les formats de durée plus ou moins longue (mais jamais plus de 13 minutes).

Nous proposons des formats classiques comme ‘le Duel de l’éco’, où les duellistes entrent en plateau sur la musique d’Ennio Morricone (Le Bon, la Brute et le Truand) avant de débattre sur « la question qui dérange » du jour ; ou encore les « Markets Movers » dans lequel on revient sur tout ce qui a fait bouger les marchés financiers dans la journée.

Nous avons également souhaité lancer des formats innovants, comme le « Buzz du Biz », un tout en images de 2 minutes reprenant les 4 infos économiques décalées du jour, commentées de manière légère et drolatique par une voix-off.

Et comme je souhaitais ouvrir l’émission à des thématiques plus politiques et aussi au décryptage des stratégies d’entreprises, nous avons mis autour de la table les grands communicants du métier* pour la séquence « Good Com Bad Com ».

Dans votre séquence Good Com’ Bad Com’ vous décryptez chaque jour l’actualité de la communication et du marketing des marques et des politiques. Un sujet qui vous a le plus marqué cette année ?
Le scandale autour des données personnelles des utilisateurs de Facebook, avec les ratés et le retard à l’allumage de la communication du réseau social, ou encore le bras de fer entre Emmanuel Macron et les syndicats sur cette réforme de la SNCF qui n’était pas explicitement dans son programme présidentiel, font partie des sujets les plus captivants de l’année à mon sens. Mais il doit y en avoir plein d’autres qui ne me viennent pas à l’esprit tant l’année fut riche !

L’un des sujets médiatiques de cette année aura probablement été l’explosion des Fake News. Les entreprises non plus ne sont pas épargnées par ce fléau. Quel regard portez-vous sur ce phénomène ?
Je ne suis pas un expert en communication, même si j’ai la chance de côtoyer les grands du métier chaque soir sur BFM Business. Mais il me semble que ce phénomène des Fake News vient ajouter une strate et un degré de complication dans le pilotage par les marques et les entreprises de leur propre actualité et communication. Ces Fake News peuvent altérer ou détruire une relation client qui a été tissée de longue haleine… Donc vigilance!

Vous revoit-on à la rentrée sur BFM Business et sur Boursorama ?
Oui absolument, les directions de ces 2 médias me font confiance pour une saison supplémentaire. After Business et Ecorama (mon émission sur Boursorama) vont continuer à grandir avec de nouveaux rendez-vous, invités et surprises… Nous terminons bien l’année sur Boursorama avec la venue de Muriel Pénicaud, la Ministre du Travail. Ecorama, émission qui est reprise par l’AFP et Reuters et dans laquelle patrons du CAC40 et du SBF120, mais aussi politiques viennent répondre à nos questions en live.

*Thierry Wellhoff (ainsi qu’occasionnellement d’autres Directeurs associés de Wellcom) était l’invité chaque mardi de Good Com’ Bad Com’ sur BFM Business)

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Nous voulons être présents partout et devenir le premier media social du monde

Laurent Lucas
Directeur de la Rédaction et co-fondateur de Brut

Laurent Lucas, Directeur de la Rédaction et co-fondateur de BrutEn moins de deux ans, il s’est imposé comme LE média des réseaux sociaux : avec son format court et didactique, et son ton fun et décalé, Brut séduit chaque jour, des millions de personnes. Un concept repris à l’envie par d’autres médias, mais également par les marques. A l’occasion du lancement de la version Britannique, Laurent Lucas, Directeur de la Rédaction et co-fondateur de Brut, répond à nos questions.

Chaque vidéo de Brut, dépasse à chaque fois le million de vue. Comment expliquez-vous le succès d’un tel format, repris par ailleurs par d’autres médias (Loopsider, Monkey) ? 

La manière dont les gens, et en particulier les jeunes, s’informent, a évolué. Nous nous adaptons en permanence à ces changements, et nos contenus sont parfaitement adaptés aux nouveaux usages que sont la consommation sur mobile et sur les réseaux sociaux. Sur le fond, nous traitons de sujets qui concernent la jeunesse du monde entier, et à partir desquels ceux qui regardent peuvent  partager et échanger.

Brut n’est présent que sur les réseaux sociaux. Quel est votre modèle économique ? 

Nous faisons du  native advertising, des vidéos sponsorisées par des marques, de la syndication de contenus avec des partenaires media, et, enfin, nous réalisons un travail d’agence média social avec de gros clients comme Clear Channel. La version française de Brut sera rentable en 2018.

Vous avez déclaré que votre activité principale n’était pas la production de vidéos, mais « de démarrer des conversations ». Vous souhaitez que les internautes s’emparent des sujets que vous abordez ?

Brut est un media social dans le sens où nos contenus sont créés pour favoriser les échanges entre les gens, afin qu’il en découle des conversations constructives.

Après les Etats-Unis et l’Inde, Brut part à la conquête du Royaume-Uni. Quelle audience visez-vous Outre-Manche ?  

Nous avons lancé Brut en France il y a un an et demi, la version américaine en janvier dernier, et notre équipe indienne est opérationnelle depuis 3 mois. Depuis le début de l’année 2018, nous avons réalisé 1,5 milliards de vues.

Dans les prochaines semaines, nous allons effectivement lancer une version au Royaume Uni à destination des jeunes britanniques où, comme partout où Brut est présent, nous publierons pour partie des contenus produits spécifiquement pour ce territoire, mais aussi des contenus à portée universelle qui proviendront de nos autres rédactions. Nous voulons être présents partout et devenir le premier media social du monde.

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La mémoire collective garde globalement un bon souvenir de mai 68

Jean-Michel Aphatie
Journaliste

Jean-Michel Aphatie – JournalisteAvec son accent du Sud-Ouest reconnaissable entre mille, et son sens aiguisé de l’analyse politique, Jean-Michel Aphatie est l’un des intervieweurs phares du paysage audiovisuel français. Après avoir fait le tour des chaînes de télévision, des titres de presse et des stations de radio, il officie depuis septembre 2016 à l’antenne de franceinfo où il présente l’interview politique « 8h30 Toussaint-Aphatie » du lundi au vendredi. Une passion pour l’analyse politique que l’on retrouve dans son dernier ouvrage « La liberté de ma mère : mai 68 au Pays Basque » paru début avril, où il raconte comment ses parents ont vécu mai 68. Il revient avec nous sur la genèse de ce récit et nous livre son analyse sur la situation politique actuelle.

Depuis près de 20 ans vous êtes l’un des intervieweurs les plus connus de France. D’où vous est venu le goût pour l’actualité politique ?
Je n’ai pas la réponse.  C’était en moi, un cadeau. J’ai découvert, au fil de ma vie, un goût non pas pour la politique mais pour l’analyse de la politique. Aucun modèle familial : mes parents, mes proches, n’étaient pas politisés. Certains, c’est le football, moi c’était ça. Donc j’ai rationalisé le cadeau: j’ai appris, étudié, regardé et j’ai tenté ma chance pour devenir journaliste politique à Paris. Finalement, ça n’a pas trop mal marché.

Vous avez publié au début du mois d’avril votre ouvrage « La liberté de ma mère : mai 68 au Pays Basque ». Comment vous êtes vous lancé dans l’écriture de ce récit ? 
J’avais envie d’expliquer que le mois de mai 68, dont nous célébrons le cinquantenaire, n’était pas tombé du ciel, qu’il avait des racines, des antécédents, que les parents des étudiants de 68 étaient aussi, et même davantage qu’eux, des révolutionnaires. Pour illustrer mon propos- j’ai raconté l’histoire de mes parents, Catherine et Jean-Pierre, modestes salariés du Pays Basque, qui se sont lancés dans l’aventure de la liberté individuelle et de l’émancipation personnelle dans les années cinquante. Ce récit a intéressé pas mal de lecteurs, et j’en suis formidablement heureux.

Aujourd’hui, votre livre est n°1 des ventes numériques chez Amazon. Estimez-vous qu’il y ait en France une appétence particulière pour la mémoire de mai 68 ?
La mémoire collective garde globalement un bon souvenir de mai 68. Mais c’est un souvenir diffus, et vague. D’où la profusion de films, documentaires, livres, qui connaissent un peu de succès car la mémoire s’est rassie et il faut la rafraîchir. Les Français aiment l’histoire, lointaine ou plus proche. C’est un sentiment émouvant, signé d’un peuple éduqué et cultivé.

Alors que nous nous apprêtons à célébrer le cinquantième anniversaire de mai 68 en France, les mouvements de contestation semblent se multiplier (cheminots, étudiants, retraités etc.). Selon vous, pouvons-nous assister à un mai 2018 ?
En aucune manière, Mai 68 ne se répétera. Il y aura peut-être des mouvements sociaux dans les semaines ou les mois prochains. Peut-être même seront-ils importants, pourquoi pas « révolutionnaires ». On ne sait jamais de quoi sera fait demain. Mais s’ils se produisent, ce qui n’est ni sur ni certain, ils n’auront pas aujourd’hui la teinte joyeuse, imaginative et drôle d’hier. Hélas, l’époque est plus triste, la société plus dure, les problèmes plus violents qu’hier. Pour longtemps je crois, Mai 68 restera unique.

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Jules Lavie : L’essentiel est que l’on se batte pour ce que l’on croit

Jules Lavie
Cofondateur et Directeur de la rédaction de Vraiment

Jules LavieL’actu « chaude », c’est quelque chose que Jules Lavie connaît bien : journaliste à France Info il a couvert tous les soubresauts de l’actualité pendant 15 ans. Aujourd’hui, aux côtés de Julien Mendez et de Julie Morel il fonde un nouvel hebdo, Vraiment, dont le premier numéro a été diffusé le 21 mars dernier. Objectif : proposer de l’analyse de fond et des sujets variés dans un paysage où la course au clic et les vidéos buzz ont fini par nuire à la qualité de l’information. Jules Lavie répond à nos questions et nous dévoile ce qui se cache « vraiment » derrière ce nouveau magazine.

Comment est née l’aventure Vraiment ?
J’ai rencontré Julien Mendez en allant chercher ma fille à l’école. Nous avons sympathisés et en discutant nous nous sommes rendus compte que nous n’avions plus de journal de cœur. On s’est alors lancé le pari de lancer notre propre hebdomadaire. Nous avons commencé à travailler dessus en février 2017 : je m’occupais de recruter les journalistes et Julien, docteur en économie qui a fait ses armes à l’Agence de Participation de l’Etat, s’occupait de trouver les financements. J’ai pris contact avec de nombreux journalistes de presse écrite : Sandrine Chesnel de l’Express, Thibault Raisse du Parisien etc. De son côté Julien a rencontré l’imprimeur Léonce Deprez (qui édite déjà le magazine Society). C’est ainsi qu’une petite équipe s’est créée ! Julie Morel nous a rejoint en juin et nous avons ensuite pris nos premiers locaux de coworking en août.

Notre fonctionnement obéit à une double logique entrepreneuriale et rédactionnelle. Nous avons également un fonctionnement différent des autres magazines : 5 jours de décalage entre l’impression et l’expédition, quand les autres hebdos n’en ont 3. Ce qui fait que nous imprimons et nous diffusons à un prix moins élevé. Ce temps long nous pousse de plus à être fidèles à notre ligne éditoriale qui est de ne pas faire d’actu « chaude » mais de proposer des contenus de fond.

Pourquoi avoir choisi le format papier ?
Avec les magazines papiers le modèle économique est simple : les recettes proviennent de la vente du journal, qui permettent ensuite de rémunérer les journalistes et de payer les frais. Sur internet c’est plus difficile : certes l’investissement de départ est moindre, mais il est beaucoup plus difficile de pousser les gens à s’abonner. Aujourd’hui la seule exception, en plus des versions Web des grands journaux nationaux Le Monde et Le Figaro, c’est Mediapart. De leur côté, Slate et le Huffington Post par exemple sont en très mauvaise santé financière. Avec le papier on est sur un modèle économique avec une structure précise, on sait que l’on ne va pas vendre des centaines de milliers d’exemplaires, mais au moins le modèle économique est clair. Et ces dernières années certains titres de presse écrite ont rencontré un tel succès qu’ils ont aujourd’hui bien installés comme Le 1 ou Society.

Quels types de contenus proposez-vous dans Vraiment ?
Nous proposons une dizaine de sujets longs par semaine dans la partie « informations » qui est structurée selon des rubriques classiques : France, économie, Monde. Ensuite dans la rubrique « Au Calme » nous mettons en avant des sujets « mieux vivre » et « culture ». Notre méthode : mêler le terrain, le reportage et l’analyse, l’expertise. Nous sommes un journal qui est là pour nourrir la réflexion. Si un nouveau concept émerge dans la société nous allons nous interroger sur ses origines, questionner des spécialistes etc. On a un petit côté intello mais on est aussi conscients qu’on ne peut pas être spécialisés sur tous les sujets. Surtout d’un autre côté, chaque lecteur est spécialiste d’au moins une thématique ! Il faut donc que l’on essaye toujours d’être les plus sérieux et concis possible. Lorsqu’un lecteur découvre un nouveau magazine il va d’abord lire un article sur un sujet qu’il maîtrise pour évaluer le sérieux du journal. Voilà notre recette : pas d’actu « chaude » et des sujets traités avec rigueur.

Pour trouver cette ligne éditoriale nous nous sommes aidés de nos lecteurs. En effet « Vraiment » est le fruit d’une co-construction. C’est Julie Morel  qui a eu cette idée : s’appuyer sur une communauté de lecteur pour affiner notre projet. Un exemple : nous avions au départ l’idée de faire chaque semaine une couverture mono-sujet. Or nous proposons à chaque fois 8 dossiers sur des thématiques différentes. Le risque avec des couvertures à sujet unique c’est que l’on sous-vende notre titre, sans rendre compte de toutes les thématiques abordées. C’est grâce à notre communauté que nous avons pu aboutir à ce résultat.

Quel regard portez-vous sur le renouvellement du paysage médiatique français (Le Nouveau Magazine Littéraire, Le Média, AOC etc.) ?
Je trouve que c’est génial que de nouveaux médias se créent, même si je suis conscient que tous n’y arriveront pas. Depuis 350 ans des journaux se créent, d’autres disparaissent c’est comme ça, mais c’est toujours stimulant de sentir un vent frais souffler sur la presse française. Surtout si ces médias militent pour de l’information sérieuse et contre le buzz et les titres à clic. L’essentiel c’est que l’on se batte pour ce que l’on croit ! Je suis journaliste à FranceInfo depuis 15 ans et je ne peux pas me résoudre au fait que l’information se résume à des brèves ou à des vidéos buzz.  Ça me fait de la peine de voir des news magazines qui ne sont plus lus. Il y a un vrai désir de renouveau chez les lecteurs. Vraiment.

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Nicolas Vidal : La culture doit faire débat et doit poser des questions, de celles qui alimentent la démocratie

Nicolas Vidal
Fondateur et Directeur de la Publication de Putsch

Nicolas Vidal, fondateur et Directeur de la Publication de PutschEn 2007, alors qu’il n’a que 27 ans, Nicolas Vidal fonde BSC NEWS, premier web magazine culturel français. Alors que le pure-player ne comptait qu’une trentaine de lecteurs lors de son lancement, en 2017 le site est visité par près de 800.000 internautes. L’occasion de faire évoluer le titre : fini BSC NEWS, place à Putsch ! Un nouveau site qui compte bien bousculer la façon dont les médias couvrent l’actualité culturelle. Cinéastes, romanciers, musiciens, dramaturges, chaque mois PUTSCH donne la parole à des personnalités d’horizons différents. Un seul mot d’ordre : faire vivre le débat !  A l’occasion de ce lancement, Nicolas Vidal, Directeur de la Publication, nous livre les orientations de son projet et sa vision du journalisme culturel.

BSC News, un des premiers pure-players culturels, devient Putsch. Pourquoi cette évolution ?
Le choix de la nouvelle marque s’est posée en juin 2017. Nous devions faire évoluer la marque média du BSC NEWS et tout naturellement la décision a été prise de changer de nom, d’arrêter le format web, maintenir l’offre papier  et de développer un nouveau site d’actualités plus adaptés aux nouveaux usages. Simultanément, j’avais également décidé de quitter Montpellier où j’ai fondé le BSC NEWS dix ans auparavant. L’environnement économique et la vitalité culturelle de cette ville ne permettaient plus de grandir sereinement sans compter la frilosité de certaines institutions concernant la question de l’innovation dans la façon de traiter des sujets culturels ou de couvrir des événements.

L’évolution du projet PUTSCH a naturellement posé  la question de la monétisation. Nous nous sommes appuyés sur l’expertise d’Hélène Froment (Mediapart, Le Monde..). Pendant dix ans nous avons vécu sur un modèle quasiment gratuit, jonglant entre des budgets publicitaires et un nombre d’abonnés qui progressait mais pas suffisamment pour se séparer de la publicité et pérenniser le média sur le long terme. Aujourd’hui, nous proposons deux offres claires : 3,99 euros par mois pour l’abonnement au site ou 7,99 euros pour l’abonnement au site et au journal papier mensuel.

Quels types de contenus proposez-vous dans ce nouveau média ?
Putsch sera le média qui bouscule l’ordre culturel établi avec une série d’entretiens de personnalités parfois piquantes et corrosives. Car la culture doit faire débat et doit poser des questions, de celles qui alimentent la démocratie. Ce spectre est très large allant par exemple d’Augustin Trapenard à Laurent Obertone, Michel-Edouard Leclerc, Enki Bilal, PPDA, Raoul Peck, Malika Sorel Sutter ou encore Jeannette Bougrab.

Ainsi nous offrons la possibilité aux lecteurs de se faire leur propre opinion. Aiguiser le libre-arbitre de tout un chacun est l’objectif principal de PUTSCH.

Parce que la culture doit faire débat, parce qu’il y a une nécessité aujourd’hui de bousculer l’ordre culturel établi, Putsch veut être cet espace privilégié de lectures et de réflexions. Un forum indispensable et inhérent à toute démocratie ne peut exister que si toutes les voix, même discordantes et subversives, ont un espace, un lieu pour s’exprimer. Parce que Putsch ne veut rien s’interdire lorsqu’il s’agit de faire vivre la démocratie et la culture.

Putsch propose aux lecteurs passionnés de culture et de débats de découvrir une nouvelle façon de faire du journalisme culturel. Nous proposons aux lecteurs un travail de  journalistes basé sur le triptyque : culture, idées et débats.

Pourquoi avoir fait le choix de faire un magazine multi-média ?
Nous avons décidé dans un premier temps de lancer une série de supports videos diffusés sur notre WebTv dès le printemps 2018. Deux programmes sont déjà en cours de préparation. Cette corde manquait à notre arc. Et nous nous devions de proposer du contenu vidéo de qualité. Le maintien du support a été mûrement réfléchi.

Concernant la version Print, nous travaillons de concert pour cela avec la Start-Up PayPerNews qui excelle dans ce domaine. Le modèle économique du journal papier, dont la nouvelle formule se nommera aussi PUTSCH, est sécurisé car sans risque de remettre en cause l’existence du média. Elle viendra renforcer nos offres d’abonnement.

Par cette présence multi-supports, nous essaierons ainsi de toucher via notre positionnement sur le web des lecteurs qui pourraient être tentés de porter crédit aux Fake News. Chez Putsch, nous nous en tiendrons aux idées et notre expérience d’une décennie dans les médias avec BSC NEWS a renforcé cette conviction.

Que vous inspire le traitement de la culture dans les médias aujourd’hui ?
Nous sommes partis du constat qu’il y a une uniformisation des contenus, des invités et très souvent des idées dans une sorte de bulle idéologique qui ne correspond pas à notre idée de la démocratie. Pour une société très portée sur l’exigence de la diversité, PUTSCH met à l’honneur la diversité d’idée et d’analyses sans préjugés, ni parti pris de la part de la rédaction. Nous tenterons donc de réconcilier une partie du lectorat déçue des médias qui ne se reconnaissent plus dans la façon dont est traitée l’actualité.  Nous espérons fédérer le maximum d’abonnés autour de PUTSCH afin de pérenniser le média et prévoir de nouveaux développements pour 2019.

Nous espérons également que notre ligne éditoriale séduira les lecteurs déçus par les médias traditionnels. Chez PUTSCH, nous nous en tenons aux idées, aux débats et à l’ouverture d’esprit.

Putsch ne sera d’aucune tendance, d’aucune chapelle et ne sera pas militant. Néanmoins, nous militons ardemment pour le débat d’idées.  En somme, il faut aller dans les marges du journalisme, c’est là que se trouve le sillon fécond de la démocratie.

Quelles futures personnalités comptez-vous interroger ?
Nous ouvrons sur PUTSCH un espace de tribunes où plusieurs personnalités prendront la parole sur des sujets culturels divers. Et c’est une nouveauté pour nous. Dès le mois d’avril, nous publierons une série de tribunes pour nourrir cette volonté de pluralisme. Nous sommes prêts à accueillir toutes les voix qui sont sensibles à la culture et aux débats d’idées. Et nous discutons avec tout le monde sans corporatisme, sans a priori. Car, chez Putsch, il n’y pas de gens blacklistés.

A noter que nous publions déjà les dessins succulents du grand dessinateur de presse, André Bouchard qui collabore avec nous depuis plusieurs années.

Enfin, nous avons le plaisir d’accueillir notamment chez Putsch l’humoriste David Azencot (Europe 1 & Canal+) qui publiera chaque mois une chronique video sur la WebTv de PUTSCH. Et je cite souvent Pierre Desproges qui disait  « qu’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ». Chez PUTSCH, nous tenterons de rallier le plus grand nombre de lecteurs autour de la culture et du débat.

Le site de PUTSCH : www.putsch.media

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Xavier de Moulins : Ce qui m’intéresse c’est de raconter le monde en mouvement

Xavier de Moulins
Journaliste et romancier

Xavier de Moulins – Journaliste et romancierDepuis 2010 Il incarne l’information sur M6. Présentateur du JT du soir, le 19 45, ainsi que du magazine d’information du week-end, 66 Minutes, Xavier de Moulins est un accro à l’info. Après avoir fait ses classes sur Canal + dans l’émission culte « Nulle Part Ailleurs », ainsi qu’à la présentation du programme phare des noctambules parisiens « Paris Dernière », il propose chaque soir de la semaine un journal télévisé qu’il veut « proche des téléspectateurs ». A l’antenne du lundi au dimanche, Xavier de Moulins n’en délaisse pas  pour autant son autre passion : l’écriture. Auteur de 5 romans, dont l’un a été librement adapté au cinéma en 2016, son dernier ouvrage, Les Hautes Lumières, a été publié en octobre 2017 aux éditions Jean-Claude Lattès. Rencontre avec un journaliste/écrivain pour qui le monde se raconte tous les jours.

De Canal+, en passant par Paris Première, à M6 aujourd’hui, vous officiez à la télévision depuis bientôt 20 ans. Pourquoi ce média en particulier ?
J’ai toujours voulu être journaliste, peu importe le média. J’ai d’abord travaillé pour la presse écrite, puis je suis passé par la radio, la télévision, le digital. Un jour la télévision m’a ouvert ses portes et j’y suis resté car c’est un média qui permet d’être au contact des autres. A travers les magazines, les reportages, les documentaires, ce qui m’intéresse c’est de raconter le monde en mouvement. J’aime créer un lien avec les gens qui nous regardent, leur donner un maximum d’éléments pour qu’ils se fassent un avis, mettre cartes sur table dans un monde ou l’information est parfois tordue, renversée.

Vous êtes à la tête du JT de M6 depuis 8 ans, et les audiences ne cessent de battre des records. Comment expliquez-vous un tel succès ?
Je pense que ce succès réside dans la manière dont nous fabriquons l’information. Nous essayons constamment de l’amener de façon rythmée, pédagogique, variée, surtout en ce qui concerne les sujets plus magazines. De plus, à force d’être présent chaque soir dans le foyer de millions de français on finit par être un marqueur de leur temps, de leur journée. On rentre dans leur intimité, il y ‘a tout de suite un lien qui se crée avec eux. Moi ce n’est pas la caméra qui m’intéresse, mais les gens qui sont derrière le poste de leur télévision.

Vous avez publié en octobre 2017 votre 5ème roman Les hautes lumières. En tant que journaliste/romancier, comment l’actualité nourrit-elle votre écriture ?  
On est confronté tous les jours à l’actualité, elle est nécessairement là, sous notre nez. Même si l’on ne peut pas tout prendre, à travers la fiction on essaye d’échapper au réel en en créant un autre. L’objectif du roman est de poser des questions sur le monde d’aujourd’hui. Je n’écris pas de romans historiques car je veux que le lecteur s’interroge sur ce qui l’entoure. Il faut toutefois tracer une ligne claire entre fiction et réalité : lorsque je suis journaliste je ne cherche pas à romancer l’actualité ou à la maquiller. Il s’agit de deux mondes étanches mais qui peuvent amener au même point : s’interroger sur le monde qui nous entoure.

Vous avez animé le 20 janvier dernier une « Nuit de la Lecture. Racontez-nous.
La « Nuit de la Lecture » a été pour moi l’occasion de mettre la littérature et le goût de la lecture au centre d’une émission, l’espace d’un instant. Cette émission était retransmise en direct sur Facebook. J’ai convié 25 écrivains autour de moi pour qu’ils racontent leur rapport à la lecture, et qu’ils en profitent pour lire des extraits de leurs ouvrages ou d’œuvres qui ont marqué leur vie. Cela a été un vrai challenge que l’on a réussi haut la main, et un véritable moment d’exception. Les nouvelles technologies permettent de prendre le temps, d’avoir une certaine souplesse et de toujours imaginer de nouveaux formats. Une expérience à renouveler !

Vous apportez votre soutien à Handicap International. Est-il important que des vedettes comme vous s’engagent auprès d’associations sociales et/ou humanitaires ?
Nous sommes dans un milieu privilégié et je pense qu’il est important de donner de notre temps à ceux qui le sont moins. Je me suis senti proche du combat d’Handicap International en tant que valide mais surtout en tant que père. C’est une chance de donner un coup de projecteur sur ces organisations.

Un mot sur vos futurs projets ?
La fiction en général est un registre qui me passionne. Le théâtre, comme d’autres formes d’expression, sont des genres qui m’attirent mais je préfère me laisser le temps de savoir dans quels territoires je vais m’aventurer. Nous verrons bien !

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Sylvain Bourmeau : Il est devenu impérieux de pouvoir formuler autrement les questions que pose l’actualité

Sylvain Bourmeau
Journaliste et fondateur d’AOC

Sylvain BourmeauSylvain Bourmeau en a connu des médias : passé par la presse écrite (Libération puis Les Inrocks), et numérique (Mediapart), il produit aujourd’hui l’émission “La Suite dans les Idées” sur France Culture. Un journaliste mais pas que ! Egalement professeur à l’Ecole des Hautes Etudes en Science Sociale (EHESS), Sylvain Bourmeau entend bien réconcilier les sciences humaines et sociales et le journalisme. Pour ce faire, il lance ce mois-ci son propre média numérique Analyse, Opinion Critique, ou AOC, dont l’objectif est de donner la parole à des chercheurs, scientifiques ou intellectuels ayant une connaissance fine des sujets traités. En ce début d’année 2018, il précise son projet, qui s’intègre dans le renouvellement du paysage médiatique français.

Vous lancez en janvier 2018 Analyse Opinion Critique, ou AOC, un quotidien numérique. Comment vous est venue l’idée de lancer ce média ? Pourquoi avoir choisi le format numérique ?
C’est un vieux rêve rendu possible par la mutation numérique. Depuis très longtemps j’avais envie de mettre au jour un journal intellectuel, un média qui permettrait de se saisir de l’actualité au prisme des travaux des sciences humaines et sociales notamment. Ce projet est devenu plus nécessaire à mesure que le journalisme s’est standardisé, il est devenu impérieux de pouvoir formuler autrement les questions que pose l’actualité, et non seulement d’y apporter des réponses différentes. Le fact checking ne saurait suffire dès lors que c’est la manière de problématiser qui se trouve en question. La mutation numérique ne permet pas seulement d’élargir les audiences de médias existants, elle permet aussi de construire de nouveaux médias qui, à l’inverse, entendent devenir rentable avec des publics raisonnables. A rebours des journaux qui se servent d’internet pour démultiplier leur audience, AOC entend bâtir un média durable sur un public limité mais solide.

Vous avez la particularité d’être journaliste et universitaire. Selon vous, quelle place occupent les intellectuels au sein du paysage médiatique français ? Comment percevez-vous la relation entre journalisme et sciences sociales ?
Les intellectuels reconnus par les médias sont hélas rarement ceux qui comptent véritablement au plan scientifique. L’inertie est considérable, on a l’impression qu’il y a parfois des décennies d’écart entre la réalité du débat scientifique et le reflet qu’en donnent les médias, à l’exception de certains médias bien sûr, au premier rang desquels France Culture. Le journalisme et les sciences humaines sociales entretiennent des relations de méfiance réciproque, liée à la situation de concurrence dans laquelle ils se trouvent. Le journalisme gagnerait pourtant à se nourrir des sciences humaines et sociales, et les chercheurs en sciences humaines devraient de leur côté apprendre à mieux se soucier de l’actualité, et à prendre leur part du journalisme, qui est une fonction sociale et ne saurait devenir le monopole des journalistes professionnels détenteurs d’une carte bleu blanc rouge.

Le succès de Figarovox, lancé il y a trois ans, traduit-il selon vous, un goût particulier des lecteurs pour les idées ? Pensez-vous qu’aujourd’hui il manque, en France, un espace d’expression qui « structure le débat » ?
Figarovox est un courrier des lecteurs à l’heure numérique, je ne suis pas certain qu’il participe véritablement de la structuration du débat sauf à indiquer en permanence le pôle le plus réactionnaire.

En entrant  au capital de Challenges, Renault rejoint Vivendi, Lagardère ou encore LVMH dans la liste des grands groupes industriels propriétaires de médias. Quel regard portez-vous sur cette tendance ?
En France, la concentration dans le domaine des médias atteint des niveaux inimaginables si l’on compare aux Etats-Unis, où des lois empêchent ce type de situation. C’est inquiétant. Mais à se focaliser uniquement sur les questions d’actionnariat, on en oublie ce qui est encore bien plus important à mes yeux : les modèles économiques des médias et leurs conséquences pour le fonctionnement de l’espace public. Voilà le vrai danger.

Le Média, Ebdo, Le Nouveau Magazine Littéraire et bien-sûr AOC… 2018 voit naître des médias qui ambitionnent de donner un nouveau souffle à l’information. Un commentaire ?
C’est un signe très positif. C’est indéniablement le moment de tenter des choses avant que tout ne se referme !

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Frédéric Taddeï : J’ai toujours été transgressif

Frédéric Taddeï
Journaliste

Frédéric Taddeï interviewOn l’adore. Il est LE journaliste de ces 25 dernières années. Animé d’une curiosité intense qui le fait passer de Paris Dernière de 1997 à 2006 à Ce Soir ou Jamais (de 2006 à 2016 sur France 3 et France 2). .

Aujourd’hui sur Europe 1 en direct du lundi au jeudi aux manettes de « Europe Social Club », Frédéric Taddeï, l’homme des médias également patron de Lui et créateur de d’Art d’Art depuis 2002, nous livre quelques secrets de sa personnalité et de ses choix.

Et… tout roule !

Aujourd’hui vous êtes essentiellement à la radio. Ce média accorde-t-il un espace de liberté plus grand que la télévision ?
« Il est encore permis d’être intelligent à la radio, à Europe 1. A la télévision, c’est de plus en plus mal vu. On a l’impression que ça va faire fuir le téléspectateur. La télé et la radio subissent toutes les deux une baisse tendancielle de leur audience, à cause d’internet, mais elles réagissent de façon différente. La télévision a tendance à baisser le niveau, elle cherche le PPCM, le plus petit commun multiple, et finit par prendre les téléspectateurs pour des idiots. C’est une catastrophe. La radio fait le contraire. Elle cherche le PGCD, le plus grand commun dénominateur. C’est plus ambitieux et plus malin. Le public n’aime pas qu’on le sous-estime. C’est pour ça qu’il fait plus confiance à la radio qu’à la télé. »

Comment choisissez-vous vos invités sur votre émission quotidienne @Europe 1 ?
« Europe 1 Social Club est une émission de décryptage du monde d’aujourd’hui, avec une heure de débat et une heure de talk-show. Tout y est abordé, des grands problèmes de société à l’art, à la culture, au sport et au divertissement. Les invités savent tous très bien de quoi ils parlent. Ce ne sont pas des chroniqueurs ni des éditorialistes. Les invités du débat sont des spécialistes reconnus et ils ne sont pas d’accord entre eux. Si vous voulez comprendre un problème, il faut comprendre pourquoi les gens ne sont pas d’accord entre eux. C’est la meilleure clef. Dans la deuxième heure, la partie culturelle, où défilent tous ceux qui écrivent des livres, font des films, des disques, des spectacles, de la cuisine ou du sport, je m’intéresse de préférence à celles et ceux qui reflètent le mieux notre époque. La promesse, c’est que si vous écoutez régulièrement cette émission, vous comprendrez dans quelle époque vous vivez, vous comprendrez ce qui est en train de se passer. »

Vous êtes depuis peu Directeur de la rédaction de Lui. Une manière de joindre l’utile à l’agréable ? #transgression ?
« Lui a toujours été un magazine ancré dans son époque. Le premier directeur de la rédaction, c’était un écrivain voyageur, le regretté Jacques Lanzmannn, qui était aussi le parolier des plus belles chansons de Jacques Dutronc, et mon prédécesseur, c’était Frédéric Beigbeder, qui ne se défend pas mal non plus. Mais c’est vrai que ça reste transgressif… Eh bien, je le reconnais, j’ai toujours été transgressif. J’ai toujours aimé sauté d’un sujet à l’autre. Dans mes émissions, on passe de la politique à l’art, de l’économie à la philo, de la culture au sexe et, vous le remarquerez, tout se répond, tout communique. Si l’on veut comprendre son époque, il ne faut rien laisser de côté. L’honnête homme du XXIe siècle est quelqu’un qui doit se sentir partout chez lui, avec l’establishment comme avec les contestataires, avec les intellectuels comme avec les artistes, avec les politiques comme avec les pirates informatiques, dans les aéroports comme dans les boîtes de nuit. »

Éclairez-nous sur vos projets, écriture d’un livre ?
« Je ne fais jamais de projets. »

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Nous ne sommes pas victimes, mais actrices de l’Histoire !

Laure Adler
Journaliste

Laure Adler

Elle se bat pour la cause féministe depuis près de 40 ans. Nous sommes aujourd’hui fiers de lui donner la parole. « Dictionnaire intime des femmes », c’est le nom de son dernier ouvrage paru aux éditions Stock. Laure Adler, journaliste et essayiste est également tous les soirs de la semaine à 20h sur France Inter avec L’heure bleue. Elle réagit évidemment à l’actualité et son point de vue touche. Rencontre.

Votre ouvrage également met en avant des hommes. Ils sont de plus en plus nombreux à être ou s’affirmer féministes. Vous vous en réjouissez ?
« Oui beaucoup. La défense des droits des femmes passe aussi par un compagnonnage avec des hommes. Dans l’histoire du féminisme beaucoup d’hommes nous ont permis d’avancer. »

L’affaire Weinstein ou Tariq Ramadan… l’actualité fait état d’un déferlement d’accusations. Prise de conscience ?
« Je pense qu’il se passe une véritable révolution, une révolution de civilisation, quelque chose de très important. Les femmes souffrent en silence depuis des siècles et des siècles et la parole des violences qu’elles subissent n’a jamais été entendue. Ça commence à l’être un peu. Mais il ne faut pas qu’un événement en chasse un autre. Il ne faut pas que cette révolution d’une grande portée politique s’évanouisse avec le flux de l’actualité. Il faut aller au-delà et surfer sur cette très grande révolution. Le gouvernement français actuel doit en saisir véritablement l’ampleur et permettre par un arsenal juridique de faire en sorte que notre justice française ne soit pas aussi économe, inégalitaire mais aussi inaudible dans son fonctionnement par rapport à la violence que subissent les femmes. »

Est-ce que les réseaux sociaux peuvent être un outil au service de la cause féministe ? Qu’en pensez-vous ? Utilisez-vous les réseaux sociaux ?
« Oui les réseaux sociaux sont un outil qui permet à des femmes individuellement de dire des choses qu’elles ont enfermées dans le secret de leur cœur et de leur corps depuis quelque fois très longtemps. Des choses qui les ont oppressées et empêchées de vivre. Ça, c’est vraiment grâce aux réseaux sociaux.

Maintenant je pense que les réseaux sociaux ne sont pas tout, ils ne peuvent en aucun cas se substituer à la justice. Ils sont une étape. Nous sommes dans un état de droit, les femmes sont les égales des hommes. Elles disposent de droits qui sont violés en permanence. A la justice et à l’état de droit dans lequel nous sommes, de prendre en compte ce qu’il se passe. Les révolutions ont toujours commencé par des élans de solidarité et par du collectif, particulièrement les révolutions de femmes dans l’histoire du féminisme. Il faudrait que le gouvernement le réalise vraiment, et qu’il agisse au plus vite.»

Etes-vous confiante ?
« Non, pas pour le moment. C’est un problème éminemment politique. Politique au sens le plus haut du terme : La vie de la Cité. C’est vraiment au Ministère de la Justice de commencer à élaborer des propositions en relation avec ce que l’on aimerait avoir c’est-à-dire un Ministère plein et entier du droit des femmes. Françoise Giroux l’avait inauguré. Macron dit de lui-même qu’il n’est ni de Droite ni de Gauche. J’observe quand même que Giscard d’Estaing était un homme qui s’assumait de Droite et qu’il a créé le premier Secrétariat d’Etat qui ensuite est devenu un Ministère. Tous les Gouvernements de Gauche ont continué sauf Hollande hélas, qui en a fait de nouveau un Secrétariat d’Etat. On sait très bien ce que ça veut dire Secrétariat d’état. Ça veut dire la main mise d’un Ministère, moins de budget, moins de moyens, ne pas être à la table du Conseil des Ministres.

Est-ce qu’on a vu que ce sujet était au Conseil des Ministres ? Il se passe une révolution mais on parle d’autre chose et ce n’est pas à l’agenda du Conseil des Ministres ? Sommes-nous tombés sur la tête ? »

Que peut-on faire ?
« Alerter le gouvernement, faire pression, demander que des actes concrets soit envisagés dans un agenda précis, avec des moyens particuliers. Parce qu’on sait bien que la justice est complètement engorgée, on sait bien que dans les commissariats des formations doivent être mises en place extrêmement vite. Pour cela il faut de l’argent il faut des éducatrices et des éducateurs. Il faut accompagner cette révolution très importante, par une révolution non moins importante de l’éducation. Pas seulement dans les commissariats de police mais également dans les Cours de Justice.

La vision de la petite fille puis ensuite de la jeune fille puis ensuite de la femme doit être modifiée en amont y compris dans les manuels scolaires de la rentrée prochaine.

Pourquoi y a-t ’il des pays où ces choses-là sont répréhensibles et où les hommes ne s’autorisent pas ce genre de déviations parce qu’ils savent qu’ils vont être punis ? C’est le cas dans beaucoup de pays d’Europe du Nord et des Etats Unis. Je peux vous dire qu’on n’a pas intérêt à faire le quart du dixième aux Etats-Unis de ce qu’il se passe actuellement en France.

On est passé du « moi je », « je vais essayer de me défendre », « je vais essayer d’oublier », « je vais essayer de ne pas être offensée », « je vais essayer de ne pas être détruite parce que s’il m’est arrivé ça ça veut dire que j’y suis peut-être pour quelque chose » (parce que c’est toujours de notre faute) à « nous les femmes », au collectif qui doit maintenant exiger des actes concrets.

Vous êtes révoltée ?
« Je suis très impressionnée par ce qu’il se passe, très admirative. Je me bats depuis 40 ans pour que l’histoire des femmes soit reconnue et pour que justement on puisse connaître toutes ces femmes remarquables qui nous ont précédées dans notre histoire, connaître leur destin leur courage leur détermination y compris dans les manuels d’Histoire. Pour qu’elles nous donnent de la force, de l’énergie et de la croyance en nous-mêmes. Je pense que ce qu’il se passe en ce moment participe de ce même mouvement de la revendication du courage et de la puissance des femmes. Maintenant il faut nous faire entendre ! Nous ne sommes pas victimes, mais actrices de l’Histoire ! »