Christophe Roturier, Directeur délégué de Max Havelaar

Son parcours
Âgé de 51 ans, Christophe Roturier a suivi une formation en agronomie avant de partir en 1982 faire son service national en coopération en Côte d’Ivoire, au sein de l’IRCC, l’Institut de Recherche sur le Café et le Cacao, un premier contact avec les cultures tropicales et les questions de développement des pays du Sud qui l’ont profondément marqué.
En 1984 il revient en France et intègre alors l’ITCF, Institut technique des céréales et des fourrages, qui est un centre de recherche appliquée, piloté et financé par les producteurs eux-mêmes. Au-delà de son intérêt initial pour la recherche, l’expérimentation et le domaine du végétal, Christophe Roturier développe au travers de cette expérience le goût de l’engagement pour les producteurs.

En 1990, M. Roturier rejoint selon la même logique, l’Association de coordination technique agricole (ACTA), organisme également piloté par les agriculteurs, où il est notamment chargé de développer des systèmes de production intégrée, solution à mi chemin entre la production classique et la production biologique. En parallèle, il s’implique au Ministère de la Recherche dans la préparation et le suivi du Programme Cadre européen de Recherche et Développement dans les domaines agricole et agro-alimentaire. Puis il rejoint l’INRA, Institut National de la Recherche Agronomique, au poste de responsable des affaires européennes, où il œuvre à établir le lien entre les préoccupations des chercheurs et les orientations envisagées au niveau européen.

En 2003, Christophe Roturier retourne à l’ITCF, alors devenu Arvalis- Institut du Végétal, pour occuper le poste de responsable des relations internationales avant de succéder au directeur scientifique de cet organisme. Puis en 2009, il est recruté en tant que directeur du développement sud et de la mobilisation au sein de Max Havelaar France, avant d’occuper les fonctions de Directeur Délégué depuis le début de l’année. Après avoir pratiqué l’escrime pendant des années, son emploi du temps amène Christophe Roturier à abandonner ce sport afin de pouvoir s’investir dans une troupe de théâtre qu’il a constituée il y a quelques années avec des amis. Par ailleurs, sa passion pour les polars l’a amené à l’écriture. Sous le pseudonyme de Christophe Tembarde, il a publié deux romans, Cacao Amer en 2006 et Fontaineblues en 2010 ; Puzzles, un recueil de nouvelles sortira début mai en librairie.

Présentation de Max Havelaar France
Max Havelaar France est une association loi de 1901, à but non lucratif. Sans acheter ou vendre de produits issus du commerce équitable, cette association a pour principal objectif de gérer en France le label international Fairtrade/Max Havelaar qui garantit des conditions commerciales plus justes aux petits producteurs d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. En contrepartie, les producteurs s’engagent à respecter un cahier des charges exigeant en matière environnementale mais aussi dans le domaine de la gestion démocratique de leurs organisations. Cette initiative leur permet d’améliorer leurs conditions de vie, de développer leurs capacités de production et de négociation, d’être plus autonomes, davantage en position de force vis-à-vis des acheteurs ou de leurs interlocuteurs locaux et donc de prendre en main leur avenir. La mise en œuvre concrète de ce système passe par l’utilisation d’outils, principalement économiques, tels que le prix minimum garanti ou la prime de développement. Pour prendre l’exemple de cette prime, une fois attribuée aux producteurs, sa destination est alors décidée de manière collective, transparente et démocratique et peut aussi bien servir à investir dans des solutions améliorant la qualité des produits (café, cacao, thé, fruits, etc.) que dans la construction d’une école.

L’origine du nom Max Havelaar se trouve aux Pays-Bas, et reprend le nom du héros dans le roman éponyme du XIXe siècle. Ce héros, aussi connu aux Pays-Bas que Zorro peut l’être chez nous, était un anticolonialiste habitant l’île de Java, n’ayant de cesse de se battre pour la défense des intérêts des petits producteurs locaux. A l’image de ce défenseur avant-gardiste, le système Fairtrade/Max Havelaar assure la même mission au niveau mondial.

Sa vision du commerce équitable pour l’avenir
« Nous sommes aujourd’hui dans une période charnière, après l’euphorie d’une croissance annuelle à deux chiffres pendant laquelle le commerce équitable était très à la mode, nous constatons depuis 2010 une croissance plus modeste, notamment à cause de la crise. » nous explique Christophe Roturier. Par ailleurs, d’autres modes de consommation responsable ont émergé, tels que la production biologique ou la consommation locale, qui fait appel aux producteurs de la région, « mais ce ne sont pas des concurrents directs, nous sommes porteurs de valeurs communes. Max Havelaar est un acteur de la consommation responsable ayant la spécificité d’être expert des filières sud-nord » précise Christophe Roturier.

Selon lui, la priorité de Max Havelaar en France est de retrouver sa place originelle, « une place d’ONG à part entière ayant une prise de parole « plus politique », une place plus importante dans les débats sur le sujet ». En effet Max Havelaar France propose aujourd’hui une solution concrète pour un commerce plus juste, créant un lien entre producteurs du Sud ET consommateurs du Nord. « A la veille de la 15aine du commerce équitable, nous allons prendre la parole avec les producteurs du sud sur les projets du G20 qui reconnaissent enfin la nécessité de réguler les prix des matières premières agricoles. Il faut revenir aux fondamentaux du commerce équitable, il est nécessaire pour les consommateurs du nord d’être éclairés sur l’origine des produits qu’ils consomment et pour les producteurs du sud de peser sur les décisions économiques qui sont prises au niveau international. »

Christophe Roturier insiste cependant sur le fait « qu’il faut bien distinguer le rôle de chacun dans ce système, Max Havelaar est là pour gérer le label – ce n’est pas une marque ! – qui est utilisé et porté par les entreprises qui achètent dans les pays du Sud. Mais il faudrait que de plus en plus d’entreprises s’engagent pour créer encore plus d’impact positif au Sud ; nous cherchons à développer avec elles un partenariat sur le long terme, dans le cadre de leur stratégie d’entreprise. »