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Les nouveaux visages de l’intelligence artificielle

De la rédaction automatisée d’articles à la création de vidéos « deep fakes », en passant par la prédiction d’un visage à partir d’une simple voix, l’IA bouleverse les contenus écrits, photo, audio et vidéo. Quels sont ses potentiels et limites ?

Une nouvelle ère pour l’IA

Depuis son apparition dans les années 50 aux Etats-Unis, l’IA a nettement gagné en performance. Grâce à l’augmentation exponentielle de la capacité des ordinateurs et de la quantité de datas disponibles, elle n’a désormais plus besoin des humains pour l’alimenter avec des calculs. Le « deep learning » s’appuie en effet sur un réseau de neurones artificiels s’inspirant du cerveau humain pour que l’IA progresse par elle-même. « L’IA n’est plus exécutante mais apprenante », souligne Méta-Media, cellule prospective de France Télévisions, dans son dernier cahier de tendances. Des investissements en forte croissance soutiennent cette montée en puissance : pour Syntec Numérique, le chiffre d’affaires de l’IA en France était de 125 millions d’euros en 2017 et enregistre depuis une hausse d’environ 50 % par an. En quoi l’IA impacte-t-elle les contenus ? « L’IA ne transforme pas uniquement leur diffusion, mais les contenus eux-mêmes », explique Barbara Chazelle, Responsable de projet au sein du MédiaLab de France Télévisions et Responsable d’éditions de Meta-Media.

Des robots veilleurs aux robots modérateurs

Sur le web, la personnalisation des contenus, notamment de la veille et des recommandations, fait partie des nouveaux territoires de l’IA. Dans une démarche pionnière, le New York Times a par exemple lancé en juin 2018 « Your Weekly Edition », newsletter sur mesure qui valorise auprès du destinataire des contenus censés l’intéresser et qu’il n’a pas encore lus. Des médias et de grands groupes ont par ailleurs adopté l’API « Perspective », système de gestion des commentaires en ligne développé par Jigsaw (filiale de Google). Il analyse les commentaires pour évaluer leur nocivité avant de passer la main aux modérateurs. L’enjeu est ici d’utiliser l’IA pour combattre le harcèlement en ligne, les attaques personnelles et les insultes.

Vers des robots rédacteurs ?

« Dans des domaines comme la Bourse, la météo ou encore les élections, des logiciels nous permettent de rédiger et publier des contenus de façon automatisée », détaille Barbara Chazelle. «Lors d’une soirée électorale par exemple, ces algorithmes de rédaction peuvent produire plusieurs dizaines de milliers de textes pour détailler les résultats par circonscription ». « Nous n’aurions pas les moyens humains de rédiger autant de contenus dans un temps aussi court, mais cela passe en amont par des mois de travail humain de programmation et par une quantité importante de données disponibles », précise-t-elle.

Les visages sombres de l’IA

Revers de la médaille, l’IA est aussi utilisée dans la manipulation des contenus. Les deep fakes sont par exemple le nouveau terrain de jeu des fake news. Dans des vidéos ultra-réalistes il est possible de faire dire n’importe quoi à n’importe qui, sans que l’altération de l’image et de la voix soient perceptibles par l’humain. La technologie pour concevoir ce type de faux étant la même que celle pour les détecter, l’IA reste néanmoins un allié important pour les détecter et lutter contre la désinformation. Autre potentiel inquiétant de l’IA, des chercheurs du MIT ont réussi à créer un outil capable de « reconstruire », ou en tout cas de se rapprocher, d’un visage en écoutant une simple voix.

Un visage plus humain

En offrant de nouvelles fonctions de traitement des contenus, l’IA présente avant tout des opportunités pour les humains. La retranscription automatique favorise par exemple l’accessibilité des personnes en situation de handicap : l’automatisation des sous-titres (speech to text) rend les vidéos intelligibles pour les malentendants, la mise en son des textes (text to speech) et la reconnaissance contextuelle des images pour l’audiodescription aident les malvoyants dans leur compréhension des contenus. « L’IA est censée libérer du temps pour que les journalistes, et les humains en général, se consacrent à autre chose », explique Barbara Chazelle. « Pour les journalistes, cela concerne le travail de décryptage, d’analyse et de terrain ».

Si elle est imbattable pour accomplir certaines tâches, l’IA est encore loin de remplacer les humains dans la production de contenus complexes et qualitatifs qui comportent de l’interprétation, de la créativité et de l’empathie. Dans ces domaines, les humains ont encore un temps d’avance sur les algorithmes. Mais jusqu’à quand ?