Léa Salamé : « J’ai encore besoin de me pincer pour y croire »

Ses balbutiements en 2004 aux côtés de Jean-Pierre Elkabbach, sur Public Sénat, présageaient déjà d’une belle carrière. Léa Salamé, journaliste franco-libanaise au teint chaud, au timbre de séductrice à forte personnalité et au regard aiguisé sur la société, ne cesse alors de charmer, tour à tour, les médias français. En 2007, France 24 lui confie entre autres la présentation de La Soirée, tranche d’information en direct et du magazine Une semaine aux Amériques, consacré à l’actualité américaine. Puis Léa Salamé prend l’antenne d’ i>Télé où elle anime le journal de l’information, Élysée 2012, On ne va pas se mentir et Ça se dispute. Une décennie sans faute plus tard, Léa Salamé forme avec Aymeric Caron le duo de chroniqueurs d’On n’est pas couché sur France 2 et mène de front l’entretien politique de la matinale de France Inter à 7h50.

Interview de cette journaliste aujourd’hui chevronnée que, dixit le PAF à l’unisson, l’exigence, l’instinct et la générosité caractérisent !

Public Sénat, France 24, i>Télé, France 2 et France Inter… vous avez connu une ascension rapide ! Comment expliquez-vous cette belle progression de carrière ?
Mon ascension a effectivement été rapide, surtout sur ces derniers mois, mais j’ai tout de même 35 ans et voilà 10 ans que je travaille. J’ai cumulé des expériences variées, à savoir 2 ans sur Public Sénat, 4 ans sur France 24, 3 ans sur i>Télé et il y a pour moi une réelle cohérence dans cette progression, j’entends par là que je n’ai pas explosé du jour au lendemain ! Cela étant, effectivement c’est assez incroyable de travailler aujourd’hui à la fois sur France 2 pour Laurent Ruquier et sur France Inter tous les matins à 7h50, pour la première matinale de France. Ces deux postes figurent parmi les plus exposés et les plus prestigieux du journalisme. Pour l’un comme pour l’autre, j’ai encore besoin de me pincer pour y croire ! Comment je me l’explique ? Je dirais qu’il y a 80% de travail, 10% de chance et 10% de talent. Et sans doute y a-t-il aussi autre chose. Schopenhauer déclarait « le succès est toujours un malentendu ». Je ne sais pas s’il s’agit d’un malentendu mais peut-être aussi dois-je correspondre à quelque chose dans l’air du temps, dois-je répondre au besoin d’un visage comme le mien, d’une voix comme la mienne. Laurent Ruquier cherchait une femme et France Inter était en quête d’une voix féminine. J’y répondais puisque j’étais à la fois une femme, plutôt jeune et dégageant une forme de modernité. Peut-être mes origines, ce visage venu d’ailleurs, ont-ils aussi joué en ma faveur à cette époque actuelle.
Mais je déteste l’idée de quota et je ne pense pas du tout que dans le cas de Laurent Ruquier et de France Inter il se soit agi de cela. Je suis convaincue que si je m’étais appelée Madame Dupont avec un physique de blonde aux yeux bleus, les postes m’auraient également été proposés, je crois foncièrement que c’est ma personnalité qui a séduit.

On n’est pas couché, diffusée le samedi soir sur France 2, radio matin sur France Inter, quels atouts propres à chaque média vous ont séduits ?
D’après moi il ne s’agit pas de la télévision versus la radio mais plutôt de la télévision avec la radio. Je trouve dans ce duo une complémentarité incroyable !
Depuis la rentrée, je découvre la radio et je trouve qu’il y a quelque chose d’immédiat qui passe dans la voix. La voix valorise le fond tandis que l’image le perturbe. Un sourire, une surprise selon moi, s’entendent plus qu’il ne se voient ; ils se ressentent bien plus par le biais de la radio. L’image, laquelle représente 50% de ce que nous véhiculons, est très importante pour moi qui travaille depuis 10 ans à la gérer à la télévision. Il faut apprendre à maîtriser la manière de se tenir, la manière de sourire ou non. Et soudainement, avec le média radio, ce travail d’image n’a plus lieu d’être. Le fait que tout passe par la voix et par le fond apporte une liberté incroyable ! Si j’apprends beaucoup à la radio, il en va de même chez Laurent Ruquier. J’étais jusqu’à présent sur des chaînes d’information pure, je ne faisais pas de la « vraie » télévision tandis qu’aujourd’hui je travaille sur une production au format très travaillé. En somme, j’apprends beaucoup cette année ! Quant à une préférence parmi ces 2 médias ? Je n’en ai pas et si je peux continuer très longtemps à travailler pour les deux, maintenant que j’y ai pris goût, ça sera avec plaisir !

Vous êtes née au Liban et y avez vécu jusqu’à l’âge de 5 ans, vous avez étudié aux Etats-Unis, démarré votre carrière en France… Quel regard général portez-vous sur l’actualité internationale du moment ?
Je retiens de l’année 2014 la montée en puissance de la Russie et de Vladimir Poutine. J’ajouterais l’affaiblissement voulu des Etats-Unis, avec un Président américain qui termine son mandat en m’ayant déçue sur la question internationale. Vous n’êtes pas sans savoir que les présidences aux USA sont très cycliques et l’on a ainsi pu constater que de George W. Bush à Barack Obama, nous sommes passés d’un président ultra interventionniste à un président isolationniste. Barack Obama n’est pas un politique qui avait réellement l’intention d’intervenir sur la scène internationale. Ce qui l’intéresse c’est plutôt la politique interne et des sujets tels que l’assurance maladie. Sur le plan international, la seule question qui l’obsède est la Chine et plus pour des questions économiques que politiques. Il avait commencé son mandat avec son discours du Caire, magnifique, mais dont les paroles n’ont jamais été suivies d’actes, ni sur le Proche Orient, ni sur l’Ukraine, ni sur la Syrie. Quant à l’Irak, il est obligé d’y retourner parce qu’il n’a pas préparé le retrait, n’a pas de plan politique concret. En laissant l’Irak et la Syrie côte à côte sans intervenir, la voie est restée ouverte aux islamistes, ce qui oblige aujourd’hui les Américains à y retourner. En bref, je trouve que son bilan au niveau international est faible. Selon moi, mis à part le fait que les Américains font moins peur aujourd’hui que les Russes, il ne restera pas grand-chose sur le plan international de ses 2 mandats à la tête des Etats-Unis.

Des projets en cours ?
Les nouveaux projets ne sont pas d’actualité, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas le temps en ce moment ! La préparation de l’émission de Laurent Ruquier est immense : nous avons 3 livres à lire par semaine, des pièces et des films à voir et il nous faut trouver des angles originaux pour traiter les sujets et interroger les invités. Le travail exigé se doit d’être vraiment fouillé car On n’est pas couché n’est pas une émission qui tolère la médiocrité. Sans oublier mon réveil tous les matins à 5h pour animer cette matinale de France Inter que j’adore ! Bref, l’agenda 2015 est déjà bien booké !