Et si en 2018, nous changions de routine ?

Vous l’avez remarqué ? Ces premiers jours de janvier, les comportements ne sont pas les mêmes. Les sportifs du dimanche se font plus nombreux et les fumeurs plus discrets, on se rue chez le coiffeur, le marché semble lui aussi plus fréquenté. C’est normal, en cette période inaugurale du calendrier, le cerveau est enclin à prendre des décisions « complexes ». Et comme pour l’encourager à s’y tenir, le vocable se vêtit de détermination : on parle volontiers de « résolution ». Ce phénomène, c’est ce que des chercheurs américains appelle « l’effet nouveau départ »*. Le début d’année est un marqueur temporel incitant à rompre avec le train-train quotidien, cette répétition du presque même qui fait la part belle à la constance et au lâcher-prise.

Il y a au sujet de la routine comme une ambivalence. La doxa ayant rangé cette notion dans le champ de l’immobilisme, près de la mollesse et de l’ennui, il convient de ne pas s’y aventurer. A choisir, mieux vaut une démarche volontaire qu’une démarche obéissante… Mieux vaut l’effort du geste délibéré que la facilité de celui effectué sans y penser. Négligée ou suspecte, la routine a mauvaise réputation. Pourtant elle présente bien des vertus :

  • La routine fait œuvre de repère : dans un monde en mouvement permanent, la routine est une manière d’apprivoiser l’inconnu, de l’approcher en lui donnant une forme familière. Elle est cette continuité qui permet d’identifier le changement et d’accueillir la nouveauté. « L’habitude est le grand guide de la vie » selon David Hume**.
  • La routine est structurante : dans le corps social, les rites désignent les usages collectivement partagées. Codifiées, ces pratiques se chargent de sens et de valeur pour instaurer un sentiment de sécurité et de confiance chez les individus qui s’y emploient.
  • La routine est émancipatrice : avec la détermination et la pratique, la routine est une des composantes essentielles de l’éclat intellectuel et du pouvoir créatif. La stabilité qui la caractérise est une des clés du sursaut spontané et de la virtuosité. Une des assertions de Thomas Edison, fondateur de General Electric, est que « le génie est fait d’1 % d’inspiration et de 99 % de transpiration ».
  • La routine est ressourçante : un des pionniers de la psychologie positive, Mihaly Csikszentmihalyi, appelle « flux » l’état mental auquel parviennent les individus lorsqu’ils sont totalement engagés dans une activité et dans un état de satisfaction de son accomplissement. Le plus souvent, cette expérience se manifeste à travers des petits événements, lorsque la routine se transforme en plaisir.

Aussi, bien loin de faire des individus des êtres paresseux et des automates, la routine peut être un essentiel qui donne accès à la quiétude du temps présent, qui offre une voie vers l’accomplissement et qui permet une expérience de soi. Un illustre leader évoquait il y a quelques années son rapport à la routine***, une sorte d’écologie de l’attention appliquée afin de dédier son énergie aux seules décisions vitales.

Et si dans le fond, la première des résolutions en 2018 était de changer de routine ?

*https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2204126
**David Hume, Traité de la nature humaine, 1739
***https://www.vanityfair.com/news/2012/10/michael-lewis-profile-barack-obama

Et si en 2018, nous changions de routine ?

janvier 8, 2018 1:00 Publié par

Vous l’avez remarqué ? Ces premiers jours de janvier, les comportements ne sont pas les mêmes. Les sportifs du dimanche se font plus nombreux et les fumeurs plus discrets, on se rue chez le coiffeur, le marché semble lui aussi plus fréquenté. C’est normal, en cette période inaugurale du calendrier, le cerveau est enclin à prendre des décisions « complexes ». Et comme pour l’encourager à s’y tenir, le vocable se vêtit de détermination : on parle volontiers de « résolution ». Ce phénomène, c’est ce que des chercheurs américains appelle « l’effet nouveau départ »*. Le début d’année est un marqueur temporel incitant à rompre avec le train-train quotidien, cette répétition du presque même qui fait la part belle à la constance et au lâcher-prise.

Il y a au sujet de la routine comme une ambivalence. La doxa ayant rangé cette notion dans le champ de l’immobilisme, près de la mollesse et de l’ennui, il convient de ne pas s’y aventurer. A choisir, mieux vaut une démarche volontaire qu’une démarche obéissante… Mieux vaut l’effort du geste délibéré que la facilité de celui effectué sans y penser. Négligée ou suspecte, la routine a mauvaise réputation. Pourtant elle présente bien des vertus :

  • La routine fait œuvre de repère : dans un monde en mouvement permanent, la routine est une manière d’apprivoiser l’inconnu, de l’approcher en lui donnant une forme familière. Elle est cette continuité qui permet d’identifier le changement et d’accueillir la nouveauté. « L’habitude est le grand guide de la vie » selon David Hume**.
  • La routine est structurante : dans le corps social, les rites désignent les usages collectivement partagées. Codifiées, ces pratiques se chargent de sens et de valeur pour instaurer un sentiment de sécurité et de confiance chez les individus qui s’y emploient.
  • La routine est émancipatrice : avec la détermination et la pratique, la routine est une des composantes essentielles de l’éclat intellectuel et du pouvoir créatif. La stabilité qui la caractérise est une des clés du sursaut spontané et de la virtuosité. Une des assertions de Thomas Edison, fondateur de General Electric, est que « le génie est fait d’1 % d’inspiration et de 99 % de transpiration ».
  • La routine est ressourçante : un des pionniers de la psychologie positive, Mihaly Csikszentmihalyi, appelle « flux » l’état mental auquel parviennent les individus lorsqu’ils sont totalement engagés dans une activité et dans un état de satisfaction de son accomplissement. Le plus souvent, cette expérience se manifeste à travers des petits événements, lorsque la routine se transforme en plaisir.

Aussi, bien loin de faire des individus des êtres paresseux et des automates, la routine peut être un essentiel qui donne accès à la quiétude du temps présent, qui offre une voie vers l’accomplissement et qui permet une expérience de soi. Un illustre leader évoquait il y a quelques années son rapport à la routine***, une sorte d’écologie de l’attention appliquée afin de dédier son énergie aux seules décisions vitales.

Et si dans le fond, la première des résolutions en 2018 était de changer de routine ?

*https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2204126
**David Hume, Traité de la nature humaine, 1739
***https://www.vanityfair.com/news/2012/10/michael-lewis-profile-barack-obama

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