L’Express(.fr) : du lectorat à une communauté

Né le 25 janvier 1967 en Haute-Savoie, Christophe Barbier est un ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm.

Journaliste politique, il est passé par le Point (1990) et Europe 1 (1995) avant de rejoindre L’Express en 1996 pour diriger le service politique. Il est nommé directeur adjoint de la rédaction en 2001 puis directeur de la rédaction en 2006, poste qu’il occupe aujourd’hui. Christophe Barbier, outre ses fonctions au sein de L’Express, est un habitué des plateaux avec notamment l’animation de chroniques pour C dans l’air, sur la Cinq, et sur LCI.

Rencontre avec le patron d’un media qui se porte plutôt bien, que ce soit sur sa version papier ou son site éponyme…

Parlons un peu de L’Express : quelle stratégie entre le papier et les versions digitales ?

Notre stratégie repose sur deux fondamentaux : Il y a une véritable complémentarité entre les canaux et de fait une véritable convergence entre les deux rédactions. Le net est un atout, il ne phagocyte pas le media papier. Pour un hebdo comme nous, ça nous permet de sortir des news chaudes sur L’Express.fr et via twitter par exemple que nous ne pourrions jamais passer dans la version papier. Nous pouvons aller plus en profondeur et plus vite dans l’interaction avec nos lecteurs. Au final, nous passons d’un lectorat à une communauté. Notre audience dépasse notamment les frontières (L’Express.fr est par exemple très lu en Afrique). Pour nous, le net est une bonne chose pour la version papier.

Deuxième table de la loi, c’est que le net est l’empire du gratuit, c’est un media d’audience et le seul modèle possible est publicitaire. C’est comme ça qu’on le pense depuis les origines du site Lexpress.fr est c’est peut-être pour ça qu’il marche bien. Le modèle payant n’est à mon sens valable que pour les sites d’infos très professionnels, là où la rétention de l’information a encore un sens. Sur un média généraliste comme le nôtre, si on ne diffuse pas l’information massivement, elle a toutes les chances de sortir ailleurs rapidement.

Les précédents invités de la Wellnews considèrent que la campagne électorale – qui a déjà débuté – sera particulièrement féroce, partagez-vous cette impression ?

Toutes les campagnes ont été violentes (souvenez-vous Balladur / Chirac ou encore Mitterrand / Giscard) mais les affaires soulevées à ces époques ne paraissaient que dans la presse écrite, la TV en parlait peu. Aujourd’hui avec le net et les interactions du net avec les autres médias particulièrement TV, ce n’est plus du tout pareil. Se rajoute à ce contexte des éléments qui vont probablement exacerber la violence de la campagne. C’est un peu une campagne « à la vie, à la mort », si la gauche perd encore les élections présidentielles, ce serait la 4ème fois d’affilée et le parti socialiste explosera. A cela et en amont se rajoute le duel Hollande / Aubry et ses conséquences…
A droite, si ça ne passe pas, particulièrement en cas de 21 avril à l’envers, de nombreux députés UMP auront peur de perdre les législatives dans la foulée et auront la tentation de faire des alliances avec le FN, risque d’implosion aussi. Sachant que côté personnalité, si Sarkozy n’a pas la côte, personne de crédible ne sort du bois pour l’instant pour contester réellement son leadership…

 

Depuis le début de l’année et en moins de 6 mois nous venons de vivre – notamment – l’épilogue de la crise ivoirienne, Fukushima, la suite de la crise européenne, les révolutions arabes et la guerre en Lybie, l’affaire DSK, bref  une actualité internationale qui a quelque chose d’hallucinant. Votre sentiment ?

On a incontestablement le sentiment de vivre une accélération de l’histoire sur ce premier semestre 2011. Il est vrai que l’année 2008 était dense également avec coup sur coup l’élection d’Obama, la crise Russo-géorgienne, les JO à Pékin et la crise financière. 2009 et 2010 ont été des années plus plates, des années de crise, avec une sorte de chape de plomb. Pour moi ces deux années ont été comme la petite période de calme entre un séisme et le tsunami qui parfois en découle. Le séisme c’était la crise financière, puis nous avons vécu deux années de frustrations, de souffrances sociales, de tensions sur les prix et les matières premières, le tsunami arrive aujourd’hui avec cette très forte actualité. Il y a certes peu de points communs entre certains faits d’actualité mais ils font tous échos à des enjeux internationaux : Fukushima relance le débat du nucléaire (que les allemands viennent de trancher) en pleine crise de l’énergie au niveau mondial. De la même façon, l’affaire DSK n’est pas celle d’un obscur fonctionnaire du FMI mais bien celle d’un politicien brillant, potentiel présidentiable en France et surtout patron d’un organisme qui a depuis la crise financière un rôle prépondérant notamment dans les pays européens les plus touchés.
A titre personnel, je pense que l’actualité la plus marquante ce sont les révolutions arabes, que ça se termine mal ou bien, les répercussions sont de long terme et vont conditionner les 25 prochaines années.