Le collaboratif, esprit du temps

Qu’a-t-il fallu pour voir émerger dans l’entreprise la notion de collaboratif ? La volonté de remettre l’esprit collectif au centre de la décision ? La fin de l’individualisme forcené ? Toujours est-il que le vent du collaboratif souffle fort sur le monde du travail, et, en gonflant les voiles de l’intelligence collective, fait avancer les choses. Analogies s’embarque avec STORMZ, spécialiste du brainstorming numérique.

 Par Pierre Marilly, agence analogue

S’il y a bien quelque chose que les réseaux sociaux ont accompagné dans nos sociétés dites individualistes, c’est paradoxalement le retour du collectif, et le renversement d’un sens du pouvoir ; là où le plus fort s’imposait, c’est avec le plus nombreux qu’il faut désormais compter. La force du nombre s’impose partout et ses manifestations sont nombreuses : création de tendances, boycotts de marques, interpellation de personnalités politiques. La communauté dépasse l’individu en ce qu’elle est une somme d’intelligences, ou de forces mises en commun. Et la collaboration remet en question la compétition ; signe de cette évolution profonde, vous ne jouerez bientôt plus, dans les jeux de société, contre vos adversaires, mais avec vos partenaires.

Reconstruire un modèle d’organisation

Le changement de paradigme s’opérant dans la société, il reste à l’entreprise à se mettre au diapason. Mais l’entreprise a ses raisons que la raison ignore : le collaboratif et ses outils apparaissent encore (trop) comme une voie alternative. Comment faire entrer dans un modèle pyramidal, qui glorifie le décisionnaire et le manager omniscient, un processus collectif de décision et l’égalité des idées ? Dès la fin des années 60, la critique de la pyramide hiérarchique se met en place (cf The Peter Principle, de Laurence J. Peter and Raymond Hull, 1969) et des théories comme celle de l’organisation horizontale voient le jour. Celles-ci prônent une autonomie et une responsabilisation renforcées des équipes au travail, ainsi qu’une disparition des barrières hiérarchiques. La méthode agile, très observée aujourd’hui par les entreprises de toutes tailles, est un des brillants rejetons de ces nouvelles théories du management. Il y a fort à parier que l’entreprise du futur suivra pleinement ces préceptes, qui semblent décupler efficacité, productivité, et perception de bien-être des salariés. Ces derniers en tous cas sont prêts pour le changement.

La technologie au service de l’intérêt commun

Et le changement, une fois de plus, est venu de la technologie. L’accès à l’information, prépondérant, aplanit les différences entre les individus. Couplé à un certain souci de l’autre, diffusé dans la société sous la forme d’initiatives à forte valeur sociale ajoutée (co-voiturage, services à la personne, sites d’entraide, cours gratuits, wikis) l’esprit du contributif et collaboratif s’est largement appuyé sur les technologies numériques qui facilitent les échanges entre individus.

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L’exemple de STORMZ

STORMZ, avec son slogan « Ateliers collaboratifs hors norme », a bien compris le formidable intérêt de la facilitation. Elle a créé une interface simple, participative, dont les résultats sont affichés en live, animée par un-e facilitateur (-trice) qui accompagne les participants au fil de l’atelier. Son extraordinaire bénéfice : le consensus et la reconnaissance immédiate de l’intelligence collective.

Quelle est votre définition du collaboratif ?

INNOVATION DAYS Septembre 2013

Alexandre Eisenchteter, fondateur de Stormz.
INNOVATION DAYS Septembre 2013

Pour nous le collaboratif est un magnifique sujet de travail, qui touche le cœur de nos relations aux autres. La vie d’une organisation est jalonnée de nombreux moments où ses membres doivent échanger et coopérer pour développer de nouveaux projets, monter en compétences et s’accorder sur une destination commune. Cela peut prendre la forme d’une réunion, d’une formation ou d’un séminaire, mais la constante c’est qu’à chaque fois, le succès dépend de la bonne collaboration de chacun.

Comment avez-vous construit STORMZ ?

À la façon d’une pièce de théâtre antique ! Une session collaborative peut être analysée selon plusieurs dimensions : les rôles, le temps, l’espace et l’action.

Nous avons défini trois rôles principaux : les participants, qui contribuent à l’atelier, le facilitateur, qui anime la réunion et l’observateur, qui s’intéresse aux résultats.

L’espace et le temps de la collaboration sont souvent uniques et contraints par des limites physiques : une salle, petite ou grande, et un créneau. Mais c’est une contrainte créative puisqu’elle nous pousse à imaginer des dispositifs toujours plus originaux. Le numérique permet également de s’affranchir de cette limite en travaillant de façon asynchrone, que ce soit sur plusieurs jours ou à distance.

L’action correspond aux objectifs de la collaboration, il faut bien définir en amont si l’on est dans une démarche d’exploration de type brainstorming, dans une démarche d’incubation et d’améliorations des idées, si l’on souhaite prendre à une décision, partager des informations ou s’accorder sur une vision commune.

Le collaboratif est en vogue. Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui faisait défaut jusqu’ici, quelles sont les attentes des entreprises et des collaborateurs ?

L’arrivée de ces outils collaboratifs permet d’espérer une entreprise plus participative où chacun peut s’exprimer en ayant l’assurance que sa contribution pourra être traitée et suivie dans de bonnes conditions.

Qu’est-ce qu’on gagne à partager ses idées et ses projets, à travailler ensemble ?

Une idée, comme une décision, n’a de valeur en soi que si elle se propage, s’enrichit de différents points de vue et emporte l’adhésion des personnes concernées. Beaucoup de problématiques demandent non seulement une approche transdisciplinaire mais également une connaissance empirique du terrain. Il faut donc offrir une espace de collaboration pour rassembler une grande diversité d’expériences et trouver une solution commune.

Qu’est-ce que cela suppose pour les organisations ? Le collaboratif accélère-t-il le passage d’un mode hiérarchique « descendant » à une organisation « horizontale » ?

Au niveau des organisations, cela demande donc de mettre en place des espaces d’échanges et de collaboration permettant à chacun de partager ses idées et de les confronter à d’autres opinions pour pouvoir les enrichir.

Cela se traduit également par le passage de la figure du manager à celle du facilitateur. Alors que les salariés sont au service du manager, le facilitateur va se mettre au service du salarié pour lui permettre d’avancer et de s’épanouir dans un cadre pertinent et stimulant.

Sans forcément parler d’horizontalité, le collaboratif permet d’instaurer un meilleur échange entre les différents niveaux hiérarchiques. Même lors d’événements historiquement descendants comme des séminaires massifs, le numérique peut donner l’opportunité à chaque participant d’exprimer son avis et de sortir de sa passivité.

Quelles sont les limites observées du collaboratif ? Toutes les organisations et les entreprises sont-elles prêtes pour ce mode de travail ?

Une approche limitée du collaboratif serait de s’en tenir à des déclarations et de rester à un niveau superficiel. La collaboration est un engagement de chacun qui doit être honoré et pris en compte. Une collaboration qui ne débouche pas sur du concret peut générer de la frustration et entamer la confiance nécessaire au dialogue. C’est le syndrome de la boîte à idées, si aucun processus n’est mis en place pour traiter les idées et le notifier à son 17350033_10208753918793003_3499289374078613934_oauteur, elle n’aura aucun effet bénéfique sur le long terme.

STORMZ c’est qui ?

C’est moins d’une dizaine de personnes ! La taille de notre équipe et nos modes de fonctionnement font que l’on se définit toujours comme une start-up avec une capacité à agir et rebondir de façon agile.

Avez-vous été précurseurs dans le domaine ? Qui sont vos inspirateurs ?

Nous avons été inspirés par toutes les initiatives collaboratives comme les boîtes à idées numériques et les réseaux sociaux d’entreprises qui ont facilité la communication sans s’aventurer sur le domaine de la collaboration. Nous avons été les premiers à permettre d’animer des sessions de travail avec de la méthode grâce au numérique.
Nous nous sentons très proches de la communauté des praticiens du Creative Problem Solving ou même du Design Thinking.

Comment imaginez-vous les nouvelles fonctionnalités de l’outil ?17632269_10208838097177410_6031302027401006744_o

En utilisant STORMZ nous-même ! Nous sommes devenus experts dans la facilitation de grands groupes et la facilitation à distance, et nous avons amélioré notre outil pendant 5 ans. Maintenant que nous avons plus de partenaires, nous avons davantage de retours et avons pu instaurer une relation de praticiens à praticiens lors de meet-ups et de conférences où chacun partage son expérience. C’est sur cette base que nous améliorons notre outil et que nous choisissons nos évolutions.


Quelle est votre expérience la plus significative ? La plus sympa ? La plus difficile ?

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La pire expérience fut la plus riche d’enseignements. C’était le 27 juin 2012, on venait tout juste de créer

Stormz et nous étions devant 270 personnes pour la deuxième fois de notre vie. Les techniciens nous avaient assuré de la qualité du Wi-Fi et en fait patatras, il ne fonctionnait pas du tout. Le client ne faisant pas la différence entre l’expérience Stormz et la qualité du Wi-Fi, il était très mécontent. Cela a été une déconvenue salutaire puisque nous avons développé la Stormz Box à la suite de cela et nous pouvons compter sur un réseau wifi de notre cru et d’une fiabilité à toute épreuve.
La plus sympathique n’est pas forcément la plus complexe, ce qui me réjouit, c’est lorsqu’un partenaire s’approprie l’outil et le détourne de façon innovante. C’est le cas de Ginny Santos, notre partenaire au Canada, qui est formatrice et qui a testé et validé l’intérêt de Stormz pour le monde de l’éducation.

Le collaboratif fait voler les contraintes traditionnelles en éclats

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Patricia Marchat, ECINS, cabinet d’études et de conseil spécialisé en communication

« Quel confort ! Lorsqu’auparavant il fallait beaucoup de temps et une organisation très lourde pour mettre ne serait-ce que 10 personnes autour de la table, aujourd’hui, il suffit d’un envoi groupé d’email. Les ateliers asynchrones et à distance offrent aux participants la possibilité de se connecter et de contribuer quand ils le veulent, d’où ils le souhaitent. Nous avons constaté que dans cette dynamique, les participants s’investissent mieux et plus longtemps que dans un cadre classique de réunion.

Des délais raccourcis ; la visualisation des résultats se fait en temps réel, pas besoin de retranscrire. Quasiment, car les résultats nécessitent toujours d’être passés au filtre de l’analyse. Celui qui facilite et collecte conserve un rôle central d’accompagnement.

En France, le levier principal de conviction, c’est le retour d’expérience. Lorsque par exemple, One point, le Club Med, Accor, lancent leur grande consultation communautaire, chacun, à tous les niveaux, ont été impliqués. En 2017, les groupes avancent à grands pas … d’autant mieux qu’ils sont soutenus par leur base ! »