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Le conversationnel donne de la voix

D’abord intégrées aux smartphones, les interfaces vocales s’étendent désormais aux enceintes connectées, à l’automobile et à l’électroménager. Si elles promettent aux utilisateurs des échanges plus rapides et intuitifs, elles bouleversent aussi le digital et le SEO.

Le vocal mue rapidement

Outil de communication le plus ancien et naturel entre humains, la voix est devenue un moyen d’interaction privilégié avec les machines. Ce qui relevait de la science-fiction il y a moins de dix ans est désormais une réalité. Le pionnier Siri a été présenté à la presse en 2011. En janvier 2019, Google Assistant, désormais leader, dépassait le seuil symbolique de plus d’un milliard de produits équipés dans le monde (smartphones, enceintes et objets connectés). Toutes interfaces confondues, le cabinet britannique Juniper Research estime que les assistants vocaux seront intégrés à 8 milliards d’équipements connectés en 2023.

Une révolution technologique et relationnelle

Pourquoi l’adoption des assistants vocaux est-elle encore plus rapide que celle des smartphones et des réseaux sociaux ? Pour Frédéric Landragin, chercheur en linguistique au CNRS, « on se sert de sa voix sans faire d’effort particulier et sans besoin d’un manuel d’utilisation. Au contraire, on se contente de parler et c’est la machine qui doit faire l’effort de nous comprendre ». Pour Alexis Hue, co-fondateur et éditeur du Journal de la voix, « le boom des interfaces vocales est lié à plusieurs atouts. Tout d’abord, les technologies progressent et permettent de remettre la demande dans le contexte pour apporter la bonne réponse via le Natural language processing ». « L’interface vocale est aussi plus simple et naturelle », complète-t-il. Elle est aussi plus rapide. En effet, en une minute, un humain pourrait énoncer 150 mots mais en taper seulement 40. « Cette technologie permet également de toucher de nouvelles audiences, par exemple les enfants ou les personnes âgées, car elle réduit les barrières liées à son utilisation ».

Une voix porteuse de services

17 % des Français conversent avec des assistants vocaux, selon une étude de Mediartis, plateforme de casting voix lancée par Mobilis Pro. « Trois grands usages gravitent aujourd’hui autour des interfaces vocales : écouter de la musique ou la radio ainsi que des podcasts, s’informer, mais aussi faciliter le quotidien (météo, alarme, etc.) », détaille Alexis Hue. Dans quel contexte les Français utilisent-ils les assistants vocaux ? Majoritairement à la maison, puis en voiture et dans les transports. Plus intuitives, plus directes, plus émotionnelles, les interfaces vocales deviennent des plateformes de commerce, offrant désormais la possibilité de commander oralement.

Quand la voix repense le SEO

Comme l’explique Frédéric Landragin, lors d’une recherche vocale, la voix est transformée en texte. « L’assistant vocal ne fait lui-même qu’une seule chose, à savoir détecter le mot clé d’activation (« OK, google » par exemple). Dès qu’il le détecte, il sait que ce qui va suivre est une requête. Il envoie cette requête vers un serveur qui va transformer le flux audio (oral) en un texte (écrit), sous forme de chaîne de caractères ». Quel est l’impact sur les contenus web ? « Les titres des articles doivent privilégier une question qui pourrait être posée à un assistant vocal », précise Alexis Hue. « Un titre « comment faire une sauce béchamel ? » sera par exemple mieux référencé pour une interface vocale qu’un titre « Recette sauce béchamel rapide » ». Capable de chercher des phrases entières dictées, la recherche vocale va aussi allonger les requêtes web. De vraies phrases pourraient ainsi remplacer les successions de mots clés tapés à l’écrit.

Loin d’être circonscrite au référencement, cette révolution vocale va aussi repenser le parcours d’achat et impacter les territoires de marques. Brand content, corporate, discours commercial, la voix n’est plus une niche technologique. Le conversationnel a trouvé sa voix.