Révolution numérique : « A diaboliser le futur, on condamne le présent », Guy Mamou-Mani

Co-Président d’Open et Président de Syntec Numérique de 2010 à 2016, Guy Mamou-Mani conseille depuis 35 ans les acteurs économiques et politiques en matière de transformation digitale. A l’occasion de la sortie de son ouvrage L’apocalypse numérique n’aura pas lieu (Editions de L’Observatoire), il nous livre son regard sur l’avenir de la société à l’heure de la révolution numérique.

 

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans la rédaction de cet ouvrage ?

Au-delà de mon activité de conseil, j’ai toujours pris à cœur de m’engager sur des sujets de société. Il était donc important pour moi de prendre la parole sur le thème de la révolution numérique. J’ai constaté que la grande majorité des commentaires, des éditoriaux et des ouvrages qui traitaient de ce sujet étaient portés par des pseudo visionnaires, des prospectivistes, n’ayant aucune connaissance pratique des métiers du numérique. De fait, cette méconnaissance induisait une vision anxiogène et négative. J’ai donc écrit cet ouvrage pour donner un autre regard, plus réaliste et basé sur ma propre expérience. Parce qu’à diaboliser le futur, on condamne le présent.

Comment expliquez-vous ce discours alarmiste et anxiogène ?

La plupart de ces critiques se basent sur des risques existants qu’il ne faut pas sous-évaluer : déshumanisation, suppressions d’emploi, non-inclusion, etc. Mais le numérique n’est pas pour autant synonyme d’apocalypse. Face à ce constat, soit on baisse les bras, et on se dit que les dés sont jetés. Soit on réagit et l’on prend conscience qu’on peut se prendre en main, que nous avons en France les armes pour rivaliser avec les Chinois ou les Américains (écoles prestigieuses et reconnues, French Tech performante, etc.). Nous avons l’opportunité de rebattre les cartes régulièrement et de réinventer un certain nombre d’entreprises dans le domaine de l’intelligence artificielle et des données. L’avenir sera ce que nous en ferons, et c’est ce message que je souhaite porter.

Qu’entendez-vous lorsque vous dites que la révolution numérique est « l’opportunité de réhumaniser l’existence » ?

Les ordinateurs impliqueraient nécessairement la disparition progressive de l’humain. Pour moi c’est l’inverse. Le numérique permet de se débarrasser des tâches les plus ingrates. Peut-on se plaindre qu’il y ait moins de travailleurs dans les mines ? Non ! La robotisation va dégager du temps, de la productivité, et de l’efficacité qui permettront aux individus de se consacrer aux métiers de service, de proximité… donc à des métiers plus humains.

Selon vous, quelle est la meilleure stratégie à adopter face à cette révolution ?

La première étape doit être l’acculturation : comprendre que ce phénomène est inéluctable et s’y préparer. C’est comme une vague. Soit on résiste et on essaye de la bloquer, mais on sera évidemment emporté par les flots, soit on surfe sur cette vague et on en tire des opportunités. Ensuite il faut se mettre en mouvement. C’est une chose de dire qu’il faut se transformer, c’en est une autre de le faire. Il est plus difficile pour des grandes entreprises bien installées de se lancer dans l’inconnu. Il y a donc tout un travail de formation et d’accompagnement au changement à mettre en place. Les pouvoirs publics ont évidemment leur rôle à jouer en lançant un plan massif d’éducation pour être à la hauteur de ce nouveau monde.

Vous êtes également Co-Président de l’association #JamaisSansElles qui œuvre pour une meilleure intégration des femmes dans les métiers du numérique. C’est une cause qui vous tient à cœur ?

Oui, j’ai la conviction que le numérique constitue une opportunité pour créer un monde différent, en remettant en cause des notions fondamentales comme le temps, les distances, ou encore l’emploi. Un jour, je suis tombé sur un tweet d’une amie, Natacha Quester Semeon, accompagné d’une photo d’une table ronde regroupant uniquement des hommes. J’ai alors pris la décision de ne plus participer à des événements de ce genre sans qu’il y ait au moins une femme. Cette démarche a été suivie par 250 chefs d’entreprise et nous avons créé avec Tatiana Salomon l’association nommée #JamaisSansElles. Si l’on veut construire ce nouveau monde, on ne peut le faire sans les femmes. Cette démarche d’inclusion, nous la mettons également en œuvre chez Open où nous engageons des collaborateurs issus de tous les horizons.