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Interview de Clarence Rodriguez, la révolution silencieuse des saoudiennes

Clarence Rodriguez
révolution silencieuse des saoudiennes

clarence-rodriguez-01Ce mois-ci Wellnews s’est entrenu avec Clarence Rodriguez, qui vient de publier « Révolution sous le voile ». Journaliste correspondante pour Radio France, France Télévisions BFM, RFI, le Parisien, le JDD… installée à Riyad depuis 9 ans, Clarence Rodriguez est la seule occidentale à être accréditée en Arabie saoudite. Clarence nous livre un document exceptionnel et saisissant sur la résistance courageuse et le combat des femmes saoudiennes pour faire entendre leurs droits. Dans « Révolution sous le voile », elle donne la parole à huit femmes qui exigent d’exister en dépit de leur condition. Rencontre émouvante.

Vous retracez dans votre livre le portrait de femmes saoudiennes qui doucement essaient de faire avancer la cause des femmes dans leur pays. De plus en plus de femmes militent contre ce conservatisme pour retrouver leur liberté. Est-ce que cette lutte réunit la majorité des saoudiennes ?
Non. Ces femmes représentent une petite partie de la société plutôt éclairée. Ce sont des femmes qui ont eu la chance de voyager, d’étudier, et d’avoir un père un mari ou un frère qui les a aidées, en qualité de tuteur. Il faut se souvenir qu’en Arabie saoudite, royaume ultra-conservateur, les femmes ont besoin d’un tuteur pour travailler, voyager ou même se marier. C’est aussi le seul pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire. Ces femmes qui veulent faire avancer les choses représentent une minorité dans le pays, mais c’est cette minorité qui est en train de faire évoluer les autres. Ces femmes sont en train de montrer l’exemple. Leur combat concerne d’abord l’abandon du tutorat, duquel découle leur liberté. Il est important de souligner que la majorité de la population est conservatrice, et que la majorité des femmes n’échappent pas à cette mouvance.
Cela étant dit, le pays est réellement en train de vivre son siècle des Lumières. Le royaume est très jeune, il n’a que 83 ans. Ces dix dernières années, il a plus évolué qu’au cours des soixante-dix précédentes.

L’émergence des réseaux sociaux influence-t-elle le désir d’émancipation de ces femmes?
Les réseaux sociaux sont une fenêtre sur le monde. Ils jouent un rôle prépondérant et ils permettent aux saoudiennes de présenter leurs revendications, en sachant qu’elles n’ont pas cette culture de la manifestation. Alors que nous, en France ou ailleurs, nous manifestons dans la rue, les Saoudiennes s’expriment via les réseaux, mais pas d’une façon véhémente. L’Arabie saoudite, aujourd’hui, c’est le pays où Twitter affiche le plus fort taux de pénétration au monde !

Est-ce que vous pensez que la publication de votre livre va accélérer les choses ?
Ces femmes, qui ont accepté de témoigner dans mon livre, c’est déjà une grande avancée. Aucune ne m’a demandé de cacher son identité. C’est la première fois qu’on leur donne la parole en leur nom. Ce sont donc elles qui participent à leur propre évolution. Je leur dédie ce livre qui est le leur finalement, et j’espère qu’il va nourrir leur combat, petit à petit. Les choses avancent doucement et silencieusement en Arabie saoudite, je parle souvent de révolution silencieuse.

Vous vivez à Riyad depuis 2005, quelle évolution observez-vous depuis tout ce temps ? Est-ce que par exemple les hommes militent eux aussi pour la condition des femmes ?
Les hommes sont considérés comme des piliers, dépositaires de la tradition. Mais cela évolue, beaucoup de jeunes Saoudiens partent étudier à l’étranger, où ils rencontrent des femmes indépendantes. Ils reviennent dans leur pays avec un regard nouveau et ils introduisent progressivement ces nouvelles mœurs chez eux tout en respectant les préceptes de l’Islam. J’ai aussi voulu rendre hommage dans mon livre à ces hommes saoudiens éclairés qui ont aidé et compris la volonté d’émancipation de leurs femmes.

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Révolution sous le voile aux éditions First
Parution : 13/02/2014 – prix : 19,95 € /
Format : 145.0 X 225.0 cm – 324 pagesEn savoir plus : Facebook