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Olivier de Lagarde : « Les marques font véritablement partie du patrimoine national »

Olivier de Lagarde : « Les marques font véritablement partie du patrimoine national »

Olivier de Lagarde
journaliste, reporter, chroniqueur, animateur

Vous l’entendez du lundi au vendredi… Il est avide de rencontrer celles et ceux qui veulent faire bouger les choses… Cela fait plus de 25 ans qu’on écoute ses émissions sur France Info… C’est bien Olivier de Lagarde que nous recevons ce mois-ci. Tour à tour journaliste, reporter, chroniqueur, animateur, présentateur, Olivier nous présente ses deux émissions phares du moment et revient sur son métier qui ne cesse d’évoluer.

 

1/ Nous vous avions interviewé en décembre 2009, et sommes ravis de vous redonner la parole 6 ans plus tard (déjà). C’est une actualité toujours très dense qui vous caractérise, avec deux nouvelles émissions sur France Info : « Un Monde d’idées » et « Ca nous marque » : un moyen de remettre les patrons au cœur du débat public ?

« Les deux émissions sont très distinctes. « Un monde d’idées » est une émission où j’interroge chaque jour un intellectuel reconnu ou un jeune penseur en devenir, qui peut être un universitaire, un philosophe, un ethnologue, un sociologue ou un chef d’entreprise. Il s’agit d’une interview long format de France Info, enregistrée et diffusée en trois parties distinctes de 5 minutes tout au long de la journée, à l’image en quelque sorte d’un grand témoin fil rouge, qui revient, de manière quotidienne.

La deuxième émission « ça nous marque », est diffusée le dimanche, et, un peu à la différence de ce qu’on faisait avec « Patron- chef d’entreprises », cette nouvelle émission (inaugurée en septembre), traite davantage de la saga des marques. Je me suis aperçu que les marques font véritablement partie du patrimoine national. Sans même nous en rendre compte, nous sommes tous attachés à un certain nombre de marques ; et souvent, on s’en aperçoit quand ces marques disparaissent. C’était le cas lorsque Moulinex avait failli disparaître, cela avait créé pas mal d’émois. On observe que des marques fortes comme Moulinex par exemple sont inscrites dans notre mémoire collective.

C’est très intéressant, donc, avec les patrons, de raconter l’histoire d’une marque et puis de parler du secteur d’activité de cette marque. L’émission « ça nous marque » aborde des marques hyper connues du grand public.

L’économie du débat public est abordée davantage dans l’émission « Un monde d’idées ». Cette émission est née d’un double constat. D’une part France Info diffuse majoritairement des formats courts et pour certaines idées, certains concepts, 3 minutes ne suffisent pas, il faut plus de temps. D’autre part, on parle aujourd’hui beaucoup de la crise politique, de la crise des élites, notre pays ne sait plus trop sur quel pied danser et se mord un peu la queue. On a besoin de nouvelles idées, et cela va être de plus en plus vrai avec la future présidentielle dans deux ans.

« Un monde d’idées » permet à de nouvelles personnalités, à des gens qui pensent différemment de s’exprimer, d’exprimer leurs idées. »

2/ La révolution numérique est en marche et cela fait partie des plus grands changements depuis 2009. Qu’est-ce que cela a changé dans l’exercice de votre métier de journaliste ?

« Il y a plusieurs révolutions : la première est technique avec le passage au numérique. Cela a été une révolution considérable pour nous puisqu’avant le numérique nous étions en analogique c’est-à-dire nous enregistrions sur des bandes. L’arrivée du numérique a remplacé ces bandes par des fichiers informatiques duplicables à l’infini. La deuxième révolution c’est celle de la diffusion de la radio et de l’avènement d’Internet qui a permis de créer un nouveau canal, d’offrir des produits nouveaux et d’en reformater d’autres, bref de créer une nouvelle radio. France Info a d’ailleurs pour ambition de créer un nouveau média sur Internet, avec non seulement la radio en direct, radio filmée, mais en plus l’idée de créer une agence de presse à proprement parler pour informer peut être différemment les gens.

Et puis je dirais la troisième révolution, c’est la révolution dans la tête, dans les esprits ;  on se retrouve face à un monde qui connaît un bouleversement, alors certains le comparent à celui de l’invention de l’imprimerie, je ne sais pas si tout ça est très pertinent mais c’est vrai qu’en tout cas le monde change.

En tant que témoin de ces changements, en tant que journaliste, je dirais que ce sont des périodes qui sont à la fois un peu inquiétantes mais également extrêmement stimulantes. »

3/ La conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Paris en fin d’année vous inspire-t-elle un commentaire particulier ?

« La COP 21 fait partie de ces grands messes que l’on fait régulièrement sur les grandes questions environnementales. Ce sont des institutions tantôt parrainées par l’ONU tantôt organisées par les Etats directement… On est entré dans un calendrier où régulièrement, tous les deux ou trois ans, on est habitué à ce qu’il y ait une sorte de grand sommet sur les questions environnementales. Je ne dis pas que ces grands sommets soient inutiles, néanmoins ils ne sont pas d’une efficacité redoutable, en tout cas pour le moment on n’a pas pu constater véritablement de grandes mutations. Ce qui me semble plus important à côté de cette écologie politique c’est le développement d’une écologie citoyenne, qui elle me paraît une lame de fond, entrée subrepticement dans nos sociétés, qui par le biais de l’école notamment avec des enfants à qui on apprend très tôt, qu’il faut fermer le robinet quand on se brosse les dents par exemple. C’est aujourd’hui la grande victoire de l’écologie, la révolution est dans les esprits, la révolution est en marche, en matière de tris des déchets, de moindre consommation énergétique… Cela me paraît beaucoup plus important même si on a du mal à le quantifier que les grandes messes politiques qui ont un intérêt en termes de communication mais dont il ne faut pas attendre de mesures spectaculaires à mon avis. J’espère pouvoir me tromper et qu’on assistera à des annonces spectaculaires en fin d’année. »