A travers la neutralité du net, Internet devient un « bien public », pourquoi c’est important ?

C’est par ce tweet que Tom Wheeler, le président de la Federal Communication Comission (FCC), soit l’organisme de régulation des télécommunications aux Etats-Unis, a clos plus d’une décennie de débats autour de la question de la neutralité du Net.

Décrit comme le « vecteur ultime de la liberté d’expression, Internet est tout simplement trop important pour permettre aux fournisseurs d’accès à Internet de fixer les règles eux-mêmes », par Tom Wheeler, Internet est devenu, en ce 26 février, un « bien public » considéré comme un service d’utilité publique.

Avec la neutralité du Net, ainsi consacrée, il sera interdit de faire en sorte que des données, des contenus, des informations ne soient pas traitées de manière identique sur le réseau, peu importe leur point de départ et leur point d’arrivée. C’est l’impossibilité d’un Internet à deux vitesses, avec sa voie rapide, qui est ici établie.

Farouchement opposés à cette évolution, les opérateurs de télécommunication, tels que Comcast, AT&T et Verizon, ont livré une bataille acharnée contre les géants du Web, Google, Twitter ou encore Facebook. Pour illustrer son désaccord et mettre en scène l’aspect anachronique du fondement de la décision prise par la FCC, l’organisme se basant sur une loi de 1930 pour appuyer ses nouvelles règles, Verizon  a publié un communiqué d’abord en morse puis dactylographié.

Cette victoire des défenseurs de la neutralité représente la confrontation entre deux conceptions que peut prendre une action de lobbying, l’une classique, voire à « l’ancienne », et l’autre moderne, sortes de soft-lobbying, pour reprendre le principe de soft power. En effet, la dernière ligne droite de cette bataille illustre à merveille le poids de l’opinion.

Pour comprendre cette situation, il faut remonter au début de l’année dernière, en avril 2014 exactement. A cette époque, le plan de la FCC, qui a fuité dans la presse, prévoyait l’autorisation de ces si discutables voies rapides accessibles après un péage payé par l’utilisateur. Alors les lobbyistes des deux camps se sont opposés dans les couloirs de Washington, théâtre classique pour ces jeux d’influence. Mais, les géants du Web ont su associer les milliers d’internautes qui utilisent leurs services à ce combat. Ainsi, pas moins de 4 millions de mails ont été reçus par la FCC dans un laps de temps très court. Une mobilisation, bien évidemment suggérée par les l’industrie du Net et notamment par DemandProgress et Fightforthefuture, deux des associations les plus activement engagées dans la lutte pour la neutralité, mais également amplifiée par la prise de position de John Oliver. Cet animateur vedette de l’émission « Last Week Tonight » dressait un bilan hilarant, bien que réaliste, sur la situation et résumait l’importance de se battre pour la neutralité du Net.

Pour confirmer ce mouvement, les associations et les géants du Net ont mis en place une action de sensibilisation en instaurant « La journée du ralentissement de l’Internet ». Une journée durant laquelle les internautes étaient invités, en signe de protestation, à afficher ce qui pourrait être le symbole de ce ralentissement, cette fameuse petite roue dentelée qui tourne sans cesse pour signaler un téléchargement en cours.

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Enfin, c’est Obama lui-même, en novembre, qui a invité, car n’ayant aucun pouvoir sur la FCC, le régulateur à prendre une telle position en faveur de la neutralité du Net.

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Cette mobilisation des citoyens ne s’est pas limitée à des mails, ils sont également descendus dans la rue pour exprimer leur attachement à cette neutralité. Une mobilisation qui prouve, une nouvelle fois, que la société civile lorsqu’elle s’unit peut faire bouger les lignes.

Une réalité qui pourrait, sur ces questions, s’inviter en Europe même si la situation est plus complexe sur le Vieux Continent, dont le Parlement doit s’exprimer sur le sujet en mai prochain dans le cadre du règlement sur un marché numérique européen unique. A suivre donc …