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Voir aussi le verre à moitié plein, c’est une forme de lucidité utile

Laurent Guez
Directeur de la Rédaction du Parisien Magazine

Laurent GuezLe Parisien Magazine, chaque vendredi donne de la couleur au week end des Français. On a voulu en savoir plus sur cette ligne éditoriale « grand public », qui affiche une singularité colorée et un positionnement de proximité. Laurent Guez, nommé Directeur de la Rédaction du Parisien Magazine fin 2016 nous explique ce choix. Demain le Parisien Magazine deviendra le Parisien Week-End, c’est tout nouveau tout frais, la nouvelle formule sera imprimée le 13 octobre. Laurent Guez nous dit tout.

Le Parisien Magazine, que la plupart des Français lisent avec plaisir chaque week-end, ne suit pas le modèle de ses homologues (Le Figaro Magazine, M le Monde, Les Echos Week-End…). La formule est légère, positive et colorée. Pourquoi ce choix ?
« Vous sous-entendez que nos confrères seraient négatifs et ternes, ce qui paraît très injuste ! Mais là où vous avez raison, c’est que Le Parisien Magazine assume son identité joyeuse et proche de ses lecteurs. Notre rédaction, qui est jeune, imaginative et très en phase avec la société, peut traiter tous les sujets… mais pas n’importe comment. Nous adorons raconter les initiatives utiles, partager nos curiosités et notre enthousiasme, mais aussi rédiger des portraits très fouillés de personnalités aimées des Français, tout cela avec une place importante accordée à l’image. En fait, toutes ces valeurs, nous allons les pousser encore plus fort dans une nouvelle formule qui sortira en kiosque le 13 octobre. »

Quel sera le nouveau positionnement, et comment allez-vous assurer sa complémentarité avec Le Parisien ?
« Nous changeons de nom, et devenons « Le Parisien Week-End » (« Aujourd’hui en France Week-End » en dehors de l’Ile-de-France). Ce nouveau nom laisse deviner le nouveau positionnement du magazine, davantage focalisé sur ce temps privilégié que constitue la fin de semaine. Du lundi au vendredi, nous le savons, nos lecteurs doivent gérer d’innombrables contraintes, au travail comme à la maison. Mais dès le vendredi matin, lorsque paraît Le Parisien Week-End, ils peuvent commencer à se projeter dans une parenthèse de vraie liberté et de plaisir. Ce sera notre obsession, qui nous permettra d’être plus que jamais complémentaire du quotidien. La maquette va évoluer, vers une forme d’élégance accessible, tout comme le chemin de fer. Au cœur du magazine, vous trouverez les enquêtes, reportages et interviews d’actualité, suivies d’un copieux « Guide week-end » qui proposera des idées de loisirs, d’activités à faire soi-même, et des coups de cœur décernés par la rédaction à des livres, des films, des séries télé ou des albums de musique. En fin de magazine, nous ferons rêver nos lecteurs et les guiderons dans leurs achats plaisir. Enfin, la partie la plus innovante sera sans doute la toute première : une séquence « feelgood » d’une dizaine de pages, constituée exclusivement d’informations qui font du bien »

Un magazine peut-il vraiment se contenter des bonnes nouvelles ?
« Sans doute pas, mais aujourd’hui, de nombreux médias sont plutôt dans l’extrême inverse ! Tout se passe comme si, dans le monde, il n’y avait que des catastrophes et du malheur – ce qui est objectivement faux. Voir aussi le verre à moitié plein, ce n’est pas faire du mauvais journalisme, c’est une forme de lucidité utile. Partout dans le monde, des gens connus ou anonymes lancent de formidables initiatives, artistiques, sportives, solidaires, entrepreneuriales, etc. Chaque semaine, nous les mettrons à l’honneur. Nous publierons aussi des statistiques encourageantes ou des verbatims optimistes, et nous interrogerons une personnalité de premier plan sur « la liste de ses envies » : que rêveriez-vous d’avoir réalisé dans les dix ans qui viennent ? Entre nous, je me suis moi-même posé la question, et ma liste est longue. Le fait d’y penser m’a d’ailleurs fait un bien fou ! »

Biographie :

Journaliste depuis plus de 25 ans, Laurent Guez, 53 ans, a rejoint Le Parisien en janvier 2017 pour relancer le « Le Parisien Magazine », le supplément vendu chaque vendredi avec « Le Parisien ». Avec l’ensemble de la rédaction, il a conçu la nouvelle formule du magazine, rebaptisé « Le Parisien Week-End » à compter du 13 octobre 2017.

Parallèlement, il continue de superviser le supplément du lundi des « Echos », dédié au management et à la gestion opérationnelle de l’entreprise, supplément qu’il a créé en mars 2014 et qui a pris en septembre 2017 le nom « Les Echos Executives ».

De 2012 à 2015, il a dirigé la rédaction du mensuel « Enjeux Les Echos », qu’avec Henri Gibier, il a alors transformé en hebdomadaire. Il est alors devenu directeur délégué de la rédaction de ce nouveau titre, « Les Echos Week-End ». Sur la même période, il assurait un éditorial économique, chaque matin, sur la chaîne d’info LCI.

De 2008 à 2012, Laurent Guez était le directeur des rédactions du pôle Industrie du groupe Infopro Digital, où il était en charge de « L’Usine Nouvelle » et d’« Industrie et Technologies », ainsi que des sites et services numériques associés.  Auparavant, il a notamment dirigé la rédaction de la chaîne parlementaire Public Sénat (2006-2008), alors présidée par Jean-Pierre Elkabbach, et celle du « Figaro Entreprises » (supplément économique du lundi du « Figaro »), qu’il a conçu et lancé en 2001, et dont il fut nommé directeur général en 2004. Auparavant, il animait le service économie-social-Bourse de « France-Soir », dont il fut rédacteur en chef de 1999 à 2001. Entre 1993 et 1998, il était rédacteur en chef adjoint, puis rédacteur en chef de l’hebdomadaire économique et financier « Le Revenu ».

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L’Agence France Presse est numéro 1 mondial en photo sport

L’Agence France Presse est numéro 1 mondial en photo sport

Didier Lauras
Directeur du Département sports de l’AFP

UN ENJEU TRÈS SPORTIF À L’AFP

Parmi les trois agences de presse mondiales, L’AFP a érigé le sport en axe majeur de son développement. Le patron de son Département des sports explique cette stratégie et les enjeux associés.

Depuis deux ans, Didier Lauras a pris en main le Département sports de l’agence, qui compte au total près de 150 journalistes officiant en six langues dans le monde entier. Il a démarré sa carrière à Ho Chi Minh-Ville (ex-Saïgon) comme pigiste avant de rejoindre l’AFP en 1996. Il y a exercé diverses fonctions dans différents services à Paris (desks, rubrique justice aux informations générales, rédacteur en chef France) et à l’étranger (Directeur des bureaux de Hanoi et de Bangkok).Il partage avec nous sa vision et les nouveaux enjeux des sports qui sont aujourd’hui au cœur du développement de l’agence de presse.

Pourquoi l’AFP place-t-elle le sport au cœur de sa stratégie ?
« Le marché des agences de presse dans le monde se partage entre trois acteurs : AP (Associated Press), Reuters et l’AFP (Agence France-Presse). Bien que nous fassions tous sensiblement le même travail, les deux autres disposaient depuis longtemps d’une spécificité pour se distinguer sur ce marché. Pour Reuters, c’est la finance et pour AP, c’est le marché américain. L’AFP a souhaité elle aussi se doter d’une signature, un point fort sur lequel s’appuyer. Nous avons choisi le sport. D’abord parce que c’est un des rares domaines d’activité dans le monde qui affichent une telle croissance économique. Ensuite parce que nous avons identifié deux tendances : un besoin très fort des médias de couvrir le sport, et un marché hors-médias tout aussi demandeur, qu’il s’agisse des sponsors, des fédérations ou des organisateurs. Tous veulent communiquer. On s’est naturellement positionné comme fournisseur privilégié de contenus dans ce domaine.»

Usain Bolt AFP
Un éclair déchire le ciel au-dessus du stade Lushniki à Moscou au moment même où Usain Bolt, surnommé « la foudre », vient de remporter le 100 mètres des Championnats du monde. La photo d’Olivier Morin, photographe spécialiste du sport à l’AFP fait le tour du monde, D’aucuns la qualifie de « photo de sport du siècle ».

Comment est-ce que cela se concrétise ?
« D’abord par une volonté de cohérence. On délivre évidemment du contenu texte car c’est notre cœur de métier, mais on est également devenu numéro 1 mondial en photo sport. C’est vraiment quelque chose que nous faisons très bien, depuis longtemps, avec de grands spécialistes. Sur la natation, par exemple, nous sommes les premiers à avoir atteint ce niveau d’excellence pour réaliser des photos au ras de l’eau ou dans l’eau. La vidéo sport est un domaine sur lequel nous investissons également pour couvrir les à-côtés des compétitions mais aussi pour distribuer à nos clients les « highlights », c’est-à-dire les résumés en images des compétitions.

Cela se concrétise par exemple par 180 accrédités aux Jeux olympiques de Rio l’année dernière, 175 pour l’Euro de foot en France. Nous aurons un nombre équivalent d’envoyés spéciaux sur la Coupe du Monde de foot en Russie en 2018 : des journalistes texte en six langues (Français, Anglais, Espagnol, Portugais Allemand et Arabe), des photographes et des équipes vidéo. Et nous aurons bien sûr une équipe aux JO d’Hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, début 2018. C’est à chaque fois un immense investissement humain, financier et technique qui nous permet d’être à la hauteur de ces événements mondiaux. »

Quelle est aujourd’hui la place du sport dans les médias ? Pourquoi la médiatisation du sport a évolué selon vous ?
« Le sport prend clairement beaucoup plus de place aujourd’hui notamment parce qu’il y a plus d’argent. Un club de sport s’apparente à une société de spectacle qui a besoin de faire de l’audience, de remplir ses salles, de vendre des maillots et des produits dérivés, d’attirer des partenaires. Pour y parvenir, il va notamment acheter des stars et ces stars seront suivies sur le terrain mais aussi à l’extérieur.

Par ailleurs le sport n’est plus seulement la compétition. C’est également l’économie du sport, la corruption, le dopage, l’utilisation du sport à des fins politiques par des nations comme la Chine ou la Russie. C’est aussi le scandale de la FIFA qui, à un certain moment, a écrasé complètement l’actualité du foot, ou encore les affaires judiciaires ou de vie privée de tel ou tel sportif. Tout ceci fait que le sport est sorti des seules pages sportives. Et l’AFP ambitionne d’être présente sur tous les fronts, tous les terrains. Nous sommes présents bien au-delà de la compétition. Avant, pendant, après et autour, rien ne doit être négligé. »

Quels types de contenus attendent les médias sur le sport ?
« Des highlights, c’est-à-dire les résumés de la compétition elle-même. Les plus beaux buts, les plus beaux essais, les plus beaux échanges du match de tennis, les meilleurs moments de la course ou du combat de boxe. C’est ce que les gens veulent en premier lieu. Mais cela coûte très cher d’acheter les droits sur ces compétitions. C’est un marché qui brasse de plus en plus d’argent. Les télévisions anglaises ont ainsi investi des milliards d’euros pour diffuser la Premier League, qui est le championnat de football le plus cher au monde car le plus prestigieux. Les audiences sont très importantes et les revenus publicitaires des diffuseurs aussi. 

Alors si nous commençons à nous positionner sur ce marché en acquérant des droits, dans la limite de nos capacités financières, nous proposons également la couverture des conférences de presse avant/après, des interviews, des papiers d’angle, des portraits, des reportages un peu décalés. Tout ce qui peut se faire autour d’une compétition.

Quels sont les sports « tendance » ?
«Il y a une montée indéniable du sport féminin. Je constate également une progression importante de tout ce qui est aventure, sports extrêmes. Parfois, nous sommes dans la véritable aventure sportive, parfois nous sommes dans le spectacle sponsorisé. Et puis d’autres sports font leur apparition : les sports urbains, le skate, le BMX, les nouveaux sports de glisse qui marchent très fort chez les 15-25 ans, et le surf évidemment. On observe que certains de ces sports se développent hors des médias mainstream. On ne les verra pas forcément beaucoup à la télévision, mais ils génèrent des millions de clics sur internet. Ces nouveaux venus ont leur propre économie, leurs sponsors et leurs stars. C’est un sujet sur lequel l’AFP se positionne de plus en plus. J’ajouterai peut-être le e-sport, qui est en train de monter. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ça intéresse beaucoup les gens même pour regarder. »

Comment s’organise le fil sport de l’AFP ?
Quelle est votre priorité ?
« La priorité au sein de la priorité, c’est forcément le foot qui représente 30 à 40% de la production éditoriale du service. Le transfert de Neymar au PSG, à titre d’exemple, a monopolisé toute la presse mondiale. Ça a été la dominante mondiale pendant plusieurs jours. »

Un mot sur les JO 2024, est-ce que l’AFP « aime » ?
« Oui bien sûr ! Les JO 2024 nous intéressent ! C’est un sujet que l’on a suivi de manière très rigoureuse et équilibrée depuis le départ de la compétition entre les différents pays qui étaient candidats à l’organisation. Paris a, sauf énorme surprise, gagné 2024 et c’est formidable pour nous, notamment parce que c’est la confirmation que le marché est dynamique et que nous avons bien fait de nous engager dans cette stratégie-là. Il s’agira donc pour nous d’un rendez-vous majeur. Couvrir les Jeux à Paris nous imposera un devoir d’excellence et c’est un défi que nous sommes prêts à relever. C’est un très gros dossier éditorial mais aussi commercial et corporate. La France devrait parler beaucoup de sports entre aujourd’hui et 2024. Et nous serons un des acteurs majeurs de cette actualité. »

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L’humour occupe désormais une place centrale  dans les médias

L’humour occupe désormais une place centrale dans les médias

Jocelyn Lemoisne
Humoriste

Joce do it. C’est le titre du spectacle de Jocelyn Lemoisne, qui répond à notre interview avec fraîcheur. Humoriste stand uper, Jocelyn Lemoisne fait ses armes aux côtés de Anne Roumanoff quotidiennement sur Europe 1 dans l’émission « ça pique mais c’est bon ». Des chroniques qui offrent son regard sur la vie quotidienne. On peut encore rire de tout. Et ça fait du bien.

Vous faites partie de la bande des chroniqueurs d’Europe 1 et animez la chronique humour de la radio à l’heure du déjeuner. « Je suis allé à la piscine », « le stress des exams » ou encore « la réouverture de l’hôtel Crillon à Paris », tout y passe. Quels sont vos critères de sélection des actualités ?
J’aime observer le quotidien et m’adresser à un large public… Mes critères de sélection se font essentiellement sur des thèmes qui nous rassemblent. J’essaye, comme l’émission est quotidienne, de surfer au maximum sur l’actualité.

Il est important d’être attentif et réactif. Désormais avec les réseaux sociaux, nous sommes informés en temps réel, il faut donc trouver l’axe rapidement. Une vanne a une date de péremption très courte. Dans le cadre de mes chroniques, j’aime que l’auditeur se dise, « moi aussi j’ai déjà vécu ça. » De plus comme l’émission passe au moment du repas, il faut que notre humour puisse se « consommer » et s’écouter pendant cet instant. 

L’humour est un vecteur puissant de communication, et désormais une composante décisive de l’information. Mais vous êtes aussi tour à tour commentateur politique, intellectuel ou moraliste. Comment gérez-vous ces différentes fonctions ? Avez-vous une « stratégie du rire » ?
En effet l’humour occupe désormais une place centrale dans les médias. Chaque émission qu’elle soit à la tv ou à la radio « possède » désormais son (ou ses) humoriste(s). 

Il occupe une place centrale, il n’est plus seulement le « rigolo de service », il est largement écouté. Ses chroniques ou autres sketches sont partagés en masse sur les réseaux sociaux. Et on demande de plus en plus aux chroniqueurs humoristes de prendre position sur des sujets graves… On l’a vu notamment après les événements de Charlie hebdo. Le métier est différent depuis. Pour ma part, dans ce contexte actuel (terrorisme, chômage…) j’essaye d’apporter ma légèreté et ma fraîcheur. Je fais un humour accessible pour tous. Je n’ai pas de stratégie particulière, tout peut être drôle… mais je me refuse toutes blagues racistes, sexistes, et j’évite la méchanceté gratuite. A la rigueur, celui donc je me moque le plus… C’est moi. La politique a une place importante dans l’humour, dans le cadre de l’émission « Ça pique mais c’est bon », c’est un domaine que je laisse volontiers à mon collègue Didier Porte ainsi qu’à Anne Roumanoff qui excellent tous deux dans l’exercice.

Où est ce que l’on peut vous voir et vous entendre ?
On peut me voir au Spotlight de Lille, ou j’ai joué plusieurs fois mon spectacle Joce do it. A Paris, je suis régulièrement à la Debjam du Jamel Comedy Club ainsi qu’à l’humour thérapie. Enfin, on peut m’écouter sur les ondes d’Europe 1 dans l’émission d’Anne Roumanoff « ça pique mais c’est bon », et mes sketches passent sur Rire et Chansons.

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Nous ne suivons pas la caravane

Nous ne suivons pas la caravane

Marc Beaugé
Rédacteur en chef de Society

Lors de sa première parution il a été qualifié de « plutôt mec », « cool et un peu fouilli ». Aujourd’hui  un peu plus de 2 ans après le numéro un, il a fait sa place et on ne s’en passe plus. Vous avez deviné ? Il s’agit du magazine Society, le quinzomadaire qui ne laisse pas indifférent. Marc Beaugé,  rédacteur en chef de Society, nous fait le plaisir de cette interview et nous explique ce qui fait la force de cette revue, qui manie à la perfection l’art de raconter la petite histoire à travers la grande.

En feuilletant Society, on a l’impression de sortir du cadre de la presse écrite. Rien n’est figé dans la forme comme dans le fond. Deux ans après le premier numéro, est-ce que le quinzomadaire a trouvé son équilibre et son lectorat ?
« Je pense que nous pouvons toujours faire mieux, sur le fond, mais aussi sur les chiffres. Il n’y a pas de magazine parfait. Après, nous avons clairement trouvé à la fois un lectorat et une ligne éditoriale. Nos papiers ne sont pas les mêmes que ceux des autres magazines. Nous ne suivons pas la caravane. Nous nous intéressons à des sujets qui passent souvent sous les radars, nous leur accordons beaucoup de place. Society n’est pas un magazine sensationnaliste ou putassier. Nous essayons d’avoir un propos nuancé, non partisan. Ce n’est pas forcément dans l’air du temps… Mais nous n’avons pas envie de faire autre chose. »

Vous laissez beaucoup de place aux faits divers dans le magazine, cela répond à quelle stratégie éditoriale ?
« Aucune, juste à une curiosité pour les faits divers. Nous n’avons pas d’attrait particulier pour le morbide, mais un bon fait divers, glauque ou pas, peut raconter une région, un milieu, une classe sociale… Cela peut être assez signifiant. Il faut bien les choisir, et puis bien les raconter, avec respect, rigueur. Encore une fois, sans sensationnalisme. »

Fanzine mook ou newsmagazine, quel est l’esprit de Society ?
« Un peu des deux, sans doute. Comme les newsmagazines, les sujets que nous abordons sont mainstream. Nous essayons de parler des vrais sujets qui font l’actu : les élections, la politique et le reste… Nous ne faisons pas les petits malins, nous ne contournons pas les difficultés. Mais nous essayons de choisir des angles et des formats différents autour de ces sujets mainstream. Et nous avons aussi une liberté de ton et une indépendance qui nous rapprochent d’un fanzine. Nous aimons bien, aussi, mettre des petites vannes nulles en légende de nos photos… C’est le côté fanzine, sans doute. »

Quelle place accordez-vous au numérique ?
« Nous avons une culture très presse papier. Nous venons de ça. Sofa, So Foot, Sofilm, Society ont tous été pensés, d’abord, comme des magazines papier. Nous aimons l’objet, la prise en main du magazine. Après, nous sommes au XXIe siècle….  Évidemment, nous passons nos journées sur Internet, Twitter, Instagram. Nous avons donc aussi des envies numériques. Pour Society, nous voulons faire un site très ambitieux, qui ressemblerait à notre magazine. Nous ne voulons pas relayer des vidéos de chats ou de clashs entre chroniqueurs de TPMP, juste pour faire du clic. Il nous faut donc de gros moyens pour faire un site d’actu qui nous ressemble. Nous sommes en train de les rassembler. Le projet est finalisé, cela devrait se concrétiser rapidement. Je crois que cela va être très bien. »

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« Le record n’est pas une fin en soi »

« Le record n’est pas une fin en soi »

Thomas Coville
Skipper de Sodebo Ultim’

Il a marqué 2016 et fait voyager des milliers de personnes. Thomas Coville, le skipper de Sodebo Ultim’ passe la ligne d’arrivée de son tour du monde en solitaire à la voile à 17h57 le 25 décembre 2016. Il établit un nouveau record et devient le marin le plus rapide du monde. Quelques mois après, au calme, Wellnews rencontre le skipper parrainé par Sodebo, aventurier opiniâtre qui n’en est pas à son dernier rêve.

1/ Vous avez marqué la fin 2016 et fait voyager des milliers de personnes qui ont suivi votre tour du monde.  « Thomas Coville Roi du Monde » c’est ainsi que le Figaro vous a propulsé dans la cour des grands. Quelle vie avez-vous après tout ce brouhaha médiatique ?

« J’ai la lucidité et l’honnêteté personnelle de valoriser ce que j’ai fait en fin d’année. Je suis conscient que cela m’a nourri et que ce record a rempli chez moi une place importante que j’attendais depuis longtemps.

Cela me permet d’avoir plus de sérénité car j’ai répondu à des questionnements qui font partie des doutes d’un athlète.

J’ai la sensation de faire partie de la catégorie des gens qui découvrent après des années de recherches que leur hypothèse de départ est la bonne. J’ai l’impression d’avoir trouvé une représentation de ce que je suis à un instant T aligné avec le petit garçon que j’étais et l’homme que je tente de devenir. C’est rare et précieux dans une vie. Ma chance, c’est qu’on m’ait laissé le temps et que Sodebo m’ait accompagné toutes ces années. Je suis tellement heureux que cela rayonne sur toute l’équipe. J’ai adoré prendre le recul de les regarder heureux. 

2/ De retour sur terre après cet exploit incroyable, on vous a vu et entendu partout ou presque. Vous maîtrisez l’interview au moins aussi bien que les manœuvres au ras des flots. Quel message cherchiez-vous à faire passer à travers cet exercice de style ?

« J’ai vite compris que des choses ne m’appartenaient plus. Je n’avais pas la notion de ce qui allait se passer et du nombre de gens qui allaient être présent à l’arrivée à Brest. Je me suis laissé submerger et j’ai accepté de me laisser porter par l’émotion après avoir tout calculé pendant le tour du monde. »

3/ Est ce que vous avez réalisé votre rêve ?

« J’avais ça en moi, ça résonnait. Je me sens légitime dans mon discours. J’ai cette conviction que la techno, c’est juste génial. La technologie ne va pas nous asservir mais nous aider à progresser. Cela fait voir la vie sous un autre prisme ! On nous montre depuis 30 ans que l’écologie est une contrainte alors que c’est une opportunité. Quand on rendra une ville, une rue, un bâtiment autonome, ça va tout changer. J’ai réalisé un rêve mais j’en ai plusieurs chaque nuit ! Le record n’est pas une fin en soi. C’est un projet extrêmement engagé qui me convenait bien et je ne me suis pas trompé. Le manteau était à ma taille ! A la troisième tentative, je savais que je pouvais le faire. A la quatrième, je savais que je le battrais. 

La cinquième lui a donné raison. »

4/ Une fois qu’on est recordman du monde et quelques mois plus tard, on a envie de quoi ?

« Je regrette de ne pas avoir pris le temps de me poser. Quand tu gagnes et que tu es dans la spirale positive, tu as envie de concrétiser l’énergie pour qu’elle soit productive et tu as peur qu’elle t’échappe. C’est ma manière de réagir. L’énergie que te donne une victoire est nucléaire. Tu emmènes les gens, ça rayonne. J’aime cette complexité de la vie. J’ai une capacité de travail et de concentration qui s’alimente quand ça gagne. C’est jubilatoire et difficilement explicable.»

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Une aventure médiatique

Une aventure médiatique

Olivier Ravanello
Fondateur Explicite, ex-journaliste Itélé

On se souvient de lui devant le traditionnel fond bleu ITélé. Olivier Ravanello ex-journaliste Itélé revient sur le devant de scène, avec une nouvelle démarche journalistique très prometteuse. Au moment de la crise ITélé, c’est entouré d’une cinquantaine de journalistes qu’Olivier Ravanello, qui fut également Président de la Société des Journalistes de l’ex-chaîne rebondit et créé Explicite, le nouveau média d’information sur les réseaux. Explications.

Explicite est une aventure collective qui s’impose sur les réseaux sociaux. Quelle est la stratégie éditoriale de ce nouveau media ?
« On constate une baisse de confiance terrible dans les médias. Le dernier baromètre La Croix (ndlr : baromètre annuel « La Croix » Kantar Sofres/Kantar Média sur la confiance dans les médias) le confirme, nous sommes face à un effet de ciseaux, avec une consommation dédiée aux supports qui est de plus en plus importante et en même temps un sentiment d’insatisfaction, de doute et de non fiabilité de ce que les Français peuvent voir. C’est à partir de ce constat que nous, journalistes professionnels, avons décidé d’investir le champ des nouveaux supports, qu’il s’agisse des réseaux sociaux ou de tout ce qui relève du contenu qu’on consulte de manière nomade sur un téléphone ou sur un Smartphone pour donner de l’information.

Cela ne veut pas dire qu’on va donner une information fracassante. Cela ne veut pas dire non plus qu’on a la prétention de révolutionner le métier. Cela veut dire que l’on produit du contenu immédiatement identifiable comme du contenu informatif sur les réseaux et sur les nouveaux supports et surtout que l’on veut redonner confiance aux gens dans les médias.

Créer du lien, en s’appuyant sur notre communauté qui aujourd’hui est de 70 000 personnes et qui n’arrête pas de grandir. Dire qu’on est là, vous savez qui on est, vous savez ce qu’on a fait, ce qu’on est capable de faire. On répond à vos questions, on maintient le dialogue en permanence, on est transparents et on va à la rencontre des gens.

On est parti, par exemple, la semaine dernière dans les Ardennes. On a le sentiment que l’on n’entend pas assez la voix des Français. On l’entend mal, de manière tronquée et sur des formats où les gens n’ont que 20 secondes pour s’exprimer. Nous allons à la rencontre de ces gens. On les écoute. Dimanche dernier (ndlr : dimanche 5 mars) on était en live pendant 2 heures dans la manifestation de soutien de François Fillon mais aussi au même moment et toujours live dans la manifestation à République qui s’organisait contre François Fillon. On a posé des questions dans chaque camp et on a essayé de comprendre les deux. Nous ne sommes pas un média militant ou partisan, nous essayons de faire comprendre. Faire comprendre l’actu ça veut dire faire des encadrés qui donnent des grilles de lecture, et c’est là où une expertise journalistique peut être utile. C’est une manière de travailler et puis surtout c’est une démarche d’honnêteté intellectuelle. On va au-devant des gens et on essaye de comprendre. Je dirais que la stratégie éditoriale d’Explicite répond finalement à une attente ou plutôt à un défi qui est celui de notre démocratie. »

Quel est votre business modèle ?
« Le business modèle à l’instant T, ce sont les moyens qu’on a réussi à soulever grâce à un crowdfunding. On a proposé aux gens qui croyaient à cette expérience éditoriale de lui donner une première impulsion pour qu’elle puisse vivre au moins quelques mois, et pendant ces quelques mois faire la démonstration de tout ce que le champ et cette liberté qu’on a sur les nouveaux supports peut permettre de faire journalistiquement, pour ensuite passer sur la base d’un business modèle qui, ce n’est pas un secret et ça parait assez logique, devrait aller vers du Freenium. Je suis convaincu qu’il faut qu’on s’interroge tous collectivement sur le prix de l’information. Une information gratuite ne peut pas être une bonne information si elle n’est pas financée par quelque chose. Donc la question c’est de savoir qui la financera. Contrairement à Brut (média gratuit) notre cible est sans doute plus restreinte mais plus exigeante. Elle sera prête j’en suis sûr à payer un abonnement pour avoir certains contenus d’Explicite. »

Vous dites dans la vidéo de présentation être une cinquantaine de journalistes à avoir repris votre liberté. C’est-à-dire ?
« On s’est affranchi de la contrainte des formats et de la contrainte de la structure. Quand Sonia Chironi est place de la République, elle va à la rencontre des gens très naturellement et comme elle est naturellement dans la vie. Quand vous êtes sur un plateau de télé ce n’est pas la même chose, quand vous êtes en train de faire un duplex ce n’est pas la même chose, et les gens le perçoivent, il y a une distanciation qui est formelle, qui fait que cette information délivrée n’arrive pas à satisfaire tout le monde. Ce public qui commence à se détourner des médias traditionnels, doit pouvoir trouver quelque chose qui soit fait par des professionnels mais avec une démarche et peut être un ton un peu différent, plus transparent, plus humble, plus sincère, plus direct. C’est plus une démarche plus qu’un résultat. »

Est-ce que Explicite est à l’origine d’une nouvelle forme d’information ?
« On verra dans deux ans. »

A qui s’adresse votre journal ?
« Explicite s’adresse à ceux qui se sentent submergés par l’info, qui ont envie de reprendre la main dessus, qui ont envie quand ils voient passer des infos sur le fil Twitter d’avoir un endroit où on leur donne des clés de lecture. Notre média s’adresse aussi à ceux qui ont envie qu’on aille faire des « live », qu’on donne la parole à des gens régulièrement sur ce qui ne fait pas forcément la une de l’actu. Notre public a envie de reprendre la maitrise de sa consommation d’information, et il peut avoir 60 ans comme il peut en avoir 25. »

Un premier bilan à partager ?
« Explicite c’est plus d’un million et demi de vues, 70 000 followers. C’est un média qui est déjà identifié partout comme un véritable média. C’est aussi une équipe journalistique qui est capable de proposer et d’organiser l’un des débats de la présidentielle avec des candidats qui répondent présents. Ce sont plus de 2 400 personnes qui ont accepté de nous soutenir financièrement et qui soutiennent notre démarche. Le bilan c’est celui-ci. Une initiative qui arrive au bon moment au bon endroit et qui rencontre une adhésion très forte. »

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Influenceur, c’est le terme adéquat

Influenceur, c’est le terme adéquat

Anh Phan
Fondateur du Journal du Geek

Ce mois ci nous rencontrons Anh Phan, l’un des précurseurs du blogging high-tech.
Il est le fondateur du Journal du Geek, considéré aujourd’hui comme un incontournable avec près de 200 000 visiteurs quotidiens. Une aventure passionnée qui démarre en 2004, et qui n’est pas prête de s’arrêter.

Vous êtes plutôt geek, gamer, photographe, journaliste, écrivain ou chef d’entreprise ?
« Au départ je suis plutôt geek effectivement, là-dessus il n’y a pas trop de questions à se poser. C’est pour cela que j’ai créé le Journal du Geek. Puisque je suis geek je suis forcément un peu gamer et cinéphile. La photographie c’est une autre de mes passions. L’entrepreneuriat c’est forcément quelque chose qui me plaît sinon je ne me serais pas lancé dans cette aventure. Pour résumer je suis donc un peu de tout, sauf journaliste, tout simplement parce que je n’ai pas la formation pour prétendre l’être. Au départ le Journal du Geek c’était vraiment un moyen de vulgariser la technologie, de permettre de partager au plus grand nombre ma passion, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Je suis trop suggestif, c’est pour ça que je ne me suis jamais défini comme un journaliste, mais davantage comme un influenceur, c’est le terme adéquat en ce moment. Je partage ce que j’aime et ce que je n’aime pas tout simplement. »

L’aventure du Journal du Geek débute en juillet 2004. C’est aujourd’hui un incontournable, avec près de 200 000 visiteurs quotidiens. Comment expliquez-vous le succès de ce blog High Tech ?
« Ce qui fait la différence par rapport aux sites conventionnels, c’est ce côté passionné. Encore une fois dès le démarrage j’avais pour but de partager mon appétence pour la technologie, les jeux vidéo et les dernières tendances geek. Partager au plus grand nombre. C’était mon but. En 2004 nous sommes vraiment aux prémices des réseaux sociaux. Le Journal du Geek avait pour ligne directrice le partage entre une communauté de passionnés. C’était très nouveau de se positionner sur ce terrain-là, dès le départ nous nous sommes affichés comme des amis qui délivrent les bons tuyaux, et jamais comme des experts. La deuxième différence, toujours à l’époque, c’était ce format 2.0 complètement novateur. On avait mis en place un système de commentaires pour répondre et réagir à mes articles. Et en coulisses on gérait les avis. C’était mieux que les forums de l’époque. »

Ancien ingénieur informatique, qu’est-ce qui vous a fait basculer dans le milieu de la blogosphère ?
« Je suis passionné. Quand j’ai démarré je me suis demandé si j’étais capable d’en vivre. Les marques ont commencé à me contacter et au départ, très honnêtement, je me suis dit que si ça pouvait en plus arrondir mes fins de mois, pourquoi pas. Mais ça n’a jamais été le moteur pour moi. Au fil du temps ça s’est amplifié avec une audience grandissante et c’est à ce moment-là que j’ai tenté. Pas de grosse pression pour ma part parce que je savais que je pouvais à tout moment retrouver un poste d’ingénieur assez facilement. La seule raison qui m’a permis d’en arriver là, je pense que c’était d’y croire et de rester passionné »

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui, comme vous, s’improvisent blogueurs ou créateurs de contenus ?
« Ne jamais penser qu’on va gagner de l’argent avec son blog. Si tu avances par passion alors le reste suivra. Ça ne marche pas dans le sens inverse, ou alors il faut investir énormément de moyens, pour pouvoir imposer un nouveau média. Si la passion ne confère pas une certaine légitimité au contenu, la mayonnaise ne prendra pas, j’en suis persuadé. Donc mon conseil c’est d’être présent avant tout pour le partage. Ensuite, et je peux vous dire, en tant que créateur de site web, c’est un travail de fourmi, il faut être ultra régulier sur le long terme pour espérer attirer une communauté de lecteurs. »

Des projets ?
« On mène trois projets conjointement. D’un côté la partie éditoriale avec le site le Journal du Geek, de l’autre la partie événementielle avec la geek’s live, l’événement annuel grand public dédié à la culture geek et High Tech qui se déroule au mois d’octobre. Et, depuis deux ans on propose également notre box liée à la culture geek, une sorte de pochette surprise geek disponible tous les 2 mois sur le site. Ces 3 activités nous occupent déjà pas mal de temps. On commence également à produire de la vidéo. Notre mot d’ordre : ne pas faire de la vidéo télé. Beaucoup de personnes essaient de faire de la télé sur le web et je pense ce n’est pas la bonne formule. Nous produisons de la vidéo pour le web. »

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La mobilisation de toutes et tous est plus que jamais nécessaire

La mobilisation de toutes et tous est plus que jamais nécessaire


A l’occasion de la publication du dernier rapport Mondial Human Rights Watch, qui résume les principales préoccupations et avancées sur les droits humains dans le monde, Bénédicte Jeannerod, qui dirige le bureau de Paris de HRW nous apporte son éclairage sur la préoccupante montée du populisme en Europe et dans le monde. Pourquoi une telle apogée, quelle menace pour les droits humains et surtout que faire ? Ce sont les questions que l’on a posées à Bénédicte Jeannerod.

Les discours populistes ont le vent en poupe. Comment expliquez-vous cette montée en puissance des politiques de l’intolérance ?

« Le mécontentement grandissant d’une partie de la population se sentant laissée-pour-compte de la mondialisation et des mutations technologiques et frappée de plein fouet par les fortes inégalités sociales fournit un terreau idéal aux populistes et démagogues. L’attrait qu’ils suscitent est encore renforcé par les attaques terroristes qui ajoutent le sentiment d’insécurité physique à l’insécurité sociale. La population a perdu confiance dans la classe politique « traditionnelle » qu’elle estime incapable de résoudre ses problèmes. Plutôt que de s’attaquer au fond des problèmes pour lutter efficacement contre les disparités et l’exclusion sociale et limiter les effets de la crise économique sur les plus vulnérables, les démagogues se nourrissent de cette insatisfaction et l’amplifient. Aux Etats-Unis comme en Europe, les démagogues désignent les migrants comme responsables du chômage et de la menace terroriste, et pourfendent la diversité ethnique et religieuse qui compose aujourd’hui nos sociétés. Au nom du « peuple », ils développent une rhétorique de la peur, de la haine et du rejet, faisant passer les principes fondamentaux de l’Etat de droit et des droits humains comme des obstacles face à la défense de la nation contre ce qui est perçu comme une menace. Les droits universels, mais aussi la Constitution ou encore l’indépendance de la justice, ne sont plus considérés comme des garanties de protection essentielles pour tout un chacun, mais comme des entraves inutiles dont il faut se débarrasser. »

Human Rights Watch vient de publier World Report 2017,  un rapport sur l’état des droits humains dans 90 pays de la planète. La nouveauté cette année c’est que vous ne vous êtes pas arrêtés aux pays les moins développés. Les Etats-Unis sont pointés du doigt. Quels sont les principaux enseignements de ce rapport ?

« Notre rapport mondial analyse cette offensive sans précédent contre les droits humains dans le monde. Car parallèlement à l’élection de Donald Trump, au Brexit -qui s’est aussi nourri du rejet et de la xénophobie- et à la montée du populisme en France et ailleurs, des dirigeants incarnant l’image de « l’homme fort » en Russie, en Turquie, en Chine ou encore aux Philippines imposent leur autoritarisme comme garantie de prospérité et de sécurité, en lieu et place de l’Etat de droit. Ils écrasent leur société civile, font taire toute opposition et mettent la justice au pas. La convergence de ces tendances, qui s’appuient aussi sur une propagande forcenée et s’affranchissant de la vérité des faits, est extrêmement inquiétante. »

Mais alors que faire ?

« Cet assaut d’ampleur mondial nécessite une réponse la hauteur. Les populistes prospèrent en l’absence d’opposition. Les responsables politiques qui se réclament de la démocratie et des principes fondamentaux doivent plus que jamais réaffirmer leur attachement à ces valeurs. Mais c’est surtout de la société civile que la mobilisation doit venir : une réaction populaire forte contre le mensonge et la démagogie, reposant sur les organisations de la société civile, les partis politiques, les médias traditionnels et sociaux, est le meilleur antidote possible. La mobilisation de toutes et tous est plus que jamais nécessaire. »

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« Je ne mets pas de bagues tête de mort pour faire de la télévision »

« Je ne mets pas de bagues tête de mort pour faire de la télévision »


Si vous avez plus de 35 ans, il a sans doute bercé votre enfance de sons électriques et métallisés. Il vous reste sûrement quelques notes de cette émission radio de métal hurlante « Wango Tango », un peu comme une mèche rebelle que vous n’arrivez pas à couper, et ça fait 4 décennies que ça dure… Francis Zegut, animateur et journaliste musical sur RTL2 avec le célèbre « pop rock station by Zegut » fête ses 40 ans de radio. Reconnaissable entre tous avec sa longue barbe qui n’a rien à envier aux hipsters, Françis Zegut, l’authentique, le passionné et le légendaire nous raconte 40 ans de métier, et ça risque de durer.

Il s’en est passé des choses depuis Wango Tango et le célèbre « salut les graisseux », 40 ans précisément… Joyeux anniversaire ! Vous avez marqué une génération entière d’amoureux de la musique, et ça continue, quel est le secret pour durer aussi longtemps ?

« Je suis peut être né à la bonne époque. J’ai peut être connu les périodes les plus créatives au niveau de la musique. J’ai été curieux dans le bon sens du terme. Je me suis accroché et je vis tout ça avec beaucoup d’émotion depuis tout petit. En mixant un peu tout ça on arrive à durer 40 ans. C’est vrai que je travaille tous les soirs jusque minuit mais c’est mon choix. Je ne suis pas là pour être un animateur vedette, j’ai d’ailleurs refusé les propositions que l’on m’a faites comme XFactor, la Star Academy ou la Nouvelle Star. Parce que ce n’est pas mon truc. Moi je suis amoureux de la musique. Elle m’a beaucoup apporté quand j’étais môme. J’essaie de lui rendre. J’irai au bout de cette aventure à la radio, ou en passant davantage de temps sur mon blog, on verra bien. D’ailleurs peut être que j’aurais juste envie d’aller à la pêche,de prendre des photos et de bricoler ma moto. »

On vous appelle « tonton zézé » ou encore « le zinzin du rock » Vous êtes un peu devenu la caricature d’un genre musical. En tous cas un cas à part dans l’univers des animateurs musicaux. Est-ce que vous cultivez cette image ?

« Je ne la cultive pas du tout. J’ai toujours été comme ça ! Avant d’être embauché chez RTL en 76 au standard des routiers, il y a donc exactement 40 ans, j’avais des vinyles chez moi achetés avec l’argent que je gagnais en étant apprenti boucher, convoyeur de bagnoles, typographe et j’en passe. J’ai toujours aimé la musique depuis « Love Me Do » des Beatles, mon premier 45 tours acheté en 62. J’ai aussi toujours aimé la guitare électrique alors l’aventure « Wango Tango » en 80 c’était un peu dans le prolongement de tout ça. Je suis un peu, comme l’ont titré certains journaux, un ovni, un rebelle dans le « mainstream ». Je viens bosser à 14h, je repars à minuit, je me sens libre, et puis je fais de la prod’ le soir donc je suis assez raccord avec ce que je suis à l’intérieur. Bien sûr il faut respecter une « certaine discipline » entre guillemets mais il n’y a aucun travail de posture, je ne mets pas de bagues tête de mort pour aller faire de la télévision par exemple. Enfin ça a dû m’arriver mais c’était plutôt pour aller faire une ballade avec les potes. »

Metallica fait son retour en France, et c’est vous qui avez divulgué l’information aux Français sur votre émission Pop Rock Station by Zegut. Joli coup de com ! Comment faites-vous pour être toujours si bien informé ? Est-ce qu’il y a une recette ?

« Non y’a pas de recette. Je dirais que c’est la passion qui opère au fur et à mesure du temps. Les gens qui écoutent l’émission travaillent dans le son ou en maison de disque et forcément un moment ça revient. Je ne vais pas dire qu’il y a un réseau parce que je n’aime pas ce mot là mais en tous les cas il y a une forme de respect mutuel depuis bien longtemps. Des jeunes gens qui avaient 13/14 ans et qui en ont 40 maintenant se souviennent qu’à l’époque s’ils ont eu envie de faire ce boulot c’est un peu en écoutant mon émission. Donc voilà ça revient assez naturellement des années plus tard»

Quel regard portez-vous sur le monde de la musique aujourd’hui, révolutionnée par la numérisation, dans ses formes de production et ses modes de diffusion ?

« Je suis toujours aussi curieux et à la recherche de nouveautés musicales. Je trouve des choses formidables, toutes les semaines y’a un nouveau morceau qui retient mon attention. Et ceux qui disent que le son du mp3 est pourri, qu’il faut acheter du vinyle… ils oublient qu’il faut d’abord acheter la platine, puis enceintes sans oublier le cognac et le cohiba à fumer. 20 minutes par face faut avoir vraiment du temps. Ensuite, affirmer que le vinyle est meilleur que le fichier numérique quand on prend le format flac qui prend 10 fois plus de place qu’un mp3 et qui a pas un rendu extraordinaire je me pose la question. C’est vrai le vinyle et les platines ont le côté vintage, mais faut pas me dire que le son est meilleur. Quant au reste je pense que les gens ont besoin de séduction quand ils vont voir un concert, c’est au groupe et à l’artiste d’être vraiment formidable et de dégager quelque chose. Le numérique c’est bien parce qu’on a 12000 caméras qui tournent mais être dans la salle, regarder et ressentir le concert, c’est autre chose. On est dans l’humain et de l’autre côté on est dans le virtuel. C’est quand même différent. »

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« Il faut être sûr de son coup. Si on se trompe c’est fini »

« Il faut être sûr de son coup. Si on se trompe c’est fini »

Paul Nahon
Fondateur d’Envoyé Spécial

Il est le fondateur d’Envoyé Spécial. Après plus de 30 ans de carrière, et de longues années à venir aux côtés de la Chaîne de l’Espoir Paul Nahon nous fait le plaisir de cette interview. Précurseur du magazine d’investigation, Paul Nahon nous explique pourquoi ça marche encore et quelles sont les limites à ne pas franchir pour rester dans la course du reportage au long cours grand public.

Aujourd’hui on parle d’un nouveau luxe tendance qui consiste, face au diktat de l’instantanéité, à jouer la carte de l’analyse et du décryptage. Avec Envoyé Spécial que vous avez créé il y a 26 ans, vous étiez déjà dans la tendance ? Aujourd’hui encore, l’émission fait recette, comment l’expliquez-vous ?

Il y a 26 ans quand on a commencé on avait l’intuition que les téléspectateurs étaient demandeurs de ce format. Il faut savoir que dans le service public les enquêtes au long cours c’était encore possible, parce qu’on avait du temps et de l’argent pour réaliser ces reportages au long cours. Je me souviens que la moitié des sujets que nous diffusions nous demandaient plusieurs mois de préparation, parfois un an et demi de travail avant diffusion. Dès le départ, on a ressenti que c’était non pas une tendance mais vraiment un besoin des téléspectateurs de voir un peu derrière le miroir ce qu’il se passait. C’est comme ça qu’on a démarré.

Alors pourquoi est-ce que ça marche encore aujourd’hui Envoyé Spécial ? L’émission a 26 ans, on a commencé en 1990. Vous savez nous n’étions pas soumis à la course permanente et folle à l’audience comme aujourd’hui. Je pense que ça nous donnait beaucoup d’assurance, nous n’avions pas cette pression qu’ont aujourd’hui les reportages. Par ailleurs, je vois de plus en plus de reportages réalisés en France. Reportages dits de proximité. Et cela pour plusieurs raisons : la première c’est que c’est plus facile et ça coûte moins cher d’envoyer une équipe à Marseille plutôt qu’au Japon. Et puis ça rapporte plus d’audience. Encore une fois nous n’étions pas soumis à l’audience, et ça marchait bien. Evidemment il y a aujourd’hui encore plein de magazines qui sont plutôt bien mais je crois qu’on a réussi à créer un style. Il ne fallait pas faire que des sujets de proximité. Et aujourd’hui, au moment où le monde devient de plus en plus complexe, j’ai la sensation que dans les magazines d’information on n’explique plus ce monde complexe.

Envoyé Spécial a su résister à tout ça je crois. Mais c’est difficile. On travaillait 7 jours sur 7, et on montait tous les reportages avec Bernard (ndlr : Benyamin) de A à Z jusqu’à diffusion. La musique, les interviews, les commentaires, tout. On faisait ça en duo avec le reporter, le monteur et le caméraman. C’était compliqué mais très intéressant et passionnant évidemment.

D’une manière générale, les émissions d’investigation n’ont jamais cessé de tenir en haleine le grand public. C’est en quelque sorte la télé qui mène l’enquête. Est-ce que cela répond à une demande d’éthique, de déontologie et de transparence ou est-ce davantage conçu pour être spectaculaire, voire parfois provoquant?  Où se situe la limite selon vous ? 

Si vous faites allusion à l’usage abusif des caméras cachées, sachez que nous n’utilisions les caméras cachées que dans des circonstances extrêmement précises, quand on ne pouvait vraiment pas faire autrement. Aujourd’hui malheureusement beaucoup de choses sont tournées en caméra cachée, ce qui n’est pas très honnête. C’est mon sentiment. Et la deuxième chose, pour répondre à votre question : les limites, les bornes, sont fixées par les journalistes. Ceux qui font l’enquête sur le terrain, ceux qui font le reportage, et les rédacteurs en chef, c’est-à-dire à l’époque Bernard Benyamin et moi qui surveillions extrêmement attentivement le montage et ce que l’on disait sur le reportage. Un sujet que nous mettions à l’antenne, on l’avait vu peut être 15 ou 20 fois avant qu’il ne soit diffusé. Nous étions issus du sérail du reportage et du grand reportage, on savait de quoi on parlait. On était sûr de notre coup. Alors c’est vrai qu’il y a des pressions de tous bords, politiques ou économiques. Quelques fois on nous incitait à retirer certains reportages, mais on n’a jamais cédé. Il y avait des menaces ce qui est normal dans une démocratie mais on savait résister et on était sûr de nous. Simplement il faut être sûr de son coup. Si on se trompe c’est fini.

Vous consacrez désormais une partie de votre temps à « La Chaîne de l’Espoir », peut-on en savoir un peu plus ?

J’ai quitté France Télévisions il y a 4 ans. Pendant l’aventure Envoyé Spécial on avait fait de nombreux reportages sur la Chaîne de l’Espoir. Nous sommes naturellement devenus très amis avec Alain Deloche et Eric Cheysson, les deux fondateurs de l’association. Tout de suite après France Télévisions ils m’ont demandé de venir travailler 2 heures par semaine sur la communication pour La Chaîne de l’Espoir. Et j’y suis maintenant tous les jours de 9h à 18h ou 20h le soir. Et c’est formidable. La Chaîne de l’Espoir c’est plusieurs milliers d’enfants par an opérés et sauvés en France et dans le monde. Par exemple je reviens de Kaboul avec le Docteur Cheysson où nous avons inauguré une maternité. Vous imaginez le symbole d’une maternité pour des femmes en Afghanistan où l’on sait qu’aujourd’hui une femme sur 7 meurt en couche. Cette maternité est ultra moderne et aux normes occidentales évidemment.