Cher.ère.s lecteur.rice.s, cher.ère.s écrivain.e.s,

par Ségolène Mathis, agence analogue

Un point noir vient d’entacher notre langue. Vous êtes désormais prié.e.s de saupoudrer allègrement les mots que vous écrivez de petits points inesthétiques. Ce qui ressemble à un langage codé est en fait destiné à montrer que vous vous adressez aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Allez hop, tous poinçonneur.se.s ! « Des p’tits points, toujours des p’tits points… ».

Mais puisque cela permet de marquer votre déférence à l’égard de ces dames, point de débat. Que n’y a-t-on pas pensé plus tôt ! Et quelles souffrances George Sand et consœurs ont-elles dû endurer ! Imaginez plutôt leurs tourments devant le mot « écrivain », posé comme ça, sans son « .e » inclusif. Un bannissement délibéré, un exil insoutenable, une exclusion volontaire ! Car il va sans dire qu’elles ne comptaient pas dans la catégorie des écrivains, réservée uniquement à la masculinité la plus affirmée (même si ce dernier mot est féminin, soit dit en passant).

Chaque métier doit donc aujourd’hui avoir sa version féminine. Bienvenue aux sapeures-pompières, aux peintresses, aux pilotesses, aux ouvrières du bâtiment, aux bûcheronnes, aux plombières et aux chauffeuses (de bus – pas les meubles).

Mais pour que l’égalité soit parfaite, n’oublions pas ces messieurs : eux aussi ont droit à « l’inclusivité ». Alors bienvenue également aux esthéticiens, aux sages-hommes, aux hôtes de l’air et aux hommes de ménage (pardon, techniciens de surface).

Ne reste plus qu’à réécrire le fronton du Panthéon – pas vraiment inclusif comme remerciements : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ».

••• — ••• (ce qui signifie SOS en morse – quitte à utiliser des points…)