Michel Boyon, Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel

Président du CSA, nommé en 2007, en remplacement de Dominique Baudis, Michel Boyon revient pour nous sur l’appel à candidature du CSA, qui devrait donner naissance à 6 nouvelles chaînes en haute définition sur la TNT. Il explique l’engouement toujours très présent pour la télévision. Zoom sur l’actualité du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Le CSA a récemment lancé un appel à candidature pour 6 nouvelles chaînes en haute définition (HD) sur la TNT (télévision numérique terrestre). Au total, 34 dossiers ont été déposés et seront étudiés par le conseil. Le choix des candidats se fera mi-mars et les autorisations seront données avant la fin du mois de mai. Pouvons-nous en conclure que désormais, ce qui est important pour une chaîne, c’est d’arriver à être sur la TNT ? Comment expliquez-vous cet engouement ?

Même si cet engouement ne date pas d’hier, je suis très agréablement surpris par le nombre et par la qualité des dossiers déposés. C’est d’abord le signe de la vitalité de la télévision qui, contrairement à ce que certains professeurs de futur prédisent chaque année, se porte bien. Jamais la télévision n’a été aussi regardée en France : 3h45 par jour en moyenne pour chaque Français. Ensuite, elle demeure un média de masse indispensable pour les annonceurs qui ciblent un large public. Par ailleurs, la plateforme hertzienne continue d’être l’élément structurant de l’offre de programmes parce qu’elle procure aux chaînes un avantage décisif en termes de notoriété. 60 % des foyers regardent la télévision par l’antenne « râteau ». Le passage au tout numérique, c’est-à-dire l’arrêt de la diffusion analogique et la généralisation de la TNT, s’est passé dans d’excellentes conditions ; les difficultés rencontrées ici ou là seront très prochainement réglées.

Vous avez récemment présenté la charte relative à la qualité du sous-titrage et cette dernière a été signée. Avez-vous d’autres projets d’amélioration des services de la TNT ?

La signature de la charte est un nouveau progrès dans un domaine que le Conseil place au cœur de ses objectifs : l’accessibilité des programmes aux personnes qui souffrent d’un handicap auditif ou visuel. Elle intervient après deux années particulièrement riches en améliorations qui ont vu la réalisation de tous les engagements pris dans le cadre de la loi du 11 février 2005. L’autre grand chantier de l’accessibilité concerne l’audio-description. La tâche est plus difficile car l’audio-description est un procédé qui nécessite du temps et qui suppose même un travail d’interprétation de l’œuvre. Dans un autre domaine, le Conseil a adopté, le 19 juillet 2011, une délibération visant à réduire progressivement l’intensité sonore des publicités. C’est le résultat d’un travail de longue haleine commencé en 2008 et c’est une réponse concrète à un problème qui suscitait de nombreuses plaintes chez les téléspectateurs. Pour le reste, nous essayons, tous les jours, d’améliorer les services de la TNT dans le cadre des missions qui nous sont dévolues par la loi, qu’il s’agisse de la déontologie de l’information et des programmes, de la protection de l’enfance, de celle des consommateurs, du respect du pluralisme ou de qualité de la réception du signal.

Vous avez très récemment écrit un rapport sur l’avenir de la TNT. Pouvez-vous en dévoiler les deux ou trois principaux points ?

Mon objectif était d’éclairer le Gouvernement qui avait à trancher des questions difficiles, sources d’incertitudes pour les professionnels. Je suis heureux de constater que les pouvoirs publics ont repris l’essentiel des préconisations qui y étaient formulées, qu’il s’agisse de l’abrogation des canaux compensatoires, de l’extinction définitive de la norme de compression MPEG2 ou de l’introduction, à venir, d’une nouvelle norme de diffusion plus connue sous le nom de DVB-T2. Cette mission, conduite en moins de trois mois, aura permis de redonner de la visibilité aux groupes audiovisuels. Ceux-ci peuvent désormais bâtir leurs stratégies sur des certitudes et envisager l’avenir avec un peu plus de sérénité. Mon rapport a également permis d’aborder d’autres enjeux comme la complémentarité qui existe entre internet et la télévision, notamment avec la télévision de rattrapage. Je rappelle que le Conseil supérieur de l’audiovisuel est la première institution en Europe à s’être saisi de la question des téléviseurs connectés et des conséquences liées à la coexistence, sur un même écran, de contenus régulés et de contenus non régulés. Il s’agit, pour nous, d’un enjeu essentiel auquel nous devons nous préparer sans attendre.

Biographie

Michel Boyon, né à Paris le 30 avril 1946, ancien élève de l’École nationale d’administration, promotion « Robespierre » (janvier 1968 – mai 1970), conseiller d’État honoraire, a effectué une carrière au sein de nombreux cabinets ministériels. Il fut notamment directeur de cabinet de François Léotard au ministère de la Culture et de la Communication en 1986-88, où il fut l’un des principaux concepteurs de la loi Léotard, qui pose les fondements de la régulation sociale et culturelle de l’audiovisuel et à permis également la privatisation de TF1. Il a assumé la présidence de Radio France de 1995 à 1998, mandat au cours duquel il crée notamment la radio Le Mouv’. Jean-Marie Cavada lui succède. Il a aussi été administrateur de France 2 de 1993 à 1996. Il a présidé le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (1999 – 2003). Chargé par le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin d’une mission sur la télévision numérique terrestre (TNT), puis d’une mission d’accompagnement de la mise en place de la TNT (2002 – 2003), il est nommé directeur de cabinet de ce dernier à Matignon du 28 octobre 2003 au 1er juin 2005. Il a ensuite été le président de Réseau ferré de France.

Il a été nommé le 24 janvier 2007 pour six ans à la tête du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en remplacement de Dominique Baudis.