Data Land : comment le journalisme s’adapte-t-il ?

Le journalisme est en train de changer de visage : exit le scoop, bienvenue à l’analyse et au décryptage. Le datajournalisme fait des émules et se pose désormais en parangon de l’information. Mais en quoi consiste-t-il exactement ? Et comment des données peuvent-elles servir de socle à un article journalistique ?

Le journalisme de données n’est pas nouveau. On trouve sur Wikipédia une histoire intéressante du journalisme de données qui remonte à 1821 ; les journalistes de l’époque s’appuyaient déjà sur des statistiques pour construire une analyse et faisaient parler des chiffres afin de délivrer un constat. Ce qui est nouveau en revanche, c’est la façon de traiter les données. Car avec l’automatisation et les nouvelles technologies, un journaliste peut agréger un nombre immense de données, les rapprocher, les comparer en quelques minutes, là où il fallait des jours voire des mois de travail avant.

L’algorithme versus la plume
Qu’est-ce qu’un datajournaliste ? En quoi son métier est-il différent du journaliste ? A première vue, il doit être capable de traiter des chiffres et des nombres pour en extraire la substantifique moelle. Donc être un peu matheux. Mais aussi présenter des qualités d’analyse et de rationalisation. Un très bon documentaire, Journalism in the Age of Data, produit par l’université de Stanford, présente de manière claire ce nouveau métier. On y découvre notamment la manière dont les journalistes cherchent à raconter une histoire à travers la data et comment celle-ci est en train de devenir un média à part entière. Autre point intéressant : l’analyse de la donnée est quasiment aussi importante que la façon de la restituer visuellement. En matière de data, le fond serait donc aussi nécessaire que la forme.
Cela étant dit, finalement, le datajournaliste, à l’instar de ses confrères des époques passées, continue de s’appuyer sur des faits (certes désormais principalement chiffrés) pour étayer son propos. Mais peut-être au détriment du style : peu importe la plume pourvu qu’on ait l’info.

Retour aux sources
A trop glorifier la donnée, ne risque-t-on pas aussi de perdre le côté impartial qui faisait autrefois un bon papier ? Tout comme un fait, un chiffre demande à être vérifié : le travail sur la source reste la mission n°1 du journaliste. La data ne vaut donc nada si elle est erronée ou délibérément falsifiée à sa source. Le chiffre inspire certes confiance, il est concret, il est factuel, il est objectif – à condition que son origine soit fiable. Le travail d’investigation est donc encore un indispensable du métier et un gage de qualité.

 

Il l’a dit 
« Le journaliste ne s’attache plus à être le premier à publier une information, mais plutôt à être celui qui apporte un éclairage à l’actualité, qui lui donne tout son sens. (…) Partout dans le monde, des entreprises et des institutions recherchent des ‘faiseurs de sens’, des professionnels sachant exploiter des données et les rendre intelligibles. »
Mirko Lorenz, Deutsche Welle, in Guide du datajournalisme, Eyrolles