Le saut de l’ange

A moins de 50 jours de l’élection présidentielle, un déficit budgétaire qui va croissant année après année, un endettement largement supérieur à une année de recettes fiscales, la France peut faire penser à une entreprise proche du dépôt de bilan, et les candidats à l’élection présidentielle, à des entrepreneurs présentant chacun un projet de reprise au tribunal de commerce.

L’entreprise France a un chiffre d’affaires composé de recettes fiscales, et des dépenses relativement stables proches de mille milliards d’Euros qui se répartissent approximativement en trois tiers : le budget de l’Etat, les dépenses des collectivités locales et la protection sociale.

Pour redresser cette entreprise il y a deux stratégies : diminuer les coûts (couper des dépenses) ou augmenter le chiffre d’affaires (les recettes fiscales). Ces deux stratégies qui toutes deux demanderaient d’ailleurs de grands efforts de communication, sont bien connues et l’expérience montre qu’il faut généralement commencer par diminuer les coûts pour ensuite relancer le chiffre d’affaires. C’est ce que l’Europe et nos amis allemands nous conseillent de faire. Ce qu’il ne faut jamais faire, c’est la stratégie dite du « saut de l’ange » qui repose sur une hypothétique augmentation du chiffre d’affaires.

Dans le cas d’une entreprise qui est reprise à la barre du tribunal le repreneur propose de reprendre une partie du personnel, de céder les activités non stratégiques et le magistrat évalue les projets en fonction du personnel repris et de la crédibilité du repreneur.

Globalement pour la gauche, il faudrait augmenter les charges, les re-ventiler et augmenter le chiffre d’affaires avec un renforcement de la pression fiscale sur les plus riches. Un Président du Tribunal refuserait.

Pour la droite, des réformes à la marge suffiraient à renflouer les caisses avec un engagement de ne pas dépenser plus qu’il n’y a de recettes, mais rien sur les diminutions de charges ! Un Président du Tribunal refuserait également.

Pourquoi les candidats seraient-ils renvoyés à leurs projets ? Tout simplement par ce qu’aucun ne propose de réduire sérieusement les charges. Sauf pour les candidats des extrêmes qui proposent de très hypothétiques troisièmes voies, les remèdes proposés par les deux principaux candidats relèvent des médecines douces sinon de l’homéopathie. Or pour un Président de tribunal on ne guérît pas la gangrène par des médecines douces…

… Ni en faisant le saut de l’ange.