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Interview de Jean-Marc Vittori

Interview de Jean-Marc Vittori

Jean-Marc Vittori
Éditorialiste au journal économique Les Échos

Jean-Marc Vittori, né en1958, éditorialiste au journal économique Les Échos depuis 2003, écrit généralement sur la macro-économie et la théorie économique.
Avant de rejoindre Les Echos, il a également exercé dans d’autres journaux économiques tels ChallengesL’Expansion (qu’il a dirigé en 2001-2002) ou Le Nouvel Économiste. Il défend généralement des idées proches d’un libéralisme classique où l’Etat a néanmoins un rôle à jouer. Il est diplômé de Sciences Po Paris et titulaire d’une maîtrise ès sciences économiques (Paris I).
Dans L’effet sablier, il pronostique la fin des classes moyennes. La pyramide devient un sablier. Il analyse les forces à l’œuvre, qui expliquent cette « fin du milieu » : le rôle de l’ordinateur et d’Internet, et la disparition du modèle pyramidal dans l’organisation des entreprises et dans leur production.
Il est souvent critique à l’égard de la France, qui refuse de se réformer.

Publications : 2014, Ecographiques, Eyrolles. 2010, Pour une gouvernance mondiale, Autrement.2009, L’effet sablier. Vers la mort des classes moyennes, Grasset – 2008, Dictionnaire d’économie à l’usage des non-économistes, Grasset

 

Comment les Echos maintient son lectorat et son CA dans le contexte de la nouvelle économie ? Comment expliquez-vous la santé presque insolente des Echos alors que bien des titres sont confrontés à des difficultés graves ?

Les Echos se placent sur le marché de l’information économique où existe une clientèle riche et solvable, c’est une différence fondamentale par rapport aux autres titres de la presse papier. De plus Les Echos, de façon constante, a toujours considéré que l’information ne pouvait pas être gratuite. Enfin, et nous le regrettons, nous n’avons pas de concurrents sur ce marché. La Tribune constituait un excellent aiguillon pour nous dans la course à l’information et le traitement de l’actualité.

Par ailleurs nous nous projetons dans l’avenir afin d’anticiper les évolutions de notre marché. Ainsi les jeunes générations sont habituées à une information gratuite, en se projetant à 10, 20 et 30 ans accepteront-ils de payer pour accéder à de l’information économique de qualité. Nous voulons répondre à ces interrogations et il semble que nous y parvenions puisqu’aujourd’hui la part du numérique dans nos ventes ne cessent de progresser et représente plus d’un quart de nos abonnements.

Troisième point, nous sortons régulièrement des projets nouveaux. En octobre 2015  nous avons sorti Les Echos Week End et Les Echos Start, un site internet à destination des jeunes arrivants sur le marché du travail. Nous sommes co-organisateurs avec Publicis de Viva Technology, qui a pour ambition de réunir à Paris du 30 juin au 2 juillet les acteurs mondiaux de la transformation digitale: 5 000 startups, des dizaines de grands groupes internationaux, 200 speakers de renom et 100 des plus grands VCs. Plus de 30.000 visiteurs sont attendus pour partager leur vision de l’innovation et de la croissance économique de demain.

Notre offre tient bien sûr compte de l’attente spécifique des managers qui nous lisent. Avec « Les Echos », ses cahiers, son site web, et ses applis mobiles, ces derniers sont déjà bien armés pour comprendre et décider. Ils en sont pleinement satisfaits puisque depuis maintenant six années, cas unique dans la presse française, les ventes du quotidien sont en hausse. Nous avons su nous adresser aux gens de la nouvelle économie; des apps sur mobiles, une présence sur LinkedIn et Twitter, des thèmes orientés startups auxquelles nous consacrons une page. Nous abordons de plus en plus souvent les grands thématiques de façon transverse et non sectorielle.

En résumé et pour reprendre le propos de Nicolas Barré, Directeur de la Rédaction des Echos, la santé du journal s’explique d’abord par une baisse des coûts, ensuite des projets nouveaux qui renouvelle l’intérêt pour le titre et enfin une stratégie « visant à étirer la marque pour en amortir les coups ».

 

Le partenariat avec France Inter semble assez fructueux, envisagez-vous de l’étendre à d’autres médias en particulier du Net ?

Je ne parlerai pas vraiment de partenariat mais d’envies individuelles encouragé par la direction des Echos. Nicolas Barré propose chaque matin son édito sur Europe 1, différents journalistes des Echos participent aux émissions de Radio Classique. Mon édito chaque matin sur France Inter me permet de travailler autrement, d’aborder d’autres thématiques. C’est cette ouverture que nous recherchons.

 

Votre point de vue sur ce qui semble parfois être une incompréhension entre monde économique, monde politique et grand public ?

Je ne suis pas certain qu’il y ait une réelle incompréhension entre ces 3 univers. Concernant le monde politique j’ai le sentiment qu’il est déconnecté du réel et que cette tendance se dégrade du fait du manque d’entrepreneurs prés des décideurs politiques. François Mitterrand comptait de nombreux amis actifs dans le monde de l’entreprise. Lionel Jospin en choisissant DSK comme ministre des Finances s’assurait un dialogue avec les dirigeants économiques. Nicolas Sarkozy connaît à titre personnel de nombreux chefs d’entreprise auxquels il offrait une écoute même s’il s’agit pour lui d’intendance. Concernant François Hollande nous constatons que personne ne connaît la réalité de l’entreprise dans son entourage. Difficile d’assurer un dialogue dans un tel état de méconnaissance.

Pour ce qui est des français et de l’entreprise, c’est un vieux sujet. Les français sont schizophrènes, entre l’affirmation de la nécessite de changer radicalement nos fonctionnements mais en même je veux que rien ne change pour moi ! Je me souviens d’Emmanuel Macron visitant les locaux de Bolloré. Il avait un accueil chaleureux de la part des salaries, Vincent Bolloré semblait étonné qu’un politique montre une telle écoute.

Le changement n’est pas toujours facile à accepter. Prenons l’exemple de Uber. Uber est plus efficace que les compagnies de taxis, avec un taux de remplissage de 52% contre 30% pour les taxis traditionnels et ce grâce à une architecture numérique adaptée. Mais Uber échappe largement au fisc et aux cotisations sociales face à l’une des professions qui a su le mieux se protéger. Sans remise à plat le conflit est inévitable.